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07/06/2019 11h:52 CET | Actualisé 07/06/2019 11h:52 CET

Finale de la Ligue des Champions - L'Espérance: Un bouc-émissaire arrogant et imprévoyant

L’Espérance a été victime d’un véritable traquenard, nul n’en disconviendra.

Zoubeir Souissi / Reuters

On aurait encore pu admettre que la Confédération Africaine de Football , tout en sanctionnant l’équipe responsable de l’interruption définitive du jeu, qui est incontestablement celle de Casablanca, fasse rejouer la rencontre Espérance- Widad , afin avant tout de ne pas léser les droits de retransmission des chaînes de télévision privées qui à prix d’or, en avaient obtenu l’exclusivité, et qui après une heure de jeu s’étaient retrouvées à couvrir les interminables palabres entre les arbitres, les dirigeants des deux clubs, et la CAF,  dont la conclusion n’avait en réalité rien réglé sur le plan sportif.

Ce sont les raisons invoquées pour faire rejouer la partie qui ont surpris, en faisant table rase de la polémique suscitée par la panne de la VAR, et de l’interruption du jeu causée par le refus obstiné du Widad de reprendre le jeu, et en ne tenant compte que d’un seul argument que personne n’avait utilisé jusque là dans cette affaire, celui de l’absence de sécurité dans le stade. Y a-t-il eu des morts et des blessés au stade de Radés, dans la nuit du 1er juin  2019, afin que la CAF puisse se sentir en droit d’user de cet argument? Absolument pas.

Aucun joueur marocain n’a subi un quelconque mauvais traitement , et le public marocain présent lors de la rencontre, n’a pas été molesté, même si la presse marocaine a fait circuler avant la rencontre des bruits faisant état de mauvais traitements ou d’agressions dont auraient été victimes des supporters du Widad.

Le fait là,  la seule personne qui ait déclaré avoir été menacée a été le président de la CAF, lui-même, Ahmed Ahmed, qui semble avoir mal vécu les pressions qu’il a subies au cours de l’interruption du match, particulièrement par Hamdi El Meddeb, le président de l’Espérance, qui aurait perdu son sang froid, alors qu’il avait pris sur lui de négocier une issue au blocage né de l’attitude anti sportive de l’équipe du Widad.

On ne peut certes que le supputer, mais apparemment, l’argument principal utilisé par la contrepartie tunisienne, qui semble avoir précipité la décision du président de la CAF de déclarer l’Espérance vainqueur en cette nuit fatidique , a bien été celui de l’impossibilité d’annoncer aux milliers de spectateurs présents dans le stade, l’interruption définitive du match, sans remettre le trophée à l’équipe de Tunis. Autrement dit ce serait bien l’argument des conséquences sécuritaires qui aurait été effectivement utilisé, par les interlocuteurs tunisiens, et le président de la CAF, en aurait peut être même conclu, face à l’insistance de ses homologues tunisiens, qu’il y en irait de sa propre sécurité. C’est en tout cas ce que laissait entendre sa décision, immédiatement après la remise du trophée, de tenir quatre jours après, une réunion de la CAF consacrée à l’affaire, et ses révélations à la presse concernant les menaces dont il aurait été la victime.

C’est en tous cas un président certainement très monté contre le Club de Tunis qui a donné des instructions fermes consacrées à l’affaire, et qui a usé de tout son poids pour faire adopter une résolution dans le sens qu’il jugeait le plus conforme à ses intérêts.

La CAF s’était en outre placée dans une situation bien embarrassante pour les raisons précitées où la seule justification valable à un match d’appui aurait été l’argument sécuritaire, si imprudemment brandi par ses interlocuteurs tunisiens à Radés, pour faire attribuer à tous prix la Coupe à l’Espérance, et Ahmed Ahmed ne manquerait pas de s’en souvenir dans sa recherche du bouc émissaire idéal, exonérant de toute responsabilité à la fois sa propre organisation et le club protégé de ceux dont on prétend maintenant qu’ils sont ses amis, le staff de la fédération marocaine de football.

Dans ces conditions éminemment politiques, le dossier espérantiste a été défendu par le terne Wadii El Jarii, qui s’en est tenu à l’aspect purement réglementaire de l’affaire, excluant automatiquement de toute prétention à la victoire, l’équipe abandonnant le terrain. En fin de compte, le communiqué final de la CAF a fait table rase de la VAR et du refus de jouer du Widad en reprenant contre la partie tunisienne l’argument de l’absence de sécurité, mettant cette fois directement en cause la responsabilité même de l’Etat tunisien. Et il faut dire que celui-ci était bien présent à Radés, durant toutes les péripéties de la rencontre, jusqu’à sa conclusion finale, et même à son échelon le plus élevé. Et on reprochera certes à la télévision nationale cette mise en scène du Dimanche Sport où il a été fait étalage d’un triomphalisme déplacé occultant les circonstances absolument anormales dans lesquelles la victoire avait été obtenue, avant même la décision finale de la CAF, alors que la partie adverse ne désarmait pas, et il s’agit là d’une erreur de jugement démontrant le degrés d’imprévoyance de la partie tunisienne.

Ce ne serait certes pas la première fois que les échéances électorales importantes prendraient le pas sur les considérations sportives, on a essayé d’user de l’arme de la désinformation, et de la propagande, mais cette fois la réalité n’a pas tardé à s’imposer. Il reste la décision de solliciter le tribunal arbitral du Sport. Est-ce bien opportun? il y a de toute évidence eu une erreur d’arbitrage au cours de la rencontre, mais ce n’est pas la partie plaignante qui en a été la victime, et cette instance n’est à priori pas habilitée à dire si les conditions de sécurité aient été ou non réunies dans un stade, sauf évidemment si de graves défauts de structure le rendent incompatible avec la pratique sportive, et, à ce sujet, les fissures apparues dans la structure du stade de Radés et révélées sur internet quelques jours avant la rencontre ne plaident pas en faveur des thèses tunisiennes.

Dans ces conditions même un recours en justice contre la CAF pour calomnies serait inopportun, la partie adverse aurait beau jeu de démontrer documents à l’appui le délabrement du stade où on a fait imprudemment jouer la rencontre, pour des raisons sans aucun doute purement financières.

Pour tout dire, l’Espérance a été victime d’un véritable traquenard, nul n’en disconviendra.

Malheureusement, ni ses dirigeants, ni la fédération tunisienne de football n’ont été prévoyants, face à des développements qu’ils n’attendaient pas, et qui leur valent de devenir les boucs émissaires commodes de parties rompues dans l’intrigue. La meilleure attitude pour le Club Espérantiste, serait de relever le défi et de démontrer sa supériorité sur le terrain, et sans bavures ; il en est plus que capable. 

 

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