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14/05/2018 12h:37 CET | Actualisé 14/05/2018 20h:38 CET

Finale de la coupe de Tunisie - Mis en cage, isolés, seuls: De sa tombe Omar Laabidi les a fait trembler!

Ce qui s’est passé dimanche à Radès est symptomatique de ce qui se passe aujourd’hui dans le pays et envoie des signaux alarmants. L’image donne des frissons: Un peuple étouffé en quête de justice et de dignité face à un pouvoir emmuré, isolé, silencieux, qui se durcit!

Facebook/Presidence de la Republique

Dimanche aurait dû être la fête du football tunisien. Une finale rêvée entre deux grands clubs tunisiens qui devaient sauver leur saison par un titre, des gradins bondés, des joueurs surmotivés...

Hélas, si ce fût une fin heureuse pour les supporters du Club africain, elle fût gâchée par tout ce qui a entouré ce match. Quand le politique s’immisce dans le football, c’est que c’est les début des emmerdes.

Explications.

L’affaire Omar Laabidi hante la présidence de la République

Jamais, au grand jamais, supporters de football n’avaient assisté à de telles scènes. Les témoignages choquent au pays de la révolution de la dignité, “seule démocratie du monde arabe”. Mais de quelle démocratie parle-t-on?  

- Une “Dakhla” (Des tifos) interdite aux supporters du Club Africain car elle rendait hommage à Omar Laabidi, jeune supporteur du Club Africain mort noyé sous les yeux de la police, qui n’aurait rien fait pour le sauver. Cette histoire sera à l’origine du hashtag #تعلم_عوم  (apprends à nager) qui aura eu des résonances à l’international.

- Des dizaines de supporteurs clubistes arrêtés avant même l’arrivée au stade, sans raisons valables.

 

- Des dizaines de supporters se sont vus refuser l’accès au stade sans raisons. La police aurait même déchiré leurs billets. Quand on sait que le billet coûtait une trentaine de dinars et que pour se procurer le fameux sésame, les plus chanceux ont dû passer quelques heures à faire la queue sous un soleil de plomb...

- Des tee-shirts à l’effigie d’Omar Laabidi avec le hashtag #تعلم_عوم interdits..

Sans compter la mise en condition policière qui fait qu’une fois arrivé à l’intérieur de l’enceinte, même Ghandi, aurait perdu son flegme légendaire!

Ça c’est pour le côté cour.

Côté jardin, alors là, on a eu droit au fameux “protocole présidentiel” digne des plus grandes parodies de dictatures. Ben Ali, Chiboub, Belhassen et Imed Trabelsi, à la plus grande époque des Ultras n’avaient pas osé le faire. Mais quitte à être ridicules autant l’être jusqu’au bout devait-ils sûrement se dire du côté de Carthage:

- Des joueurs passant par des portiques de sécurité et fouillés à l’entrée du stade.

- Un président, un chef du gouvernement, une ministre des Sports, un président de l’Assemblée mis en cage, séparés de la population par un mur en plexiglass et des baffles mettant une musique d’ambiance pour éviter à ces “messieurs” et à “madame la ministre” d’entendre les insultes du public.

 

- Une tribune inférieure fermée au public.

- Et enfin, seulement le capitaine, le président et l’entraineur des deux clubs habilités à monter en tribune, et en plus priés de vite redescendre...

 

- Il faut aussi ajouter à cela, le sublime trait d’esprit de la Télévision tunisienne qui utilise le hashtag رئيس_الجمهورية#  dans toutes ses publications relatives à la finale de la coupe de Tunisie, un hashtag au bon vieux relent mauve qu’on croyait dépassé.

 

Vous avez là une belle image donnée par notre présidence de la République, par notre police républicaine et par notre télévision nationale de la “démocratie tunisienne”.

Un pouvoir séparé de son peuple par un mur, un pouvoir reclus dans la peur de rendre justice à un jeune supporteurs tué, un pouvoir prenant de haut son peuple et qui utilise la répression, un simulacre de fête du football, un simulacre de démocratie.

Face à un tel manque de courage, un tel manque de considération, de justice, comment voulez-vous que ces jeunes supporters réagissent? Par la contestation! Et malheureusement, à la contestation pour la “dignité” et la “justice”, le pouvoir réagit par la matraque et la répression, comme au bon vieux temps de Ben Ali.

Au lieu d’écouter ces jeunes en quête de justice et d’idéaux, ils en font des “criminels”, gazés, matraqués, arrêtés, et utilisés à des fins politiques... Comme au bon vieux temps des Ultras sous Ben Ali: les supporters redeviennent de la chair à canon, donnés en pâture au régime pour faire montre d’une prise en main sécuritaire, pour rassurer les plus pantouflards que “tout est sous contrôle”. Des individus dont on se rappelle à la veille d’une échéance électorale et qu’on matraque le lendemain...des chiffres ajoutés aux “performances sécuritaires”.

Ce qui s’est passé dimanche à Radès est symptomatique de ce qui se passe aujourd’hui dans le pays et envoie des signaux alarmants. L’image donne des frissons: Un peuple étouffé -parfois perdu, parfois violent- en quête de justice et de dignité face à un pouvoir emmuré, isolé, silencieux, qui se durcit! 

Enfermé dans sa tour d’ivoire, Béji Caid Essebsi aura-t-il le courage de faire bouger les choses ou est-il en train de vivre le syndrome de Bourguiba? 2019 est à nos portes, un coup de pied dans la fourmilière s’impose pour sauver la face d’une fin de mandat qui - au vu de ce qui s’est passé dimanche- semble échapper à son contrôle.

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