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03/07/2019 14h:44 CET | Actualisé 03/07/2019 14h:44 CET

"Fils de..." : Ces enfants d’artistes qui s’imposent dans leur domaine

Les enfants d’artistes, devenus artistes à leur tour, mènent un combat quotidien pour être pris au sérieux dans un domaine où leurs parents ont excellé.

Essia Jaïbi, Mohamed Ali Nahdi, Abdelhamid Bouchnak ou Ali Jaziri… On les appelle “des fils/filles à Papa/Maman”. On leur reproche leur ascendance et on discrédite leurs accomplissements en ayant la conviction qu’ils se sont fait aider. Les enfants des personnages publics sont parfois pris au piège par la notoriété de leurs parents, leur œuvre ou leur héritage. Certains choisissent de garder leur anonymat ou explorent d’autres domaines à l’opposé de ceux de leurs géniteurs. D’autres prennent le risque de vivre dans l’ombre de leurs parents en essayant de percer, de faire leurs preuves et de signer leur acte d’émancipation… par le travail.

Tuer le père…

Les enfants d’artistes, devenus artistes à leur tour, mènent un combat quotidien pour être pris au sérieux dans un domaine où leurs parents ont excellé. Ce lourd héritage est difficile à évincer lorsqu’on souhaite s’affranchir de la projection que fait la société des parents sur les enfants. S’ils aspirent tous à naitre artistiquement, leur naissance biologique les condamne aux yeux des autres à être, à devenir… ou à ne jamais être assez. Quelques-uns ont tenté l’aventure: ils se sont soustraits, du moins partiellement, à leurs géniteurs.

“Naître, c’est semer ses géniteurs. Non pas tuer le père, mais tuer en nous, le fils” Yann Moix, Naissance

#Mohamed Ali Nahdi

La question de ces enfants pistonnés se pose, dans les médias, principalement lorsque l’enfant dispute le trône de son géniteur ou fait concurrence à ses héritiers. L’exemple de Mohamed Ali Nahdi dans le one-man show est assez parlant: acteur, réalisateur et metteur en scène, on lui reproche de ne pas être à la hauteur de l’humour de son père et de ne pas avoir hérité de son talent. Il aggrave en plus son cas en s’associant à Lamine Nahdi sur le one-man-show “Ezzmegri” et le spectacle “Nahdi et Nahdi”. Pourtant, l’ainé de la royauté Nahdi-Mahassen a déjà réalisé deux courts-métrage et un documentaire. Et a joué dans six longs-métrages et 14 séries. Tout ce qu’on a retenu de l’ensemble de sa carrière est son nom de famille.

#Ali Jaziri

Un deuxième exemple qui suscite moins de polémique est l’exemple d’Ali Jaziri, musicien, compositeur et chanteur, coupable d’être l’enfant du grand Fadhel Jaziri avec lequel il s’est associé à plusieurs reprises, notamment sur le tournage de ses longs métrages “Thalathoun” et “Khoussouf” où il était en tête d’affiche. La présence d’Ali Jaziri devant l’objectif de son père n’a pas fait autant de bruit que lorsqu’il a participé en sa compagnie à son spectacle à succès “Hadhra” sur le théâtre romain de Carthage. L’ascension de Jaziri Junior n’a pas échappé à l’animateur Hedi Zaïem n’hésitant pas à lui poser la question: “Votre groupe Hemlyn est né il y a trois ans, pensez-vous que ce soit suffisant pour vous produire sur une scène aussi prestigieuse? (…) Carthage n’est pas une opportunité. Pour beaucoup, c’est le couronnement d’une carrière” lui demande-t-il dans une interview datant du 20 juillet 2018 au micro de Mosaïque FM. Ali Jaziri reste impassible: la musique est sa passion et il apporte une valeur ajoutée claire au spectacle de Fadhel Jaziri. Désormais il fait de la fusion sa signature: rock tribal, musique soufie ou Hadhra, il s’ouvre sur le monde et n’a pas peur d’aller à la conquête de son public.

#Abdelhamid Bouchnak

La malédiction du père poursuit inéquitablement les enfants des célébrités. Certains arrivent à s’en libérer à force de persévérance, sans être épargnés sur la route. C’est le cas d’Abdelhamid Bouchnak, l’enfant prodige du cinéma tunisien et la grande découverte de la télévision de cette année, avec le grand succès de son long métrage Dachra, la série Nouba et sa web série Hedhoukom. Si son talent est à présent reconnu et apprécié par le grand public, quelques voix s’érigent pour lui reprocher d’avoir collaboré avec Lotfi Bouchnek dans Nouba. C’est ce qui a été souligné par Hedi Zaïem dans l’émission Noujoum. Le réalisateur de Bonbon répond avec sarcasme: “sur la chaine Nessma, la chaine de la famille, nous travaillons en famille”. De quoi faire taire ses détracteurs, occupés à lui envier ses succès.

#Essia Jaïbi

Si les enfants des grands artistes spécialisés dans l’art vivant sont davantage à l’abri de certaines critiques virulentes, ils n’en restent pas moins exposés à cette association génétique. Comme en témoignent les nombreux articles sur Madame M, un mélodrame à succès signé Essia Jaïbi, certains journalistes cèdent à la tentation du raccourci. Si la jeune metteuse en scène réussit, c’est en grande partie parce qu’elle tient –entre autres- son talent de ses parents Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar. Insinuations occultant la part de travail et de créativité investie dans l’œuvre.

Le mythe du Self-Made Man / Self-Made Woman

Cette obsession de la filiation est due au mythe du self-made man, une construction sociale consistant à applaudir ceux qui réussissent exclusivement grâce à leur travail, en croyant naïvement que personne ne leur a mis le pied à l’étrier. Pourtant, tous ceux qui ont réussi ont, un jour ou l’autre, été parrainés, que ce soit par la transmission du savoir, par une rencontre, par une personne ou par un groupe. L’homme commence toujours ailleurs, il s’enracine pour devenir et se prolonge pour rompre. Il faut être fils d’abord pour être père ensuite. La gêne apparait lorsque le père spirituel coïncide avec la personne du père biologique. C’est trop de privilèges pour le mythe du self-made man. On ne peut pas avoir tout le mérite lorsqu’on porte le privilège dans son nom, sur son visage, dans son ADN. Pourtant, de nombreux enfants d’artistes n’ont hérité que du nom, voire de la fortune, sans le talent. Parce que le talent, ça se cultive.

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