MAROC
06/12/2018 09h:39 CET

FIFM: Le film suisso-marocain en compétition, "Une urgence ordinaire", une métaphore du Maroc en souffrance

Un drame dressant le portrait du Maroc d'aujourd'hui.

D.R.

CINÉMA - Jusqu’à samedi, et la remise de l’Étoile d’or, le jury du Festival international du film de Marrakech (FIFM), présidé par James Gray, enchaîne les projections au Palais des Congrès. En attendant de savoir lequel des 14 films en compétition officielle marquera cette 17ème édition, l’oeuvre suisso-marocaine du réalisateur Mohcine Besri, “Une urgence ordinaire”, a été présentée ce mercredi 5 décembre. Une journée également marquée par l’anniversaire de la réalisatrice Lynne Ramsay.

“C’est le moment où je devrais dire quelque chose d’intelligent, mais je ne trouve pas mes mots”. Invité sur scène avant la projection, Mohcine Besri est rejoint par toute son équipe: les acteurs du film, parmi lesquels Younes Bouab et Saïd Bey, sa chargée de production, la co-productrice et la productrice Lamia Chraibi. Ils sont tous accueillis par de vibrants applaudissements.

Après les remerciements de coutume, le réalisateur suisso-marocain, ému, a une pensée pour sa femme et ses enfants, qui l’ont “vu en coup de vent ces cinq dernières années”. Et, surtout, il adresse un message au Maroc. “Ce film est une lettre d’amour à mon pays. On peut critiquer quand on aime”.

L’hôpital, allégorie de toute la nation

Après “Les Mécréants”, le deuxième long-métrage du réalisateur dresse le portrait du Maroc d’aujourd’hui. Celui qu’on ne veut pas dire, qu’on subit, impuissants. Toute son oeuvre se passe à huis clos, dans un hôpital public de Casablanca. Une intrigue de seulement quelques jours. C’est tout ce dont avait besoin Mohcine Besri pour raconter un système de santé défectueux et ce Maroc difficile. A voir, à accepter et à faire évoluer. “Vous avez dû comprendre que cet hôpital, c’est une métaphore du Maroc en souffrance”, souligne le réalisateur. 

Dès les premières secondes du film, le ton est donné. “Une urgence ordinaire” s’ouvre sur Ali, un dépressif chronique, qui va sauter d’un pont. Sorti presque indemne de sa chute, il est pris en charge par les urgences et se retrouve dans un hôpital public de Casablanca.

La même journée, il rencontre Ayoub, l’enfant de Driss et Zahra, venus de la campagne pour le faire soigner. La famille découvre alors que le garçon est atteint d’une maladie qui nécessite une opération. Mais rien ne va, dans cet hôpital, où le scanner est en panne, où les lits manquent, où l’infirmier se fait payer pour faire son travail, qui devrait être gratuit pour les patients.

Jusqu’où les parents du petit Ayoub sont-ils prêts à aller pour soigner leur enfant? Que va comprendre Ali, spectateur de ce drame? Quelle place trouvera le médecin Tariq, qui prend en charge ces deux patients, et qui a quitté les hôpitaux fonctionnels et performants du Canada pour s’occuper des Marocains?

Ce drame interpelle. Et s’avère plus que nécessaire. En plus de dresser le portrait d’une nation, il interroge sur la responsabilité individuelle et collective dans les situations que chaque personnage rencontre. Est-ce vraiment cet infirmier qui est fautif quand il se fait payer pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille? Est-ce vraiment de la faute de Driss, si Ayoub doit se faire opérer, parce qu’il n’a pas voulu l’amener plus tôt à l’hôpital? Est-ce vraiment la faute de ce médecin, s’il ne peut pas opérer le garçon tout de suite?

Une nouvelle fois, le public a salué le film à la fin de la projection. Le choix, pour l’Étoile d’or, sera difficile à faire. Mais si “Une urgence ordinaire” la remporte, Mohcine Besri aura porté le cinéma marocain en haut de l’affiche, et réussi à faire prendre conscience avec brio de ce Maroc en souffrance.