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15/08/2018 11h:01 CET | Actualisé 15/08/2018 12h:42 CET

FIFAK 2018: Des courts pour dire que le monde va mal

De la Suisse à l’Iran, une série de courts métrages nous envoient un message clair: les humains, dans ce monde globalement détruit, sont menacés de disparition, après avoir été transformés en machines.

Facebook/FIFAK

Quand les mots vous manquent pour dire que le monde va mal, les images prennent la  relève. De la Suisse à l’Iran, une série de courts métrages nous envoient un message clair: les humains, dans ce monde globalement détruit, sont menacés de disparition, après avoir été transformés en machines.

Living like beta (animation, 6 min. Suisse)

Des coups de ciseaux contre les stéréotypes féminins!

Beta est une femme bien ronde qui vit seule dans son petit appartement, on la voit multipliée sur l’écran, en train de faire des exercices, elle collecte la sueur qui sort des différentes parties de son corps dans de petits pots.

Elle gagne sa vie grâce à des clients qui viennent se faire couper les cheveux, qu’elle garde en faisant des tresses pour en créer son propre tableau.

Elle met le lait qui sort de ses seins dans une baignoire, elle libère son faucon dans la baignoire, elle s’amuse dans l’eau et elle se transforme en être minuscule.

Un jour elle fait tomber un objet dans cette baignoire, elle se précipite pour le récupérer et sa main devint minuscule, elle perd ainsi sa capacité de couper les cheveux de ses clients. Elle décide donc de plonger dans sa baignoire et de se libérer de tous les complexes de conformisme et de body shaming.

Le lait féminin, connu pour ses vertus alimentaires, devient un élixir d’altérité, hors des conventions..Beta, une allégorie pour nous dire que les femmes sauveront le monde.

Panic Attack (animation, 3 min., USA)

I’ll be late, la phrase du siècle

Une femme conduit sa bagnole dans un embouteillage infernal. Elle stresse: elle pense qu’elle ne va jamais arriver à l’heure, elle penses qu’elle a laissé le feu allumé, que le café a brûlé et que la maison a explosé. Elle a un accident, se retrouve dans le coma: elle découvre qu’elle n’a pas laissé le feu allumé, et voit défiler le film de sa vie, rythmé par cette phrase: I’ll be late, I’ll never be on time.

Corp (animation, 9 min., Espagne)

Un coup de poing contre notre silence envers le système qui nous bouffe tous, on vend nos compétences, on crée sa propre entreprise, elle grandit, elle prospère, sur le dos des autres, qu’on paye mal, qu’on exploite à fond, qu’on multiplie, on finit par créer une holding, on continue, ça prospère davantage, des politiciens commencent à nous ennuyer, on les achète, on écrase nos concurrents à travers des conspirations, on découvre que les machines sont plus efficaces que les humains, on se débarrasse d’eux, on pollue l’environnement, on paye les politiciens pour les calmer, on se transforme finalement en un énorme monstre. Bref, un capitaliste. L’humain est mort en nous: c’est le message très direct du film, sans un mot, l’image dit tout.

Crossing (Fiction, Liban)

Le droit au retour

Une grand-mère en train de mourir veut à tout prix rentrer à sa maison en Palestine, sa belle-fille et sa petite-fille l’accompagnent en voiture, elle est trop faible pour tenir la route. Durant une halte sur la route, sa petite-fille, peintre, efface le nom de la ville marqué sur la plaque, et écrit Palestine. La grand-mère se réveille, demande: “on est arrivées”? La belle-fille répond: “Oui, on a passé la frontière”. La grand mère-donne une cassette à la petite-fille et lui demande de passer le morceau: Rim Banna chantant Ya lil matoualak:Ô nuit, comme tu es longue. La grand-mère lance un soupir, sort la vieille grande clé de sa maison, ferme les yeux et part vers un monde meilleur.

En quinze minutes, sans drapeaux, sans slogans, tout est dit sur le droit au retour des Palestiniens, l’amertume de l’attente et la profondeur de leur désespoir.

Exist (fiction 15 min., Iran)

Une bouteille de gaz pour une bouteille d’oxygène

Le film de la soirée.

Premier plan: une femme vend du poisson sur la route. Elle protège son nez avec un foulard.

Plan large sur des établissements pétroliers et gaziers.

Une fois ses poissons vendus, la femme se précipite vers le vendeur de bouteilles de gaz, Elle achète à la fois une bouteille de gaz et une bouteille d’oxygène.

Elle rentre dans sa maison minable,elle donne de l’oxygène à son fils qui souffre d’insuffisance respiratoire.

Le tout sans un mot.

Elle se précipite vers l’oued du coin, portant la bouteille de gaz dans une brouette, son fils marchant à quatre pattes, sort pour l’observer.

Plan rapproché: la femme libère le gaz dans l’eau, et récupère les poisons gazés.

Plan final: la femme est à nouveau sur la route, vendant les poissons

Pas de plans parachutés, pas de paroles inutiles, le message est très clair.

 

Hoping not to forget (Documentaire, 15 min., Maroc/Espagne)

Une rencontre de détresses

La réalisatrice, aliénée dans la grande ville, retourne sur le lieu de ses origines, où elle filme sa grand-mère, abandonnée seule dans sa maison au village, auprès de laquelle elle pense retrouver la force.

Se confessant à sa grand-mère, elle s’effondre en pleurant: elle culpabilise parce qu’elle passe pas assez de temps avec elle et qu’elle est bouffée par la ville.

Un film qui parle à la plupart d’entre nous: on court dans tous les sens pour soi-disant vivre mieux alors que la ville nous bouffe tous et nous transforme en automates. Un seul slogan: n’oubliez pas votre grand-mère!

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