MAROC
23/03/2019 09h:53 CET

FICAM, jour 1: Gloire aux anciens et place aux jeunes

Pour son démarrage, le Festival international de cinéma d’animation de Meknès a enchaîné les hommages allant de l'émotion à l'humour.

Huffpost Maroc

ANIMATION - Cette année, le Festival international de cinéma d’animation de Meknès (FICAM) fête sa 18e édition, “année de la maturité”, selon la nouvelle directrice de l’Institut français de Meknès, Lyliane Dos Santos.

Vendredi 22 mars, c’est “Funan” qui a ouvert le bal. Le film est le premier long-métrage de son réalisateur, Denis Do. Il raconte une histoire inspirée du vécu de sa mère. Cette dernière a en effet subi, dans les années 70, le régime des Khmers rouges au Cambodge. Un régime qui, dans sa folie destructrice, a provoqué la mort de 1,5 à 2 millions de personnes.

Mais avant cela, l’heure était aux hommages, d’abord à Isao Takahata, cinéaste japonais décédé en avril 2018, auteur du “Tombeau des lucioles”, anime culte. Hommage durant lequel Mohamed Beyoud, directeur artistique du festival, a eu du mal à cacher son émotion en voyant défiler les photos du “plus grand animateur de sa génération”.

Une émotion partagée par l’ancien collègue de Takahata, Yôichi Kotabe, qui a répété à plusieurs reprises avoir “le coeur serré” face aux portraits de son ami affichés à l’entrée de l’Institut français et au sein du théâtre. “Sans toi, nous sommes perdus”, s’est-il exclamé.

Des hommages qui “foutent les jetons”

Autre hommage rendu, cette fois-ci bien plus léger, au producteur français Didier Brunner, producteur d’“Ernest et Celestine”, “Kirikou et la sorcière” ou encore “Kirikou et les bêtes sauvages”.

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Si lui est toujours bien vivant, de son propre aveu, les hommages lui “foutent les jetons”. Celui qui dit désormais vouloir “préparer sa succession” recevra de la part du FICAM un prix et... un tapis berbère.

Peter de Sève, dessinateur du New Yorker et invité d’honneur de cette 18e édition, aura également droit à un prix bien folklorique: une théière. 

Le dernier prix de la soirée sera finalement remis au vainqueur du Grand prix Aïcha, Anass Doujdid, alias Anas Do, artiste de son état et un habitué du FICAM. Ce dernier remporte 50.000 dirhams et un mois de résidence d’écriture à l’Abbaye de Fontenay en France. Pendant son discours, le jeune artiste marocain a sommé ses camarades de ne pas chercher à imiter ce qui se fait ailleurs: “Racontez les histoires qui sont devant vous”.

Une cérémonie d’ouverture marquée cependant par un couac. Abderrahman El Kandili, vainqueur du 13e grand prix Aïcha, devait voir son film “Amour paternel”, une histoire d’amitié entre un jeune garçon et un mouton, projeté avant “Funan”. Le court-métrage n’est finalement pas passé à cause d’un “problème technique” selon le FICAM, qui promet de se rattraper, mais à la grande déception du jeune homme et ses camarades de résidence.

La relève

Ce dernier, quelques heures auparavant, participait en effet à une conférence de presse organisée autour de la résidence d’écriture du FICAM à laquelle il a participé cette année, à Meknès. Il a ainsi intégré un groupe de six jeunes, encadrés par Delphine Maury, scénariste et productrice française.

Il faut dire que ce Meknassi est un enfant de la balle du FICAM. Il s’est formé dans ses ateliers et master classes, et a participé 7 fois au grand prix Aïcha avant de finalement le remporter en 2018. “Quand je me regarde dans le miroir je me vois en dessin animé” explique ce jeune passionné. Une résidence au cours de laquelle il a commencé à développer une seconde histoire traitant des animaux, celle d’un chien enfermé derrière des grillages pour qui des habitants de Meknès se mobiliseront. 

Cette année, la résidence est particulièrement tournée vers l’Afrique, avec Olivier Ndecky, jeune artiste sénégalais venu d’abord développer un projet de jeu vidéo avant de finalement choisir de raconter une histoire inspirée de sa vie personnelle, celle d’un amour impossible entre lui et une jeune femme sénégalaise de confession musulmane.

Autre représentant de l’Afrique subsaharienne: Darius Dada, Camerounais. Ce dernier développe une série, “Android night”, qui suit l’histoire d’un groupe de jeunes de Yaoundé. “L’existence, ce sont les interactions entre les garçons et les filles”, explique le jeune homme qui, au cours de la résidence, et sous l’influence de ses camarades féminines, développera plus de personnages féminins pour sa série.

“Quête de soi”

Dernier représentant de l’Afrique, cette fois-ci du nord, le Tunisien Ahmed Ben Nessib qui veut lui créer une ode aux autodidactes à travers son court métrage “Absâl”, inspiré d’un des livres du philosophe arabe Ibn Tufayl, “Le Philosophe autodidacte”. 

Ces derniers étaient accompagnés de deux jeunes femmes, dont la Belge Eve Deroeck, qui a deux projets de courts métrages, “La soupe aux géants” et “Les Petits Chats d’Essaouira”, un documentaire animé s’inspirant de l’histoire d’un jeune homme élevé avec 72 autres enfants abandonnés par une femme allemande à Essaouira.

Elise Augarten, Française, développe elle un court métrage intitulé “Herbe verte”, sur une jeune femme qui, durant un voyage en train, doit faire face aux abus sexuels subis dans sa jeunesse. “C’est une quête de soi”, explique la jeune femme à l’assistance.

Des jeunes qui, au cours de leur résidence, ont eu l’occasion de sortir de Meknès pour découvrir d’autres paysages du Maroc, comme Fès, où, comme beaucoup avant eux, ils se sont perdus dans la médina de la ville, ou encore Chefchaouen. “Je ramènerai cette ville dans ma valise”, explique Darius Dada.