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30/12/2018 10h:21 CET | Actualisé 30/12/2018 10h:21 CET

Fêtes de fin d’année et galères avec les petits taxis à Marrakech

"Combien de temps allons-nous donc résister à cette pratique de distinction par certains chauffeurs entre clients indigènes et clients étrangers?"

Frank Fell / robertharding via Getty Images

Les fêtes de fin d’année sont censées être une source de plaisir pour les gens: touristes et habitants locaux. Or cette période de fêtes est devenue chaque année stressante pour les usagers de petits taxis qui trouvent difficilement un taxi pour aller au travail le matin et rentrer chez eux le soir. Certes, ce sont les vacances pour certains, mais pour d’autres ce n’est pas le cas, veille du nouvel an comprise. Le 1er jour de l’an est le seul jour férié. Heureusement que certains employeurs s’arrangent avec leurs employés pour qu’ils soient en congés bien avant, à cause justement du manque des transports, de l’encombrement et des embouteillages le temps des fêtes.

Utiliser le petit taxi à Marrakech ou au Maroc en général ne relève pas d’une question de snobisme ou de luxe, mais d’une obligation étant donné que les bus et les grands taxis ne vont pas partout dans la ville. Et comme le petit taxi n’est pas aussi cher qu’en Europe par exemple, toute la population peut l’utiliser ici (à partir de 8 dirhams)... à condition de le trouver, car le petit taxi devient une denrée rare comme la pluie!

Pour s’assurer de ne pas se trouver au coin de la rue à attendre un petit taxi qui ne passera jamais, dont le chauffeur n’aura pas la “gentillesse” de vous conduire là où vous voulez exactement, sans commentaire, ou qui a déjà des clients à bord de son véhicule, mieux vaut recourir au taxi vert en l’appelant par téléphone. Dans ce cas, vous serez bien traité(e) comme un roi ou une reine et vous serez seul(e), mais tout a un prix! Il faudra compter au moins 10 dirhams de service (selon si c’est le jour ou le soir) ajoutés à ce qu’affichera le compteur selon la distance. 

Le pire, c’est que la galère ne s’arrête pas vraiment après les fêtes de fin d’année à Marrakech, mais reste au cours de toute l’année. Sauf peut-être pendant le mois du Ramadan où nous remarquons que les chauffeurs de petits taxis “sympathisent” par miracle avec les clients marocains. Juste après le mois sacré, tout redevient comme avant et certains chauffeurs de petits taxis privilégieront sans pitié le touriste, comme d’habitude, même si certains touristes exigent désormais que le compteur soit utilisé pour ne pas être arnaqués, sauf pour les trajets de ou vers l’aéroport afin de ne pas rater son vol. N’importe qui, Marocain ou touriste, peut s’investir ce jour-là pour arriver à temps et être tranquille avec son bagage. C’est une course sans compteur qui peut atteindre entre 100 et 200 dirhams. 

Certains petits taxis restent toute la journée stationnés (parfois mal, encombrant le passage) pour attendre des touristes, comme devant le collège Mohammed V au quartier Riad Laarouss dans l’ancienne médina, à proximité des maisons d’hôtes et de la Place Jamaa El Fna. Ces taxis ont un tarif fixe qui peut commencer à partir de 50 dirhams. “C’est quelque chose qui relève de la science fiction!”, s’amuse-t-on à dire ici. Et si jamais un(e) Marocain(e) s’aventure et leur demande de l’emmener, ils ne cèderont pas toute de suite. C’est uniquement quand ils en auront assez d’attendre “lhamza” ou “l’aubaine” qui parfois n’arrive pas, et quand ils voient que vous êtes toujours désespérément en train d’attendre, juste à côté, qu’un petit taxi passe et que l’un d’entre eux se propose enfin de vous emmener à destination.

Dans la situation où un petit taxi passe et vous sauve enfin, il vous pose la question “mais pourquoi vous n’avez pas pris un des taxis déjà stationnés ici?”. Quand vous lui répondez qu’ils ne veulent tout simplement pas, il commence un long discours: “Ils n’ont pas le droit. Le citoyen marocain doit réagir. Il ne faut pas accepter ce genre d’attitudes…”. Or vous savez tout cela d’ores et déjà et le même scénario se répète pourtant chaque jour.

Combien de temps allons-nous donc résister à cette pratique de distinction par certains chauffeurs de petits taxis entre clients indigènes et clients étrangers dans la ville touristique de Marrakech? Le citoyen marocain n’a-t-il pas droit au même titre qu’au touriste au service du petit taxi, même pour des courses habituelles à petit prix? Les petits taxis seront-ils restreints désormais uniquement à ceux qui donnent plus? Est-ce une nouvelle loi officieuse par certains chauffeurs de petits taxis? La galère continuera-t-elle en 2019 encore et dans les prochaines années à venir?