MAROC
30/04/2018 15h:41 CET

Fête du travail: Face aux syndicats en colère, le gouvernement prépare la reprise du dialogue social

Le ministre du Travail a eu des entretiens hier avec les représentants de trois centrales syndicales.

Youssef Boudlal / Reuters

DIALOGUE SOCIAL - L’optimisme n’a pas suffi. Il y a plus d’un mois, le ministre du Travail et de l’Insertion professionnelle, Mohamed Yatim, avait estimé, dans une déclaration au HuffPost Maroc, que la question de la méthodologie du déroulement du dialogue social avait été réglée. “Nous ne pouvons plus nous permettre de traîner encore. Nous sommes décidés à aboutir, dans les trois prochaines semaines, à un accord”, avait-il, alors, annoncé. Mais cet aboutissement escompté avant la fête du travail, célébrée demain, n’a pas été possible. 

Dimanche 29 avril, à la résidence du chef du gouvernement, Mohamed Yatim s’est de nouveau réuni avec les représentants de trois centrales syndicales: l’Union marocaine du travail (UMT), l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM) et l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM). La Confédération démocratique du travail (CDT) s’est, pour sa part, excusée. Le ministre a tenu, à l’occasion, des entretiens bilatéraux en vue de rediscuter de la reprise du dialogue social, pour ne pas le condamner au blocage qu’avait connu son prédécesseur.

Pour le secrétaire général de l’UGTM, Enaâm Miyara, cette réunion n’a pas été stérile. “L’offre présentée par le ministre est intéressante, mais nous estimons qu’il faut l’améliorer”, affirme-t-il au HuffPost Maroc, soulignant que son syndicat ne pourra signer un accord qu’une fois cette amélioration revendiquée sera apportée à l’offre du gouvernement. L’UGTM demande, entre autres, que l’augmentation des salaires soit de 400 dirhams sur deux ans et non de 300 dirhams sur trois ans comme proposé par le gouvernement. “Pour l’instant, nous sommes en négociation pour mettre en place une plateforme rapprochant les points de vues du gouvernement, du patronat et des syndicats”, ajoute-t-il, espérant qu’un accord sera élaboré en deux ou trois semaines dès la relance du dialogue social. 

C’est un souhait que partage l’UNTM, dont le secrétaire général adjoint, Abdessamad Marimi, se dit optimiste: “Tant que le gouvernement est prêt à négocier et à poursuivre les négociations, cela veut dire, pour nous, qu’il est aussi prêt à revoir son offre et à redoubler d’effort”. Reste à savoir en quoi consistera cette prédisposition du gouvernement à faire plus. Quant à l’urgence de signer un accord, l’UNTM estime que ce dernier ne représente pas une fin en soi. “Le plus important, c’est qu’il satisfasse les différentes parties et aboutisse à un véritable compromis”, insiste Abdessamad Marimi.

Prêts à la reprise du dialogue, les syndicats l’annoncent pour la semaine prochaine. Cette reprise devra rattraper le retard accusé par les trois commissions thématiques portant sur l’amélioration des revenus, sur le secteur privé dans son aspect législation du travail et libertés syndicales, ainsi que sur le secteur public visant à examiner les questions liées à l’administration publique. Les réunions qu’elles ont tenues, au mois de mars, dans le cadre du dialogue social, ont été qualifiées par certains de “perte de temps”. Et pour cause, des “discours inutiles” auraient laissé de côté “le fond technique” du dialogue social.

Au menu des questions que les syndicats qualifient de prioritaires figurent notamment l’augmentation des salaires et le projet de loi relatif aux syndicats et aux associations professionnelles. “Nous avons demandé à ce que ce projet de loi soit gelé au parlement, le temps qu’on en discute au sein du dialogue social pour sortir avec un consensus”, affirme le secrétaire général de l’UGTM. Et de souligner que cette revendication s’applique à l’ensemble des législations liée au travail et droit des travailleurs à commencer par le code du travail: “il faudra l’évaluer avant de passer au parlement pour les amendements”.

Mais la reprise du dialogue social n’empêchera pas les syndicats de célébrer la  fête du travail le 1er mai. Ils ont lancé, ce week-end, un appel aux fonctionnaires, ouvriers, salariés et chômeurs à envahir demain les rues de toutes les villes du Maroc pour protester. L’UMT, dont nous avons tenté à plusieurs reprises de contacter le secrétaire général Miloudi Moukharik en vain, a publié une déclaration à travers son secrétariat national. Dans celle-ci, l’organisation affirme que “la dernière offre faite par le chef du gouvernement a été très décevante et méprisante vis-à-vis de la classe ouvrière marocaine”.

Ce syndicat se dit indigné de la proposition du gouvernement d’augmenter les salaires de 100 dirhams par mois à partir du 1er janvier 2019. Pour lui, c’est une offre qui est à la fois “dérisoire et discriminatoire”. Et pour cause, cette augmentation cible uniquement les fonctionnaires de l’échelle 6 à 10 (soit moins de 5.200 dirhams/mois). “Les autres échelles sont exclues ainsi que les salariés du privé et des organismes publics”, fait remarquer le syndicat. 

Pour l’UMT, le refus de l’offre du gouvernement est “catégorique” tant qu’elle ne répond pas ”à une attente de six ans”, étant donné que l’accord du 26 avril 2011 que devait conclure l’ancien chef du gouvernement n’a pas été mis en oeuvre.

La reprise du dialogue social sera sans nul doute cruciale.

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