LES BLOGS
23/07/2018 08h:41 CET | Actualisé 23/07/2018 09h:12 CET

Fête de la République: Le Président soumettra-t-il au parlement le Code de la Colibe?

M. Caïd Essebsi n’est jamais meilleur que dans l’adversité. Et, en matière de coups, quand c’est surtout d’éclat, BCE reste hors pair.

FETHI BELAID via Getty Images

Ce 25 juillet, la Tunisie fête la République; et ce sera encore une triste célébration en une atmosphère des plus moroses, où le désenchantement populaire est généralisé sur fond de crise politique des plus terribles.

Pourtant la Tunisie est voulue être ce pays auteur de la première révolution postmoderne, initiateur d’un modèle sui generis de gouvernance, le modèle d’une Tunisie érigée en exception. 

Y a-t-il donc moyen de rallumer le flambeau éteint de la Nouvelle République de Tunisie? L’occasion se présente bel et bien au Président de la République pour célébrer dignement ce 25 juillet. 

Un coup d’éclat attendu

Certes, après sa sortie médiatique controversée sur une chaîne privée ayant maille à partir avec la justice, on dit le président de la République des plus affaiblis; et c’est un euphémisme. 

Ainsi, d’aucuns osent même faire état d’un dossier médical à instruire pour attester une incapacité présidentielle à gouverner. Le coup d’État médical n’est pas inconnu en Tunisie, n’est-ce pas? 

Or, justement, M. Caïd Essebsi n’est jamais meilleur que dans l’adversité. Et, en matière de coups, quand c’est surtout d’éclat, BCE reste hors pair. Aussi est-il légitime de se demander s’il ne va pas oser, à l’occasion de la célébration de la République, un coup de maître.

Cela consisterait à soumettre en l’état au parlement le Code des libertés individuelles et des droits proposé par la Colibe. Et avec cette priorité d’examen sur tout autre texte de loi que dispose la constitution à ses initiatives, le chef de l’exécutif demandera que le texte soit voté pour cette autre fête qui se profile et qui est celle du 13 août. Du moins pour certaines de ses principales dispositions, comme celles concernant l’égalité successorale, une promesse solennelle du Président.

La fête de la femme n’est-elle pas, dans le même temps, celle de la Tunisie faite femme? Cela permettra enfin de satisfaire une exigence majeure de ses femmes voulues libres et libérées depuis la nuit des temps. Ce que n’a fait que confirmer Bourguiba et que BCE viendrait consolider, la libérant, ainsi que toute la société, des chaînes dogmatiques et d’une mauvaise et fausse lecture de la religion à enterrer en cette terre de l’exception qu’est bel et bien la Tunisie.

Servir droit et religion

Certes, le Code de la Colibe peut sembler pour certains aller trop loin en cette matière si sensible des droits et des libertés privées; mais ira-t-on jamais assez loin dans l’octroi de tels droits et libertés à un peuple assoiffé de sa dignité et qui souffre justement de ne pouvoir vivre dignement.

Or, la première dignité est bien la pleine liberté dans sa vie privée. Ce que rétablit le code qu’on vilipende à tort, étant venu au secours des pauvres gens en application d’un précepte cardinal de l’islam qui est la foi de la justice.

Le sûr est que ce code, s’il est défiguré et décrié par les obscurantistes religieux, est bien mal défendu par ses soutiens laïques qui refusent de leur répondre du tac au tac pour cause de laïcisme, se refusant donc de parler de sa légitimité du point de vue religieux.

C’est donc en proposant le code au vote du parlement, avec le débat que cela occasionnera et qui sera responsable forcément, qu’on démontrera que le code de la Colibe sert l’islam et ne le dessert point.

Car la meilleure défense du code de la Colibe est bien de soutenir et de démontrer — ce qui est parfaitement possible, ayant été déjà fait et se faisant régulièrement — qu’il ne va pas aussi loin que le permet et le veut l’islam correctement lu, l’islam des Lumières bien entendu, non celui de Daech qui inspire les ennemis des travaux de la Colibe.

Servir la patrie

Proposer le code de la Colibe en ce 25 juillet permettrait aussi de redonner ses lettres de noblesse à notre République qui s’est enlisée dans une mentalité bananière, étant devenue une république des copains et des coquins, vidée de morale et d’éthique.

On le voit bien avec ses lois scélérates qu’on se refuse à abolir bien qu’elles soient celles de la dictature et aussi du protectorat et qu’on les maintient contre tout bon sens.          

Au vrai, il est bien temps de refonder la République tunisienne, en faisant enfin la chose de tous les Tunisiens selon l’étymologie du mot. C’est bien le droit, mais aussi le devoir, du Président de la République de le faire.

C’est pareillement le cas pour son allié et néanmoins concurrent, le parti islamiste qui gouverne de fait le pays avec le soutien occidental. Pour Ennahdha, ce sera également le moment où jamais de tomber le masque sur ses véritables intentions démocratiques : jouer le jeu libéral qui n’est pas seulement mercantile, mais d’abord humaniste, en termes de droits et de libertés individuelles.

C’est cela servir le vrai jeu démocratique par l’action concrète, sans nulle arrière-pensée, pour l’adoption rapide du code de la Colibe avant le 13 août. Car c’est une urgence tout autant éthique que politique et juridique, réussissant la mise à niveau de la législation tunisienne avec les standards des démocraties du monde civilisé.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.