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16/08/2019 15h:10 CET | Actualisé 16/08/2019 15h:10 CET

Fête de la femme: À quand la fin du paradoxe?

Ces élans fougueux, bien qu’ils émanent d’un engagement authentique à l’égard de la femme et de ses droits, risquent d’être biaisés par une compassion spontanée exagérée qui peut nous dévier de l’essentiel.

NurPhoto via Getty Images

Le 13 août est, en Tunisie, une journée exceptionnelle lors de laquelle on célèbre la fête nationale de la femme ainsi que la commémoration de la promulgation du Code du Statut Personnel tunisien.

Comme chaque année, depuis des décennies, le Palais de Carthage accueil 
les associations féministes et les organisations militant pour les libertés individuelles pour des festivités enrobées de discours poétiques faisant l’éloge de la femme tunisienne.

Au milieu de ce chahut, je n’ai pu m’abstenir de céder la parole au tintamarre des questions qui fourmillaient dans ma tête, tentant de contester l’absurdité fulgurante du spectacle. Je n’arrivais pas à me rappeler de la raison pour laquelle on a besoin d’une telle célébration ni de celle pour laquelle on n’a pas un jour férié dédié au sexe opposé... Et si ce jour promeut la valeur et les droits de la femme tunisienne, cela implique-t-il qu’ils ne sont pas reconnus le reste de l’année?

En assumant le fait qu’en tant que femme, je ne me sens pas flattée par cette
occasion (bien au contraire), on essaie de me convaincre de l’utilité de cette fête par le biais de nombreux arguments: Certains proclament que la situation de la femme et de ses droits requiert davantage de travail afin d’atteindre l’égalité alors que d’autres soulignent l’aspect symbolique des festivités, notamment celui lié à la date de la promulgation des lois qui ont marqué la rupture avec les idéologies archaïques patriarcales.

Ces élans fougueux, bien qu’ils émanent d’un engagement authentique à l’égard de la femme et de ses droits, risquent d’être biaisés par une compassion spontanée exagérée qui peut nous dévier de l’essentiel.

Certes, le parcours demeure, à ce jour, inachevé et le Code du Statut Personnel
représente une pierre angulaire de l’histoire du pays. Néanmoins, aujourd’hui, on a l’impression qu’hormis la vocation folklorique, cette célébration n’a pas d’intérêt, au contraire, elle joue d’ores et déjà au détriment de la femme.

La célébration n’est autre qu’une fausse note de plus de la cacophonie
politique...

Des jours se sont écoulés, et on entend toujours parler des discours émouvants, physiques ou virtuels, des acteurs de la scène politique ainsi que les manifestations officielles organisées afin de rendre hommage à des icônes féminines activistes de la Tunisie.

En dépit des performances convaincantes, on peut aisément les voir venir.
En effet, les politiciens ne manquent pas de jouer cette carte afin de susciter
l’empathie et le soutien de l’opinion publique, notamment lors de la campagne
électorale.

On profite de cette journée afin d’instrumentaliser des slogans féministes pour
berner la société et déprécier un combat colossal mené tous les jours.
Si cet événement a un impact, c’est d’injecter une piqûre de rappel de l’état des lieux en incohérence avec les solutions rationnelles évidentes des pratiques
sexistes persistantes que le gouvernement devrait bannir. Il ne fait qu’égarer les regards de l’essentiel et des épreuves triviales vécues par les femmes subissant l’inégalité et laisser un arrière-goût de frustration.

La femme tunisienne a enduré, durant des décennies, l’épineux fardeau de sa
révolte pour la liberté qui ne mérite pas d’être restreint en une célébration dérisoire.

L’effet pervers

Cette journée est, en principe, dédiée à la reconnaissance de la valeur de la femme, de ses exploits et de sa contribution au développement de la société.

Cependant, on se trouve face à des propos qui ont tendance à victimiser la
femme, voire à la rabaisser.

En fait, le fait même de consacrer une journée à la femme sous entend qu’elle garde toujours l’étiquette du maillon faible de la société du moment où on ressent le besoin de la mettre, exclusivement, sous le feu des projecteurs, une fois chaque année.

Une célébration caduque

La fête de la femme remonte à plus de soixante ans en arrière, quand la femme
tunisienne a commencé à profiter de ses droits légitimes élémentaires.
Depuis, on a franchi un pas considérable sur le chemin de la revendication des
droits légitimes de la femme, allant de l’abolition de la polygamie jusqu’aux
discussions entamées sur l’égalité dans l’héritage.

Ainsi, la Tunisie était le pays pionnier de l’accord de nombreux droits qui
garantissent à la femme une vie digne et qui la protège contre les pratiques
humiliantes, dans la région MENA.

On ne peut nier que ce combat est toujours d’actualité et que la discrimination est un fait, notamment à l’ère postrévolutionnaire, où la démocratie est confondue avec une diarrhée “libertaire”. En effet, ainsi à été créé un terrain propice pour la propagation des propos misogynes par des partis fanatiques dirigés par des esprits bornés.

Certes, la vie sous l’égide de la démocratie est l’acquis primordial de la révolution.Toutefois, le revers de la médaille s’avère incontournable.

Et c’est justement parce qu’on parle toujours du combat que la célébration est
désormais caduque.

En effet, afin de poursuivre un chemin dont la grande partie à été parcourue, mieux vaut se débarrasser de ces festivités qui, en dépit des efforts et des acquis, mettent en exergue le cliché obsolète de la “femme battue”.

Il est grand temps d’oublier tous les attributs dérisoires et d’avoir une optique plus concrète, pragmatique et réaliste.

Le paradoxe intrigant

Si on parle de “féminisme” et des droits de la femme, on fait allusion à la
revendication de l’égalité homme/ femme.

Toutefois, on consacre un ministère destiné aux affaires de la femme et de la famille et une journée pour la femme sans penser à en faire autant pour l’homme.

De plus, dans le cadre du “féminisme” (qui est en soi une connotation sexiste),
beaucoup de militantes, sur les réseaux sociaux ou dans les mass-médias, vont
trop loin dans leurs blâmes à l’encontre des hommes: Elles ont tendance à
généraliser leurs plaintes en diabolisant “tous les hommes”. En effet, elles profitent de leurs images promues en tant que victimes afin d’exagérer dans leurs réactions, allant jusqu’à l’acharnement.

Néanmoins, il est important de se rappeler de l’objectif ultime qui est la paix fondée sur l’égalité et la tolérance et que l’homme a joué un rôle colossal dans le combat de la femme en Tunisie.

En effet, nul ne peut nier que Tahar El Haddad et Habib Bourguiba ont été à l’origine du mouvement “féministe”.

Au delà de la célébration

Au delà de la célébration, le fait le plus intrigant est qu’on s’attache de plus en plus à ce qui nous sépare et qu’on s’écarte de l’essentiel au moment où on a le plus besoin de rallier les suffrages afin de franchir cette crise de mentalités.

La cause cruciale aujourd’hui est la revendication tenace de l’égalité en tant que
valeur fondamentale et l’abdication de toutes les sources de ségrégation sociale.

Si je suis une femme et que je refuse de fêter le 13 août, ce n’est pas parce que je suis une rabat-joie et que je manque d’optimisme, bien au contraire...

Je refuse de fêter le 13 Août parce que je refuse désormais toutes formes de
marginalisation, d’exclusion et de discrimination... Je refuse désormais les
connotations qui nous séparent chaque jour un peu plus, je refuse de lutter pour des droits légitimes que j’ai mérités, je refuse de me comparer toujours à l’homme car je n’éprouve pas l’insécurité qui me pousse à le faire et je crois toujours en l’égalité absolue...Parce qu’il faut y croire vraiment pour y arriver et parce que je suis beaucoup trop optimiste peut-être...

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