MAGHREB
03/07/2013 09h:47 CET | Actualisé 03/07/2013 14h:00 CET

Fermeture du camp de Choucha: Situation compliquée pour les réfugiés

Nacer Talel pour HuffPost Maghreb
Camp Choucha 2011

Mis en place en février 2011, au début du conflit libyen en 2011, le camp de réfugiés de Choucha, installé près du point frontière de Ras Jdir au sud de la Tunisie, a été fermé dimanche 30 juin. Durant deux ans, le camp a accueilli jusqu’à 300 000 réfugiés, de 22 nationalités différentes.

Le démantèlement du camp de réfugiés de Choucha avait été annoncé trois mois plus tôt, par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés en Tunisie (HCR Tunisie). Depuis ce dimanche, l’électricité et l’eau y ont été coupés. Pourtant, il reste environ 250 personnes qui refusent de partir. “Mais en cas de problème nous sommes toujours là", déclare Julia Gouyou Beauchamps, chargée des relations extérieures au HCR Tunisie.

Le 28 juin, deux jours avant sa fermeture, il restait 299 réfugiés, et demandeurs d'asile qui refusent toujours de partir. Durant le week end, une cinquantaine de personnes serait partie. “Les chiffres évoluent vite”, rassure Mme Gouyou Beauchamps.

HCR Tunisie- juin 2013

“Ils ont peur d’être oubliés. Après deux années passées dans ce camp, ce n’est pas facile pour eux. Mais nous ne les abondonnons pas, explique-t-elle, il s’agit d’un transfert des services vers les villes. Nous proposons tout un programme d’aide à l’insertion, notamment un accès gratuit aux hôpitaux, et l’inscription des enfants dans les écoles”. Une trentaine d’enfants a d’ailleurs passé les tests de niveau, en vue de la prochaine rentrée scolaire.

Pour l’agence onusienne, le camp était “une solution temporaire pour les réfugiés” fuyant la crise libyenne de 2011. Deux ans plus tard, il faut stabiliser la situation. Trois options se présentent alors pour le HCR:

  • Le droit de rentrer dans son pays
  • Rester dans le pays d’accueil
  • Une réinstallation dans un pays tiers

Selon Julia Gouyou Beauchamps, la réinstallation dans un pays tiers est un espoir pour certains réfugiés qui refusent de quitter le camp aujourd’hui. “ La réinstallation concerne moins de 1% des dossiers traités par le HCR chaque année.” En 2011, pour aider la Tunisie, qui était également dans une phase difficile de transition politique, à recevoir un nombre impressionnant de réfugiés, une initiative globale internationale de solidarité a été mise en place, et des réfugiés du camp ont pu partir pour un pays étranger. Au 5 juin 2013, 3 557 réfugiés ont été réinstallés dans des pays tiers, comme les Etats-Unis, la Norvège, et le Canada. Mais tous les réfugiés n’y sont pas éligibles. "Il s'agit d'une solution de protection et non un droit, précise Mme Gouyou Beauchamps, la réinstallation est proposée aux réfugiés qui ne peuvent ni rentrer chez eux, ni rester dans leur pays d'accueil dans la sécurité." Elle souligne au passage qu’il y avait des réfugiés dans le camp de Choucha qui n’étaient pas concernés par le conflit libyen”.

Absence de cadre légal pour les réfugiés en Tunisie

Durant le conflit libyen en 2011, près d’un million de personnes, dont 200 000 étrangers non libyens, ont traversé la frontière vers la Tunisie en l’espace de 6 mois. Mais la Tunisie ne dispose pas encore de cadre législatif pour les réfugiés. Le HCR a ainsi émis des certificats reconnaissant leur statut de réfugiés. “Ces documents ont, jusqu’à présent, été acceptés d’une façon informelle par les autorités tunisiennes” précise le Haut Commissariat pour les Réfugiés. Le 14 mai dernier, lors d’une visite au camp de Choucha, le ministre des Affaires sociales, Khelil Zaouia, a déclaré la volonté des autorités tunisiennes à “intégrer les réfugiés”. Mais tous ne veulent pas rester en Tunisie, et espèrent pouvoir émigrer dans un autre pays.

“Bien que le projet de loi sur le droit d'asile actuellement en cours de discussion au niveau inter ministériel n'a pas encore été adopté, les autorités tunisiennes ont commencé à collecter les empreintes digitales des réfugiés, dans la perspective de leur octroyer un permis de résidence temporaire. Même si les certificats délivrés par le HCR, sont de facto reconnus par les autorités tunisiennes, posséder un document tunisien facilitera grandement l'installation des réfugiés en Tunisie.” explique Julia Gouyou Beauchamps.

Selon le bureau tunisien du HCR, 400 réfugiés demeurent en Tunisie après le démantelement du camp de Choucha

Le Camp de Choucha en chiffres:

  • Au point culminant de la crise libyenne, le camp de Choucha a accueilli jusqu’à 18 000 personnes en 24 heures.
  • En 2012: 2 750 000 repas ont été distribués, et 22 400 consultations médicales ont été effectuées.
  • 3 550 personnes ont été acceptées pour réinstallation dans des pays tiers: 3 176 réfugiés sont déjà partis, 416 réfugiés attendent une date de départ, et 10 réfugiés attendent une décision finale de la part des pays d’accueil.