TUNISIE
03/01/2019 16h:50 CET | Actualisé 03/01/2019 19h:25 CET

Femmes et terrorisme: L'ITES dévoile les zones d'ombres

Selon l'ITES, près de 300 tunisiennes ont rejoint les organisations terroristes

MOHAMMED ABED via Getty Images

Nombreuses sont les femmes, qui séduites par la doctrine jihadiste ont franchi le pas.

Longtemps, considérées comme actrices de second plan en terrorisme, les femmes djihadistes dévoilent de nos jours une toute autre facette, plus sombre, à l’instar de la kamikaze de l’Avenue Habib Bourguiba.

Le temps des femmes dont leurs tentatives s’arrêtaient le plus souvent à des préparatifs loin d’être achevés semble être révolu.

D’après l’Institut tunisien d’études stratégiques (ITES), en 2016 près de 26 femmes ont participé activement à des attentats terroristes.

Chiffres à l’appui, le rôle de ces dernières au sein des troupes djihadistes a pris une nouvelle tournure avec l’émergence de Daech, souligne une source sein du ministère de l’Intérieur, lors d’une conférence organisée ce jeudi 3 janvier 2019 par l’ITES. 

 

Près de 300 tunisiennes ont rejoint les organisations terroristes 


“Au total, 300 tunisiennes ont rejoint les terroristes”, annonce Amor Haji en faisant savoir que ce chiffre représente près de 10% des terroristes tunisiens. Ces dernières sont réparties entre l’Irak, la Syrie et la Libye. 

“Ce taux est relativement élevé” regrette le vice-président de l’Union nationale des syndicats des forces de l’ordre, Mourad Ben Othman. Il a révélé que la tranche d’âge de ces femmes est comprise entre 14 et 35 ans. 

Pourquoi les femmes se mettent-elles au terrorisme?

En se référant aux enquêtes menées sur les combattantes de retour des foyers de tension, les femmes pratiquaient le plus souvent le Djihad du Nikah. “Elles ont été habituellement recrutées pour cela”,  souligne une source du ministère de l’Intérieur, en ajoutant qu’en général, ces dernières sont chargées de la comptabilité et l’investigation des troupes jihadistes. 

Or depuis peu, leurs rôles ne se limitaient plus à son aspect classique à savoir donner la vie à une nouvelle génération, s’occuper du recrutement ou de la propagande. Elles sont devenues capables de passer à l’action et se mettre sur le devant de la scène terroriste.

Selon ses dires, une importante Katiba (section armée), crée en 2014 et affiliée Daech portant le nom “Kateeb Al Khansa” est dirigée par une femme tunisienne, nommée “Oum Rayan”. 

D’après l’ITES, les motivations diffèrent mais convergent vers deux facteurs principaux. En effet, certaines femmes radicalisées veulent à tout pris atteindre le statut de martyr. Leurs actes terroristes seraient, à leurs yeux, un moyen d’accès au paradis, explique l’ITES.

Alors que le second facteur se résume dans le fait que mourir en martyr serait pour elles un acte de gloire et procurera certains avantages à leurs familles et leur entourage.

“Les femmes sont des kamikazes comme les autres”, estime de son côté Fatima Lahnait ,chercheuse et auteur du rapport “Femmes kamikazes, le jihad au féminin” publié par le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). 

“Cependant, à contrario des hommes, des raisons personnelles, comme venger la mort d’un proche, sont d’abord mises en avant pour expliquer l’action des femmes kamikazes. Leurs motivations d’ordre politique ou d’engagement pour une cause sont moins facilement évoquées”, ajoute-t-elle.

“Habituellement, l’utilisation de femmes kamikazes correspond à une phase de déclin et à des problèmes de recrutement”, précisait à Libération en 2014 Elizabetg Pearson, du Nigerian Security Network. 

Il y a aussi l’idée qu’une femme est moins repérable qu’un homme et serait donc plus à même de s’approcher de lieux stratégiques avant de se faire exploser.

Une tendance nouvelle?

 as vraiment. En 1985 une Libanaise de seize ans, Sana Khyadali, précipite sa voiture piégée contre un convoi israélien, tuant deux soldats. Elle est la première d’une longue liste de femmes candidates au martyr dans son pays, mais aussi en Israël, Turquie, Inde, Pakistan, Ouzbékistan, Tchétchénie, Irak.

À partir de cette date et jusqu’en 2006, “plus de 220 femmes kamikazes se sont sacrifiées, ce qui représente près de 15% du total des kamikazes recensés”, précise Fatima Lahnait dans son rapport.

Les plus “célèbres” de ces femmes kamikazes sont certainement les “veuves noires”, qui ont fait parler d’elles depuis 1999. On se souvient de celles du théâtre de Moscou en 2002.

Selon la chercheuse Fatima Lahnait, “la participation de femmes à des actes de carnage suscite un mélange de stupéfaction, de révulsion et d’intérêt public”. Pour elle, le recours à des femmes kamikazes pourrait être une stratégie pour attirer les regards et propager la terreur.  

 

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