TUNISIE
20/06/2019 16h:01 CET | Actualisé 20/06/2019 17h:12 CET

Féminisme et droits LGBT: À la rencontre de Sahar Yahiaoui de l’association "Mouja"

Grâce à des jeux de société, l'association cherche à plaider sa cause de manière ludique...

Anissa Bousadakat

Du haut de ses 23 ans, Sahar Yahiaoui, a déjà un parcours assez riche dans la société civile tunisienne et semble acquérir une certaine maturité. Ce n’est pas par hasard quand on sait que très jeune, elle est éprise par la cause environnementale en faisant partie de l’association “Un sourire pour tous” et se portait volontaire au Forum social mondial, dans sa municipalité de la Marsa, dans différents festivals de cinéma, puis au festival féministe, “Chouftouhonna”. 

Ce sont des rencontres personnelles et sa participation à “Chouftouhonna” qui l’ont sensibilisé à la cause LGBT, confie-t-elle au HuffPost Tunisie

Curieuse et pleine de bonne volonté, la jeune femme s’active et s’intègre dans le cercle très sélectif de l’association féministe axée sur les femmes FSF, “Chouf”. 

Récemment, elle fonde avec d’autres militantes l’association “Mouja”. “L’organisation se focalise sur trois aspects: la 5ème vague du féminisme, les LGBT et l’environnement”, explique-t-elle. 

Sahar Yahiaoui veut aller à l’encontre du grand public, convaincre les réticents, quitte à faire face à leurs hostilités: “Pendant longtemps, on était resté entre nous, c’était important pour former un noyau solide, mais une fois que c’est fait, il faut sortir des cercles des convaincus par la cause LGBT et viser le grand public afin de changer les mentalités”, explique-t-elle. 

Et de poursuivre: “Les politiciens nous disent ‘tant que vous êtes minoritaires à défendre la dépénalisation de l’homosexualité, nous ne pouvons aller dans votre sens’. Nous allons faire en sorte de ne plus l’être afin d’espérer changer les choses”.

La jeune femme joint la parole aux actes et n’hésite pas à chercher sa cible même dans les cafés. “On les convie à jouer à des jeux de société. Le but étant de plaider notre cause de manière ludique, à amener le concerné à s’interroger, à se poser les bonnes questions. Quitte à être homophobe, il faut l’être par conviction et non pas par ignorance”, lance-t-elle. 

Sahar Yahaoui
Jeux de société
Sahar Yahaoui
Jeux de société

 

Conçus avec l’aide d’anthropologues et sociologues, ces jeux abordent des questions liées aux discriminations relatives aux genres, au statut socio-économique, etc. 

“Mouja” organise aussi des ateliers en collaboration notamment avec Y-peer (Réseau d’éducateurs pairs pour les Droits Sexuels et Reproductifs des Jeunes) pour des formations sur la santé sexuelle des LGBT, etc. 

Ayant travaillé sur la population de lesbiennes, bisexuelles et transsexuels, Sahar Yahiaoui considère que l’oppression à leur égard n’est pas aussi visible que celle envers l’homosexualité masculine mais elle n’est pas moins intense. “Les femmes sont déjà accablées par leur statut de femmes, que dire quand elles sont homosexuelles”, souligne-t-elle. 

La jeune femme se montre, malgré tout, optimiste: “Nous sommes complémentaires avec les anciennes générations de féministes tunisiennes. Ces dernières avaient leurs priorités. Nous sommes une autre génération travaillant sur d’autres priorités. Nous avons l’avantage de militer avec plus de liberté. Certains tabous ont été brisés en parlant ouvertement des LGBT, du test anal, etc. Maintenant, il faut aller de l’avant dans ce combat”, conclut la jeune militante. 

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