26/12/2018 17h:47 CET | Actualisé 26/12/2018 17h:52 CET

La Fédération marocaine des associations des boulangeries et pâtisseries dénonce les positions de certains membres de la profession pour le Nouvel an

"Avec ce genre d'attitude, nous ne pourrions bientôt plus vendre que des msemmen et des beghrir”.

Simon McGill via Getty Images

MISE AU POINT - Éviter une polémique. C’est dans ce but que la Fédération marocaine des associations des boulangeries et pâtisseries modernes et traditionnelles a réagi aux annonces affichées par deux pâtisseries dans la région d’Agadir. Sur leurs vitrines, les pâtisseries “Rayhana” et “Pain de mie”, toutes deux situées à Aït Melloul, préviennent qu’elles “ne mettront pas en vente des gâteaux et pâtisseries de nouvel an”, en allusion à un refus de célébrer une fête chrétienne. Une initiative qui a très vite créé le buzz sur les réseaux sociaux, où les pour et contre se sont affrontés par commentaires interposés. 

Inquiétude à la fédération professionnelle du secteur, qui n’a pas tardé à publier un communiqué pour dénoncer ce genre d’attitude, qu’elle qualifie “d’excès de zèle sans intérêt” qui ne peut “en aucun cas représenter l’avis des professionnels et propriétaires des boulangeries et pâtisseries”.  Et de rappeler que ces professionnels sont au service de tous les clients, “sans exception aucune”, quelle que soit leur provenance et leur appartenance.

“Je suis convaincu que ce genre d’attitude ne peut servir le pays, surtout dans le contexte actuel où son tourisme et ses investissements étrangers sont visés”, déclare au HuffPost Maroc le président du conseil de cette fédération, Noureddine Lafif. C’est lui qui a décidé de publier ce communiqué pour, confie-t-il à notre rédaction, “circonscrire ce comportement qui risque non seulement de susciter la polémique, mais aussi d’amplifier les problèmes du secteur”. “Pour nous, ce sont ces occasions, notamment du Nouvel an, qui nous permettent de faire des recettes. Nous sommes des entreprises avant tout, pour qui le commerce représente un gagne-pain”, souligne-t-il. 

Un gagne-pain au delà de toute autre considération, Noureddine Lafif tient à le rappeler: “L’idéologie, l’ethnie ou la religion ne nous importent en rien. Sinon, si un client saoul se présentait à moi demain, je pourrais refuser de lui vendre quoi que ce soit. Puis je commencerais à demander à chaque client sa religion avant de lui vendre une baguette... Il ne resterait plus qu’à installer des scanners devant la porte!”, ironise le président de la fédération. 

Pour lui, les propriétaires de boulangeries et de pâtisseries sont appelés à assurer une forme de “service public”. “Nous travaillons les jours fériés, nous ne prenons qu’un jour de repos lors de l’Aïd d’El Fitr et d’Al Adha, parce que nous devons assurer un service public auprès des clients, veiller à ce que le pain reste toujours disponible, vu son importance auprès des familles marocaines”, explique-t-il. 

S’exprimer reste, toutefois, un droit, concède-t-il. “Oui, on a le droit d’avoir des opinions mais pas de les placarder de cette façon sur la vitrine d’un commerce. Je pense qu’il s’agit d’un acte irréfléchi. L’association d’Agadir relevant de la fédération a tenté de les appeler, mais sans obtenir de réponse pour le moment. Tout ce que l’on sait, c’est que ces pâtisseries ne sont pas adhérentes de l’association, sinon nous aurions pu prendre des mesures à commencer par une mise en garde”, affirme le président. 

Noureddine Lafif est persuadé du caractère irréfléchi de cet acte, car pour lui, il est inconcevable même d’imaginer qu’une boulangerie/pâtisserie se limite à vendre uniquement des produits marocains: “Nous ne pourrions alors plus vendre de croissants ou de petits-pains au chocolat parce qu’ils sont français... Avec ce genre d’attitude, nous ne pourrions bientôt plus vendre que des msemmen, de la harcha et des beghrir”.

Le président de la fédération souligne que “ce genre de discours est désormais dépassé et que la société marocaine en a pleinement conscience”, estimant que l’attitude des deux boulangeries-pâtisseries restent “un fait isolé”.