02/05/2018 14h:03 CET | Actualisé 02/05/2018 14h:03 CET

Fatima-Zahra Guendouz: "En tant que jeune femme entrepreneur, j’avais beaucoup de craintes"

"L’écosystème marocain pose beaucoup de difficultés pour les jeunes entrepreneurs."

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ÉCONOMIE - Quels sont les challenges rencontrés par les jeunes entrepreneurs au Maroc? Quels sont les barrières que rencontrent les TPE et PME, et comment aider à leur développement? Retour sur l’expérience d’une jeune entrepreneur, Fatima-Zahra Guendouz, fondatrice de “Le Grand Prestige”, traiteur et évènementiel.

- Parlez-moi de votre parcours...

Après avoir obtenu mon bac en 2006, j’ai intégré l’Ecole française des affaires où j’ai obtenu mon premier diplôme de technicien supérieur en commerce et gestion. J’ai ensuite complété ma formation avec un master de l’Ecole supérieure de commerce de Toulouse.

Après une première expérience dans le salariat, ou j’ai découvert le monde professionnel, j’ai décidé d’entamer mon aventure personnelle en 2014. J’ai lancé “Le Grand Prestige”, une offre de traiteur pour les évènements d’entreprises ou de particulier, avec un point de vente en direct sur Temara pour faire découvrir nos produits, et nos créations!

Je suis actuellement en train de préparer l’ouverture d’un deuxième point de vente à Rabat.

- Quel retour d’expérience faites-vous sur votre aventure entrepreneuriale?

D’abord, un sentiment fort de liberté! En tant que femme et maman, j’ai la possibilité de fixer mes propres objectifs et organiser mes journées sans avoir de contraintes d’horaires fixes. Concrètement, je peux prendre le temps de déjeuner avec mes enfants ou me libérer lors des vacances scolaires. Ce n’était pas systématique lors de ma précédente expérience salariale.

Cependant, être chef d’entreprise n’est pas une tâche facile. J’ai plusieurs employés (et donc plusieurs familles) qui dépendent de vous, de votre capacité à développer l’activité. C’est un stress important, que je ne m’attendais pas autant à ressentir.

Finalement, l’idée peut paraître simple, mais elle est pourtant vraie: la clé de la réussite réside dans l’écoute du client, et la capacité à offrir un produit/service d’une qualité irréprochable.

- Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en tant que jeune entrepreneur? En tant que femme?

L’écosystème marocain pose beaucoup de difficultés pour les jeunes entrepreneurs. Ce n’est pas évident de décrocher ses premières commandes. Les clients entreprises ne font que rarement confiance à de nouveaux entrants. J’ai réussi à décrocher mes premières commandes grâce à mon portefeuille clients développé lors de ma première expérience professionnelle.

Les retards de paiement constituent une difficulté majeure pour la plupart des entreprises marocaines, et engendrent des problèmes de trésorerie, parfois fatals pour les petites et moyennes structures. Aussi, le manque de compétences est à signaler. Nous avons du mal à trouver des profils sérieux et compétents.

En tant que jeune femme entrepreneur, j’avais beaucoup de craintes. Surtout que j’entamais une expérience entrepreneuriale dans un secteur où j’aurai à gérer différents types de profils et à établir des relations avec une multitude de fournisseurs et de clients. J’ai eu malheureusement à gérer des cas où certains profils et partenaires qui refusaient de traiter avec un management féminin. Ces cas-là restent heureusement très isolés, et en général, c’était plutôt une bonne surprise!

- Avez-vous bénéficié d’aides de l’État dans votre démarche?

À part l’exonération de la taxe professionnelle pendant les premières années, je n’ai bénéficié d’aucune aide particulière. Les banques refusent d’accorder les produits les plus basiques (facilité de caisse, leasing…) avant que l’entreprise n’ait deux ou trois années d’exercice. C’est un vrai parcours du combattant, à l’opposé des effets d’annonces que l’on entend parfois.

- Qu’est-ce qui pourrait aider?

Il y a des initiatives simples à mettre en place pour débloquer la situation dès demain! D’abord, côté entreprises, réserver un certain nombre de contrats aux jeunes acteurs. Côté banques, offrir des offres de financement adaptées, que l’État pourrait garantir si le projet est jugé sérieux. Enfin, nous avons besoin de cycles de formation spécifiques, surtout sur les activités non techniques: gestion administrative et financière, gestion des ressources humaines, marketing et développement commercial. C’est un ensemble de sujets que l’entrepreneur découvre sur le tas, sans y être forcément préparé en amont!

- Des conseils aux jeunes qui souhaiteraient aussi suivre le même chemin?

Si vous êtes passionnés et convaincus par l’idée du projet, foncez! Soyez persévérants pour surmonter les obstacles que vous allez rencontrer. N’ayez pas peur de l’échec et gardez vos objectifs devant les yeux. Le travail et le sérieux finissent toujours par payer!

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