MAROC
19/07/2018 13h:48 CET

Fatiha Daoudi, une fervente militante s'en est allée

Elle avait fait des droits humains la cause d’une vie.

Facebook

DÉCÈS - Sa disparition laisse ceux qui la connaissent sans mot. Fatiha Daoudi nous a quittés, ce jeudi dans la matinée, des suites d’une longue maladie, annonce sa famille sur Facebook. Militante jusqu’au bout des ongles, elle avait fait des droits humains la cause d’une vie. 

Docteure en science politique, diplômée de l’Université de Grenoble Alpes, Fatiha Daoudi avait surtout consacré ses recherches au vécu des populations des frontières algéro-marocaines depuis leur fermeture en 1994. Elle y avait consacré un livre témoignage de son propre vécu de “cœur de frontalière déchirée”, comme elle le précisait dans l’un de ses blogs publiés par le HuffPost Marocdont elle avait été l’une des plus fidèles et brillantes collaboratrices.

Fatiha Daoudi portait une douleur collective, celle de la population frontalière  algéro-marocaines qui, à ses yeux, “est la plus pénalisée et prise en otage par cette fermeture puisque nombre de familles du même sang, séparées quelquefois par deux ou trois kilomètres, se trouvent obligées de faire un millier de kilomètres pour se rendre visite”.

Pour elle, “le Maroc et l’Algérie ne sont pas destinés à être des ennemis mais bien au contraire des pays complémentaires dans un espace maghrébin”. Un message humain et politique fort qu’elle avait adressé dans un blog publié au HuffPost Maroc en février dernier, affirmant sa parfaite adhésion à une tribune de Kamal Daoud intitulée “Je suis Marocain” et publiée par TelQuel.

Inlassable militante, cette chercheuse associée au Centre Jacques Berque de Rabat et auteure d’études et de rapports, n’hésitait pas non plus à se joindre aux associations pour offrir son expertise. Egalité dans l’héritage, cohabitation entre les peuples, libertés individuelles, Fatiha Daoudi réagissait et agissait par son franc-parler et son audace d’intellectuelle engagée. Ainsi, dans un autre de ses blogs publiés par le HuffPost Maroc, il y a deux ans, elle avait défendu la liberté vestimentaire des femmes musulmanes en réaction à un blog du journaliste et président de Mediapart, Edwy Plenel, sous le titre: “Non Monsieur Plenel, le burkini n’est pas un vêtement comme un autre!”. 

Et lorsque l’égalité de l’héritage a commencé à faire jaser les esprits ces derniers mois, Fatiha Daoudi n’avait pas tardé à s’allier à un collectif d’intellectuels qui a publié un livre “L’héritage des femmes” sous la direction du médecin et écrivain Siham Benchekroun et lancé un appel portant des centaines de signatures contre la règle du ta’sib. Fatiha Daoudi nous avait déclaré, à l’occasion: “La règle du ta’sib choque beaucoup de personnes. Elle est inadaptée à l’époque actuelle (...) C’est un long travail que nous avons entamé”.

La militante laisse derrière elle les empreintes indélébiles de son engagement à multiples facettes, mais dont le point commun reste le principe humain. Sa disparition soudaine suscite l’émotion auprès de ceux qui la connaissaient et qui admiraient sa force de caractère.   

La réformiste et médecin Asma Lamrabet a, elle aussi, salué sur sa page Facebook, le courage d’une grande femme en postant ces quelques mots:“Fatiha Daoudi: tu nous a quitté ce matin après une longue lutte contre la maladie... Repose en paix ... tu as été tellement courageuse ...”.

Hakima Labbar, fervente militante pour l’égalité de l’héritage, qui a lancé une campagne et réalisé un ouvrage collectif “Les hommes défendent l’égalité en héritage”, s’est dite attristée par cette nouvelle. Au HuffPost Maroc, elle témoigne de sa grande admiration pour Fatiha Daoudi dont elle ne ratait aucune intervention. 

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