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30/08/2013 07h:24 CET | Actualisé 30/10/2013 06h:12 CET

Faites entrer l'accusé!

MENTALITÉS - En Tunisie, s'amuser à se renvoyer le "ballon du blâme" semble être une pratique socialement acceptable. C'est une contagion qui se répand de génération en génération, motivée par l'amplification des égos refusant l'embarras de l'échec. Nous sommes innocents de tout ce qui peut nous arriver. Ce sont toujours les autres "mauvais gars" qui doivent être maudits.

Le blâme parfume notre quotidien, et pas seulement en politique, mais dans le monde des affaires, à l'école, et même à la maison entre mari et femme. C'est un "pilier" de la scène politique et publique.

Les exemples sont multiples et tellement courants, qu'on ne se rend même pas compte de l'ampleur du phénomène: Quand un enfant échoue à l'école, c'est le système scolaire qu'on tacle de tous les noms. Quand une relation personnelle va mal, c'est le partenaire qui en est responsable. Quand on perd son emploi, c'est le patron qui porte le chapeau. Quand une entreprise fait faillite pour mauvaise gestion, c'est l'environnement économique qu'on maudit. Quand un politicien perd une élection, c'est l'adversaire qui a dû tricher.

En Tunisie, s'amuser à se renvoyer le "ballon du blâme" semble, en effet, être une pratique socialement acceptable. C'est une contagion qui se répand de génération en génération, motivée par l'amplification des égos refusant l'embarras de l'échec.

La stratégie en vogue du "ballon du blâme"

Un regard bref sur les archives des médias tunisiens au cours des trois dernières années nous permettra de définir "avec précision" ceux qui occupent le banc des accusés, responsables des différentes crises qu'a connues le pays: les Américains, les Qataris et les Saoudiens, le FMI, la Banque mondiale, Moody's et Standard and Poor's, et la liste est encore plus garnie. Ils sont coupables de tous les maux du pays, y compris la situation financière et économique. Nos politiques, notre leadership et nos citoyens sont indemnes de toute responsabilité: Nous sommes innocents de tout ce qui peut nous arriver. Ce sont toujours les autres "mauvais gars" qui doivent être maudits.

Durant 3 ans de "Transition Démocratique", les dirigeants politiques et les hauts fonctionnaires de l'Etat ont systématiquement refusé de prendre acte de leurs échecs. Jusqu'à présent, aucun chef de parti politique n'a volontairement pris la responsabilité d'une défaite électorale colossale et a démissionné. Aucun ministre n'a volontairement cédé son poste en assumant une défaillance de gouvernance, pourtant Dieu sait combien de ministères souffrent le martyre à cause d'une incompétence profonde de gestion.

Le "Ballon du Blâme" est devenu la stratégie en vogue de la politique tunisienne, peut-être parce que l'électorat n'est pas assez astucieux pour entrevoir les manœuvres de ce jeu, ou pas assez informé pour pouvoir départager les responsabilités et accuser les vrais coupables. Mais que ce soit par manque d'éveil ou manque de transparence, jouer au "Ballon du blâme" est désormais devenue une pratique socialement acceptable, et même médiatiquement souhaitable. En somme, plus la partie attisera "les applaudissements" de ceux qui la regardent, plus les partis politiques useront de ce jeu comme outil de politique politicienne, conduisant finalement à une démocratie tarée et une gouvernance délabrée.

Imaginer une politique responsabilisée

Imaginons une seconde que l'opposition et ses députés avaient mené une "vraie" campagne d'information et de communication directe avec leurs électeurs dès le 1er jour. Imaginons une seconde que la Troïka avait eu recours à la technologie déjà en place pour communiquer sur le degré d'avancement des projets de développement régional, les dépenses du gouvernement ou encore le manque de liquidité. Imaginons une seconde que les informations sur la vraie nature des terroristes étaient disponibles au public immédiatement dès qu'elles étaient recueillis. Ne pensez-vous pas que cela nous aurait évité cet échange d'accusations ridicules auquel se livrent nos politiques actuellement et qui risque d'entraîner le pays vers l'abîme?

Malheureusement, et malgré les cycles interminables de ce jeu du blâme, il n'y a pratiquement aucune diligence pour atténuer l'ampleur du phénomène. Plus grave encore, il n'existe aucune preuve que l'électorat rejette ce "Show" ennuyeux. Il n'y a qu'à voir l'audimat des émissions télé épinglant l'opposition et la troïka.

Il est clair que nous avons besoin d'une cure d'autocritique constructive, nous avons besoin d'une prise de conscience générale, nous avons besoin d'une vraie transparence pour ce qui est gouvernance de l'État ou encore processus judiciaire. Mais, par-dessus tout, nous avons besoin de remettre à l'ordre du jour la notion de la "responsabilité".