ALGÉRIE
17/04/2019 20h:41 CET | Actualisé 17/04/2019 20h:44 CET

Faculté de droit à Alger: la BRI accusée de vouloir "traumatiser les étudiants"

Les services de sécurité sont, une fois de plus, pointés du doigt. “L’intrusion” d’un corps de sécurité, toujours non identifié, à l’intérieur de la faculté de droit de Saïd Hamdine, à Alger, a suscité la colère de plusieurs associations et partis politiques. Malgré l’absence d’une réaction officielle de la DGSN, de la Présidence ou du MDN, en dépit des circonstances vagues de cette intervention, les services de sécurité sont accusés de “vouloir intimider” et “semer la peur” chez les étudiants.

Des étudiants de la faculté de droit se réunissaient avec leurs enseignants à propos de la suite du hirak lorsque des éléments d’un corps de sécurité non identifiés, se sont présentés et leur ont subtilisés des documents, dont une liste portant les noms des participants à la grève.

Sur les réseaux sociaux, ce corps a vite été identifié comme étant la Brigade de recherche et d’intervention (BRI). Toutefois, ni les véhicules et les uniformes des individus, filmés par des étudiants, n’étaient marqués par le logo du corps auxquels ils sont sensés être affiliés.

Des témoins ont affirmé que ces éléments ont tenté d’interpeller des étudiants mais ont été empêchés par leurs camarades. D’autres, également cités par des médias, affirment que des interpellations ont bel et bien eu lieu.

Ces vagues circonstances n’ont pas empêché des associations et des partis politiques de réagir et dénoncer une “violation de la franchise universitaire”.

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme a dénoncé, dans un communiqué, “une opération coup de poing menée par les éléments de la police BRI à la faculté de droit d’Alger pour arrêter des étudiants en violation des libertés et franchises universitaires”. Me. Noureddine Benissad a rappelé que “l’amphithéâtre où se sont déroulées les interpellations et la confiscation de la feuille de présence et de téléphones abritait une rencontre débat entre enseignants et étudiants pour apporter leurs contributions au Hirak”.

Il a rajouté que “rien ne peut justifier une telle opération y compris une réquisition du doyen de la faculté de droit dans la mesure ou aucune violence, contrainte physique ou morale n’ont été utilisées par les étudiants ou les enseignants”.
La LADDH a dénoncé “un décalage profond entre le discours officiel et les pratiques de répression des libertés”.

De son côté, l’association RAJ, qui identifie également ce corps comme étant la BRI, a estimé que ces individus “ont agit d’une manière violente et agressive en tabassant les étudiants et en procédant à des interpellations en violation de toutes les lois et textes régissant l’inviolabilité des franchises universitaires”.

“Ces dépassements condamnables, indignes et intolérables visent à casser, à contenir la dynamique et la formidable mobilisation des étudiants.ès, et leur implication massive dans le mouvement populaire”, regrette l’association.

De son côté, le FFS a dénoncé cette opération musclée “qui vise à intimider et à traumatiser les étudiants”.

“Les étudiants constituent le centre névralgique de la formidable mobilisation citoyenne qui fait trembler le pouvoir despotique algérien.  La jeunesse algérienne en général et les étudiants en particulier ont subjugué le monde entier grâce à leur pacifisme et à leur sens élevé de maturité politique et d’innovation”, a affirmé le parti.

Le parti du Front de la Justice et du développement a également condamné une violation de la franchise universitaire, dénonçant une “tentative d’arrestation d’étudiants”. 

Le parti a averti que la volonté de certains corps de sécurité de “pourrir la situation” est une “tentative ratée”.

Karim Tabbou, président du parti de l’UDS, a, lui, dénoncé “un acte grave et condamnable”. “La violation des franchises universitaires puis l’arrestation arbitraire des étudiants à l’intérieur même de l’enceinte universitaire a Saïd Hamdine est un acte grave et condamnable”.

Cette “entrée par effraction” à la faculté de droit intervient à peine une semaine après avoir la répression de la marche pacifique du précédent vendredi, où les forces de l’ordre ont usé du gaz lacrymogène contre des milliers de manifestants rassemblés à la Place Audin, avant que le Tunnel des Facultés et des manifestants qui s’y trouvaient ne soient victime d’autres tirs de gaz. 

A peine 24H plus tard, la police a obligé des citoyennes, des militantes arrêtées samedi à la Grande-Poste, à se déshabiller dans un commissariat à Baraki pour subir des fouilles.