MAROC
04/04/2018 14h:41 CET | Actualisé 04/04/2018 14h:45 CET

"Fach ma kane", le cri de ralliement de jeunes diplômés s'insurgeant contre le chômage

Né à Kénitra, le mouvement rassemblant des diplômés chômeurs de la formation professionnelle aspire à s'élargir à l'échelle nationale.

ABDELHAK SENNA via Getty Images

MOUVEMENT - “J’ai obtenu deux diplômes de formation professionnelle en construction et en menuiserie métalliques de l’Institut de technologie appliquée (ITA) Sebou à Kénitra, en 2013 puis en 2015. Mais depuis, je cherche inlassablement du travail sans en trouver. N’importe quel emploi fera l’affaire et n’importe où, je ne veux plus du chômage!”. Face à une inactivité de plus en plus pesante, Achraf Jamal, 23 ans, partage son angoisse. “J’ai suivi des stages après les diplômes, je me suis investi pendant trois ans, mais l’espoir de travailler semble s’éloigner”, confie-t-il au HuffPost Maroc, la voix chargée de tristesse. 

Du courage, il en a trouvé auprès de ses semblables, des jeunes de Kénitra, de 20 à 34 ans, également désoeuvrés malgré leurs recherches. “Nous étions une dizaine de jeunes au tout début, habitant le même quartier à Kénitra, Assafae, à réfléchir au moyen d’exprimer notre ras-le-bol. Nous tous voulions juste travailler pour vivre dignement et aider nos familles”, explique-t-il. Lui et ces jeunes chômeurs ne sont pas en quête de gros salaires, n’ont aucune exigence quant au secteur d’emploi, mais veulent travailler à tout prix, “dans n’importe quoi” (“Fach ma kane”). Tel un slogan, un cri de ralliement qu’ils ont brandi avant d’en faire un mouvement pour une initiative amplement légitime à leurs yeux.  

Une catégorie de chômeurs plus vulnérables

“Nous avions tous déposé des demandes auprès de l’ANAPEC de Kénitra, mais les recrutements, ici, concernent le plus souvent des filles recrutées massivement par les sociétés de la zone industrielle franche”, se souvient le jeune homme. “Nous avons alors pensé qu’avec ce mouvement nous pourrions mieux défendre notre cause”, dit-il.

L’idée qui a germé pendant les deux derniers mois, a attiré de plus en plus des jeunes comme Achraf. “De 10, nous sommes passés aujourd’hui à 200 et les jeunes commencent à affluer. Tous contre le chômage, nous avons décidé de tenir des sit-in pour réclamer notre droit au travail”, dit-il, l’air déterminé.

Pour encadrer le mouvement, c’est à la Ligue marocaine pour la citoyenneté et les droits de l’homme (LMCDH) que ces jeunes ont fait appel. Celle-ci a annoncé, hier, par la voie d’un communiqué, le lancement officiel du mouvement “Fach ma kane”. “Nous avons décidé de l’adopter et de lui apporter tout notre soutien. Nous avons, d’ailleurs, pris contact avec d’autres associations militant pour les droits de l’Homme, dans le but de constituer un comité d’appui plus fort à ce mouvement”, déclare, au HuffPostMaroc, le président de la ligue Driss Sedraoui. 

Précisant que le mouvement ne concerne pas les chômeurs titulaires de diplômes universitaires, ce dernier explique qu’il restera, en priorité, celui des diplômés chômeurs de la formation professionnelle. “Cette catégorie est plus vulnérable étant donné la situation de précarité de leurs familles. Pour elle, le travail n’est lié à aucune exigence sauf celle du respect des conditions minimums de la dignité humaine que ce soit dans le secteur public, privé ou semi-public”, précise-t-il.

L’appui qu’apportera la LMCDH à “Fach ma kane” sera aussi l’organisation de démarches de protestation plus régulières. “Un sit-in a eu lieu devant l’ANAPEC, hier. Une interdiction écrite nous a été adressée, mais les jeunes du mouvement l’ont tenu malgré tout”, indique Driss Sedraoui estimant que le combat contre le désespoir ne laisse aux jeunes que le choix de s’exprimer. Ils comptent d’ailleurs observer un nouveau sit-in demain matin devant la préfecture de la même ville. 

“L’organisation concrète du mouvement a commencé cette semaine. Kénitra a été son lieu de naissance, mais nous aspirons à l’élargir à l’échelle nationale. D’ores et déjà, des jeunes de cette catégorie habitant les zones rurales nous ont exprimé leur volonté de rallier le mouvement”, annonce le président de la LMCDH. Pour ce dernier, le mouvement concerne la plus large catégorie de jeunes marocains qui n’ont pas été à l’université et pour qui un emploi est vital. ”‘Fach ma kane’ s’insurge contre le chômage mais aussi contre le clientélisme et le manque de transparence qui réserve les emplois à certains. L’emploi passe par l’équité des chances et nous comptons le rappeler dans ce mouvement”, soutient Driss Sedraoui. 

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