TUNISIE
11/02/2019 22h:48 CET

Face aux députés, le ministre de l'Intérieur fait le point sur l'affaire de l' "école" coranique de Regueb

Le ministre a fait le point sur la situation après le scandale de l' "école" coranique de Regueb.

Le ministre de l’Intérieur, Hichem Fourati, a révélé, lundi que le juge d’instruction chargé des enfants, près du Tribunal de premier instance de Sidi Bouzid a ordonné à ce que les enfants de l’ ”école” coranique de Regueb, placés dans un centre d’accueil étatique, soient remis à leurs parents.  (À parti de 27:17 dans la vidéo ci-dessus).

Répondant aux questions des députés lors d’une plénière de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) consacré au dialogue avec le gouvernement sur l’affaire de l’école coranique de Regueb (gouvernorat de Sidi Bouzd), il a affirmé qu’une enquête administrative a été ouverte à la suite des interrogations posées par l’animateur de l’émission “les 4 vérités Hamza Belloumi” après la diffusion, jeudi, d’une vidéo montrant une possible connivence entre des agents de la Garde Nationale et le directeur de l’ ”école” coranique de Regueb.

 Il est également revenu sur les suites judiciaires données à cette affaire.

“Un mandat de dépôt a été dressé contre le dénommé Farouk Zribi”, directeur de l’ ”école” coranique de Regueb, pour “traite d’êtres humains, notamment des mineurs, et exploitation sexuelle” a indiqué le ministre. Cette affaire relève du tribunal de première instance de Sidi Bouzid et est encore au stade de l’enquête.

Un autre mandat de dépôt a été dressé contre Farouk Zribi et sa femme pour avoir contracté un mariage de manière illégale: “Ils ont été jugés aujourd’hui et ont écopé d’une peine d’un an de prison et d’une amende de 240 dinars”.

Le directeur de l’ ”école” a également comparu devant le pôle anti-terroriste pour  “soupçon d’appartenance à une organisation terroriste” et dont l’enquête a été confiée à l’unité anti-terroriste d’El Gorjani.

Un mandat de dépôt a également été dressé contre un des adultes présents au sein de l’ ”école” “pour viol d’un enfant âgé de moins de 16 ans”.

259 associations à orientation religieuse recensés

Hichem Fourati a indiqué que le nombre d’associations à orientation religieuse et prônant le prosélytisme enregistrées par les services du ministère sont au nombre de 259 associations

Il a déclaré que 15 associations coraniques avaient délibérément exploité des espaces aléatoires pour héberger des élèves dans huit gouvernorats accueillant environ 530 personnes.

“Sur la base de données disponibles auprès des services du ministère de l’Intérieur, les activités de ces associations étaient régies par des statuts dont la création a été annoncée dans le journal officiel de la République tunisienne, en vertu du décret n° 88 de 2011 sur les associations”, a précisé le ministre.

Il a indiqué que le but de ces associations est l’initiation à la mémorisation du Coran, aux techniques de psalmodie et aux sciences de la Charia, connus sou le noms d’”écoles coraniques”. Il a ajouté que la gestion de ces associations est supervisée par des personnes connues pour leur activité religieuse ou appartenant à des organisations de prosélytisme telles que “l’Association de la Dawoua et Tabgligh” et la “Ligue Nationale du Saint Coran”.

“La plupart des espaces appartenant aux associations coraniques ne sont pas autorisés”

Hichem Fourati, a déclaré que les données disponibles aux services de son département et sur la base de recherches préliminaires sur les associations coraniques accueillant des enfants, montraient que la plupart de ces enfants sont âgés de 10 à 18 ans, dont des élèves suivant des cours le jour et d’autres hébergés dans des établissements non autorisés.

Dans ses réponses aux questions posées par les députés de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), Fourati a indiqué que ces enfants ont pour la plupart quitté les bancs de l’école et n’ont pas dépassé le cycle du secondaire.

Il a souligné que certains d’entre eux étaient obligés de porter l’habit confessionnel même lors de l’exercice d’activités sportives et que les associations concernées avaient dévié de leurs activités autorisées en appliquant un programme d’études contraire aux programmes officiels approuvés, en l’absence de permis d’hébergement d’enfants.

“Les conditions d’hébergement ne répondent pas aux exigences minimales en matière de santé et de sécurité et ne respectent pas le principe de séparation des groupes d’âge”, a-t-il ajouté.

Le ministre a annoncé que des décisions administratives avaient été prises pour mettre fin à l’activité, fermer ou évacuer ces espaces, à la lumière des travaux des comités régionaux dirigés par le gouverneur, afin de suivre et de contrôler les espaces anarchiques appartenant à des associations coraniques dans les régions qui accueillent des enfants en violation de la législation et des procédures légales.

Il a également fait état de l’ouverture d’enquêtes pénales en coordination avec le ministère public pour infraction et violation de la loi des associations ainsi que l’information des services de la présidence du gouvernement afin d’engager des poursuites pour suspendre ou dissoudre l’association.

Le ministre de l’Intérieur a précisé que le décret n° 12 du 14 avril 2014 publié par le chef du gouvernement portant sur le système juridique applicable aux établissements de l’enfance précoce autorisés à ouvrir des espaces pour accueillir des enfants, exige l’obtention des licences requises des ministères de la Femme, de l’Education, de la Santé et des Affaires religieuses.

“En cas de non-respect de ces obligations, cet espace est considéré comme un espace anarchique et une menace pour l’enfance nécessitant une intervention rapide et urgente pour le fermer, sur décision du gouverneur”, a-t-il affirmé.

L’affaire de l’ ”école” de Regueb a éclaté après la diffusion par la chaine El Hiwar Ettounsi d’un reportage sur une ”école” coranique anarchique ouverte dans la délégation de Regueb où séjournaient 42 enfants âgés entre 10 et 18 ans et 27 adultes âgés entre 18 et 35 ans partageant le même internat sans les moindres conditions de sécurité et d’hygiène. 

Ces derniers ont été victimes de maltraitance et d’exploitation dans des travaux agricoles et de bâtiment, déplore un communiqué du ministère de l’Intérieur. 

Ils seraient, également, endoctrinés puisqu’on y inculque des idées et des pratiques extrémistes.

À la suite de cette affaire, le chef du gouvernement a décidé de limoger le gouverneur de Sidi Bouzid ainsi que le délégué de Regueb.

Jeudi, l’animateur de l’émission “Les 4 vérités” Hamza Belloumi a demandé, dans son émission diffusée sur la chaine El Hiwar Ettounsi, des explications au ministère de l’Intérieur après des pressions subies par son équipe après le tournage du reportage sur l’ ”école” coranique de Regueb.

Au cours de l’émission animateur a expliqué qu’après le tournage et en route vers Tunis, son équipe a été poursuivie par le directeur de l’école voulant faire arrêter la voiture de l’équipe de l’émission. Ce dernier était accompagné par une voiture de la Garde Nationale. Après un passage au poste où l’identité des journalistes a été communiquée aux autorités, un proche du directeur de l’école s’était rendu au domicile de l’un des journalistes.

“Nous ne parlons plus donc d’une école coranique qui connait des dépassements mais d’une école qui est protégée par certaines personnes” avait alors déclaré Hamza Belloumi.

 

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