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11/01/2019 12h:16 CET | Actualisé 11/01/2019 12h:16 CET

Face au terrorisme, les défis des services sécuritaires marocains

"Les intérêts marocains en matière de sécurité sont confrontés à des défis majeurs".

- via Getty Images
Arrestation par des membres du BCIJ d'un des suspects du meurtre de deux touristes scandinaves à Imlil. Photo prise le 20 décembre 2018 dans la banlieue de Marrakech.

SOCIÉTÉ - Dans le passé, le rôle des services de renseignements se limitait à contrôler les opposants, à suivre leurs mouvements et à connaître leurs plans, dans le but de sauvegarder la sécurité du pays et sa stabilité politique. Au cours des dernières années, leur rôle a évolué. Dans de nombreux pays, ils ont contribué à l’élaboration de politiques publiques et formulé des recommandations aux décideurs, par exemple en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, pour éviter d’éventuels risques futurs.

A cet égard, la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) est un organe compétent pour jouer ce rôle, étant donné l’expérience qu’il a accumulée au cours du temps, que ce soit en matière de lutte contre l’extrémisme, contre le terrorisme ou contre la criminalité organisée et transfrontalière. Cela lui a d’ailleurs valu une réputation internationale, comme en témoigne le rapport des Nations Unies publié en septembre 2015, qui a estimé que le Maroc dispose de l’organe de renseignements le plus puissant du monde arabe, à la fois en termes de professionnalisme, que dans le cadre de ses opérations préventives visant à contrecarrer un nombre important de projets terroristes.

Le Maroc est plus que jamais menacé par le fléau du terrorisme, ce qui exige de ses services de sécurité qu’ils soient vigilants et proactifs pour recueillir des informations et prendre des mesures rapides et efficaces.

Dans ce cadre, le Maroc a créé un système de sécurité solide, le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), chargé de traiter les crimes et délits prévus par l’article 108 du code de procédure pénale, notamment le banditisme, le trafic de stupéfiants, le trafic d’armes et d’explosifs, le terrorisme, l’atteinte à la sûreté de l’Etat et la falsification de la monnaie. Cette nouvelle structure comprend l’élite des services de police ayant suivi une formation de qualité en matière juridique et professionnelle.

Le BCIJ a procédé au démantèlement de nombreuses cellules terroristes coordonnant avec les organisations Al Qaïda et Daesh au Maghreb et au Sahel, raison pour laquelle nous pouvons affirmer que la politique sécuritaire marocaine dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme a donné des résultats tangibles, et représente un modèle à suivre pour les pays de la région.

Aussi, les intérêts marocains en matière de sécurité sont confrontés à des défis majeurs à l’avenir en raison des changements auxquels le monde assiste sur le plan politique, économique et sécuritaire, en raison du phénomène croissant du terrorisme et de la criminalité organisée, et du développement rapide des technologies de l’information et les différents moyens de communication qui ont contribué à l’émergence de ce qu’on appelle le “terrorisme électronique”, qui a un impact très dangereux sur la sécurité et la stabilité du pays.

Ces défis futurs auxquels le Maroc sera confronté nécessiteront l’adoption d’une politique stratégique consistant à identifier les acteurs dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme, à faire appel à des experts en sécurité et éventuellement dans d’autres domaines, à rassembler les informations requises, à définir la vision stratégique et les objectifs, les facteurs de réussite et d’échec, à analyser les données et informations, et enfin à faire des évaluations au cours de l’exécution de cette stratégie.

La planification stratégique pourra permettre au service de renseignements d’avoir une vision claire à l’avenir, de déterminer les mesures à prendre, d’utiliser d’une façon optimale les ressources et les capacités, de hiérarchiser les priorités, de cibler les besoins, et d’éliminer les causes et les activités pouvant conduire à l’extrémisme et au terrorisme, en fournissant aux organes de l’État les informations nécessaires pour formuler des politiques et prendre des décisions adéquates.

Une telle planification devrait reposer sur une vision claire, prenant en considération les points suivants:

1. Etablir une coopération entre les différents organes de sécurité et de renseignements au Maroc et coordonner leurs actions pour faire face aux difficultés et problèmes d’intérêt commun, en raison de l’incapacité d’un tel organe à faire face aux défis futurs individuellement. 

2. Contrôler régulièrement les activités douteuses à travers les moyens d’information et de communication (Internet, réseaux sociaux...) , compte tenu de la capacité des organisations terroristes de les utiliser de manière à nuire à la sécurité et à la stabilité de l’État.

3. Exploiter les ressources humaines efficaces et développer leurs compétences culturelles, économiques, politiques et techniques afin de pouvoir faire face aux changements et aux transformations survenus au niveau national et international, en matière de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme .

Enfin, il convient de noter que la création du Conseil suprême de sécurité, au titre de l’article 54 de la Constitution de 2011, jouera certainement un rôle important dans la conception et la planification des politiques de sécurité afin de relever les défis majeurs dont le Maroc a pris conscience, ainsi que les défis de la mondialisation du terrorisme et du crime organisé.