MAROC
05/02/2019 17h:58 CET | Actualisé 05/02/2019 18h:01 CET

Face à la polémique que suscite la réalisation d'une théière géante à Taroudant, le président de la commune urbaine s'explique

"Ce sera une théière géante qui tourne sur une dynamo".

De Agostini / A. Garozzo via Getty Images

PROJET - Il était une fois une théière géante qui s’attira les foudres et les moqueries du net, bien avant de voir le jour. À Taroudant, la commune urbaine se prépare ainsi à l’ouverture des plis concernant l’appel d’offres pour la création d’une théière traditionnelle version très grand format, dans le cadre des travaux d’aménagement de la place publique “6 Novembre”, en plein centre de la ville. Les candidats intéressés par le marché ont 27 jours pour déposer leur dossier, du 25 janvier au 21 février (15h). 

Le coût de la réalisation de cette théière s’élève à 233.640 dirhams. “C’est la commune qui finance le projet. Par rapport à d’autres qui s’évaluent à des centaines de millions et à des milliards de dirhams, ce projet ne coûte pas vraiment grand-chose”, déclare au HuffPost Maroc le président de la commune urbaine de Taroudant, Ismail Hariri.  

Commune urbaine de Taroudant

Farouche défenseur du projet, ce responsable estime que cette théière sera “une première du genre”. “Ce sera une théière géante placée au dessus d’un plateau garni de verres. Elle tournera sur une dynamo tout en versant de l’eau de couleur jaune en allusion au thé, au son d’une musique”, décrit-il. Et de préciser que ce projet sera également démontable afin de le déplacer en cas de besoin. 

Pourtant, les critiques n’ont pas tardé à s’exprimer, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous. Pas du tout convaincus, les sceptiques estiment que la commune accorde de l’importance à des “futilités” au lieu de se pencher sur “des projets de développement sérieux” et “pousser la roue de l’économie vers l’avant”.

Pourquoi une théière? En quoi servirait-elle Taroudant? Avions-nous besoin de cette théière?... Des interrogations face auxquelles Hariri exprime son regret: “Ils se sont mis à critiquer le projet sans vraiment en connaitre les objectifs”. 

Pour lui, le choix de la théière est légitimé par deux raisons: “Ici, nous avons des artisans un peu partout et tous travaillent avec une petite théière à côté pour se servir et servir du thé aux autres. La théière est omniprésente à Taroudant, mais elle est aussi et avant tout un symbole de l’hospitalité marocaine”, plaide-t-il.

Ce “symbole”, aux yeux de Hariri, aura un rôle à jouer en particulier à Taroudant. “Nous voudrions que la théière devienne un emblème touristique de la ville à l’image de Tétouan, connue par sa colombe ou encore d’Ifrane, où tout le monde se prend en photo à côté du lion”. Un emblème qui devra donc servir d’étiquette à la ville et attirer plus de touristes. “Malheureusement, les touristes qui viennent à Taroudant en font, pour la majorité d’entre eux, une simple escale vers Ouarzazate ou Agadir. Nous voudrions que la théière apporte une valeur ajoutée à la ville et attire plus de visiteurs pour des durées plus longues”, explique-t-il. Et de cause à effet, cette théière, pour le président de la commune, “fera bouger la dynamique touristique de la ville et offrira à certains un nouveau lieu de vie ou de travail”.

En tout cas, pour Hariri, tout le monde ne s’oppose pas à ce projet: “Ceux qui ont leur commerce ou café à proximité du lieu se réjouissent à l’idée de voir cette théière. Des photographes et des vendeurs peuvent aussi s’installer devant”, prévoit-il. 

“À présent, des jeunes menacent de déposer une pétition contre ce projet. C’est leur droit, mais ce projet, nous le mènerons jusqu’au bout, parce que nous sommes convaincus de son intérêt”, insiste le président de la commune. Et d’ajouter que ce projet donnera vie à une idée qui remonte à environ un an. “Une société nous avait proposé de financer la réalisation de cette théière, mais nous avons fini par refuser afin qu’elle n’en profite pas pour se faire de la publicité. Nous avons donc porté le projet pour Taroudant”, souligne Ismail Hariri, qui estime que le projet ne nécessitera que quelques mois pour être concrétisé.