TUNISIE
02/04/2018 16h:02 CET | Actualisé 02/04/2018 16h:11 CET

Pressions fiscales, grèves et bureaucratie... Quelles sont les craintes qui freinent la croissance des entreprises tunisiennes ?

Si le baromètre d'EY a fait apparaitre, depuis 2016, des signes d’essoufflement des entreprises. Le baromètre 2018 confirme que leur capacité de résilience en a pris un sérieux coup.

Zoubeir Souissi / Reuters

Quelles sont les préoccupations et les perspectives des dirigeants d’entreprises tunisiennes en 2018? 

Depuis 20111, le cabinet d’audit et de conseil, Ernst and Young ( EY) Tunisie, dévoile les résultats de son Baromètre des entreprises en Tunisie. Une tradition qui dresse le bilan de l’année écoulée, évalue le climat des affaires en Tunisie et évoque les perspectives à venir et d’évaluer le climat des affaires.

Ce dernier donne un éclairage sur le moral, les préoccupations et les perspectives des chefs d’entreprises: “Le baromètre 2018 révèle une vision résolument optimiste des perspectives des entreprises sur les mois à venir. Mais, il fait, en même temps, ressortir une inquiétude de plus en plus forte des dirigeants d’entreprises à l’égard de la conjoncture économique et sociale,” souligne le rapport.

Quelles sont leurs principales inquiétudes ? 

Si l’instabilité sécuritaire figurait en tête des préoccupations des chefs d’entreprises en Tunisie en 2016. Ce danger ne fait plus partie du Top 5 de leurs inquiétudes durant ces deux dernières années. 

En effet, 76% d’entre eux considèrent l’évolution de la conjoncture économique et sociale comme étant le premier facteur susceptible de freiner les entreprises dans leur élan de croissance, alors qu’ils étaient 51% à le signaler en 2012, 59% en 2014 et 67% en 2016.

 

EY

Selon EY, deux “dangers” font leur entrée dans le Top 5 des préoccupations: la dégradation du taux de change et la pression fiscale. En revanche, la situation sociale et la qualité de service de l’administration continuent à figurer de façon récurrente parmi le Top 5 des préoccupations des chefs d’entreprises.

De même, le rapport dévoile que 40% des entreprises estiment leur capacité de survie à moins de deux ans en cas de détérioration de la conjoncture. Elles étaient 25% il y a deux ans et 20% il y a quatre ans.

Quels sont les principaux barrières à l’investissement?

La lourdeur administrative est considérée par 78% des répondants comme étant la plus grande barrière à l’investissement, suivie par le climat social et la corruption administrative cités respectivement par 46% et 44% des dirigeants. Ce sont trois barrières à l’investissement sur lesquelles s’accordent les dirigeants en 2018 et en 2016.

Les charges fiscales avec 40% et le cadre réglementaire de l’investissement avec 36% n’ont pas été abordés comme des facteurs bloquants majeurs en 2016.

 

EY

 

2/3 des entreprises tunisiennes prévoient une amélioration de leur chiffre d’affaires

D’après les chiffres dévoilés par EY, deux entreprises sur trois, soit 66% des entreprises tunisiennes, prévoient une amélioration de leur chiffre d’affaires, contre 68% en 2016. 12% prévoient même une forte amélioration, contre seulement, 5% qui anticipent une dégradation. Les dirigeants d’entreprises continuent, ainsi, à afficher beaucoup d’optimisme, révèle EY. 

 

EY

De plus, les résultats du baromètre 2018 font ressortir une amélioration de la productivité des entreprises. En effet, 25% des dirigeants déclarent que ce facteur a agi positivement sur leurs performances opérationnelles (contre 15% en 2016).

Par ailleurs, le rapport a mis en exergue les facteurs influençant l’évolution négative des entreprises. “38% des dirigeants citent le manque des compétences requises comme facteur qui explique le mieux l’évolution négative enregistrée de la gestion des ressources humaines, soit 7 points de pourcentage de plus par rapport à 2016,” dévoile le rapport en ajoutant que “38% des dirigeants avancent les départs non souhaités des meilleurs talents comme facteur qui explique le mieux l’évolution négative enregistrée de la gestion des ressources humaines, soit 13 points de pourcentage de plus par rapport à 2016″.

 

Le digital, ce nouveau facteur clé

 71% des dirigeants d’entreprises interrogés estiment que l’impact du Digital est important voire même très important (28% des répondants). Ces derniers ont pris conscience que la transformation digitale est un projet d’entreprise.

 

EY

 67% des répondants déclarent avoir l’intention d’investir dans l’Analytics et le traitement des Big Data. L’Internet des Objets constitue pour 25% des répondants la technologie visée et 21% s’intéressent à l’intelligence artificielle.

Quelles sont leurs ambitions ?

Le baromètre 2018 confirme l’ambition des entreprises en matière de développement à l’international et révèle, en particulier, leur appétit pour la conquête des marchés africains. 31% des répondants considèrent qu’une meilleure accessibilité à ces marchés contribuerait positivement à la croissance de leurs activités, soit 9 points de pourcentage de plus par rapport à 2016.

EY

Le rapport ajoute, d’autre part, que 61% des chefs d’entreprise n’envisagent pas d’investir (ou de continuer à investir) dans les régions intérieures de la Tunisie, soit 1 point de pourcentage de moins par rapport à 2016.

En effet, les régions intérieures de la Tunisie continuent à ne pas être attractives, malgré les encouragements et les efforts menés par l’Etat. Seulement, 39% des répondants envisagent d’investir dans les régions de l’intérieur. Ce choix s’explique principalement par la conjoncture actuelle et le manque d’attractivité économique dans ces régions.

 Il précise, également, que près de la moitié des dirigeants ont l’intention d’augmenter leurs investissements. 

 

EY

Concernant le mode de financement des projets, l’autofinancement et endettement bancaire continuent à être les modes de financement privilégiés pour 59% et 35% des répondants (contre 68% et 49% en 2016).

Le rapport indique, par ailleurs, que la part de dirigeants ne prévoyant pas un projet d’investissement dans le futur a triplé en 2018 par rapport au baromètre de 2016 (4%) pour atteindre 13%.

Cette enquête a touché cette année 114 groupes et entreprises totalisant en combiné 350 sociétés employant 72 000 salariés et réalisant un chiffre d’affaires total de plus de 11 000 millions de dinars (MDT).

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.