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26/12/2014 08h:03 CET | Actualisé 25/02/2015 06h:12 CET

Exodus : Poussée conservatrice au CCM

Le tapis rouge du Festival du Film de Marrakech vient à peine d'être replié qu'une sinistre information vient balayer d'une pichenette tout le bénéfice des articles positifs sortis récemment dans Variety (Bible US des professionnels du secteur) sur le Cinéma au Maroc.

Le tapis rouge du Festival du Film de Marrakech vient à peine d'être replié qu'une sinistre information vient balayer d'une pichenette tout le bénéfice des articles positifs sortis récemment dans Variety (Bible US des professionnels du secteur) sur le Cinéma au Maroc.

Exodus, dernier film de Ridley Scott en partie tourné au Maroc, a été déprogrammé de plusieurs salles marocaines suite à un ordre verbal qui aurait été reçu par les exploitants de la part de représentants du Centre Cinématographique Marocain (CCM).

Une décision incohérente voire illégale

Cette décision parait incohérente et injustifiée à bien des égards puisque l'article 8 de la loi n°20-99 relative à l'organisation de l'industrie cinématographique prévoit que tout distributeur de film doit bénéficier préalablement d'un visa d'exploitation accordé par la commission de visionnage des films cinématographiques.

Ce visa d'exploitation a bien été délivré au distributeur du film le 19 décembre dernier ce qui a permis à tous les exploitants de mettre en place une communication en conséquence dans les principaux cinémas du royaume.

Or, selon le site Médias24, le jour de la sortie en salle, de nombreux exploitants se seraient vus signifier verbalement ou par téléphone l'interdiction de projection par des agents du CCM sous peine des sanctions les plus graves.

Cette instruction verbale de déprogrammation venant à la suite d'un visa d'exploitation ne semble connaître aucun fondement juridique et pourrait même s'apparenter à un abus de pouvoir plutôt qu'à une décision administrative motivée et notifiée telle que la loi le prévoit.

Ce cafouillage témoigne d'une décision non assumée ouvertement par les autorités concernées et qui ne présage rien de bon pour la suite.

Un défaut de communication

A l'heure où les réseaux sociaux, la presse électronique nationale et internationale s'étonnent de la décision de censure du Maroc, aucune communication officielle du CCM n'a été faite.

Impossible donc de connaître la version des faits du Centre, ni le sort définitif qui sera donné à cette histoire.

Peut-on espérer une prise de position officielle du CCM pour éclaire l'opinion publique?

Et si cette censure est effective, peut-on s'attendre à obtenir une véritable décision motivée pour en connaître la teneur ?

La censure n'est-elle pas définie d'ailleurs par les sensibilités culturelles et politiques des quelques membres de cette commission ?

En quoi ces derniers sont-ils représentatifs du public marocain?

La commission est-elle en train de se radicaliser ?

A l'heure du haut débit, la censure a-t-elle encore un avenir ?

La loi prévoit-elle des garde-fous contre l'arbitraire ?

Quel recours le grand public peut-il valablement avoir ?

Autant de questions que le public marocain est en droit de se poser.

De l'efficacité de la censure

Il est évident qu'une décision de censure est la meilleure publicité qui puisse être faite à une création quelconque. Cette interdiction de projection en salles n'empêchera pas le public à trouver d'autres moyens pour voir ce film.

Pire encore, cette décision de censure, médiatisée par ce cafouillage peut même conforter le public marocain qui boude ses salles à ne plus y revenir, craignant un film trop amputé ou une sélection inintéressante.

De fâcheuses conséquences économiques

Selon le CCM le Maroc a accueilli jusqu'au 30 septembre 2014, 32 productions étrangères pour un investissement global de 922.133.375 dirhams, ce qui représente une hausse de 420 % par rapport à l'année 2013.

A lui seul, Ridley Scott a tourné 5 films au Maroc.

Tous des blockbusters à très gros budget et dont l'impact économique est indéniable.

Bien que les chiffres annoncés par le CCM soient optimistes, le Maroc a pourtant perdu récemment quelques batailles importantes en matière de productions étrangères, celles-ci préférant les destinations appliquant le crédit d'impôt.

Si le Maroc revêt cette réputation de censeur culturel, les réalisateurs et producteurs étrangers vont vite faire l'amalgame et se demander s'il est prudent d'y tourner sans danger, sans craindre de voir une police des mœurs réclamer à Achille d'enfiler un t-shirt ou à Pénélope de cacher sa chevelure.

Sarim Fassi-Fihri : L'épreuve du feu

Si cette décision n'est pas le fruit du process prévu par la loi, de qui émane-t-elle donc? Du nouveau directeur du CCM, Sarim Fassi-Fihri ?

L'intéressé ne s'est pas expliqué à l'heure où ces lignes sont écrites, mais il devrait le faire rapidement.

Dans le cas où cette censure aurait été mise en pratique sans son aval, il devra donc rétablir l'autorisation de diffusion, puis sanctionner rapidement et efficacement ceux parmi ses subordonnés qui ont causé ce cafouillage.

Dans tous les cas, l'opinion publique est très attentive à ce précèdent. Quels que soient les rapports de forces internes au CCM qui ont abouti à cette surprenante interdiction, la manière dont Sarim Fassi-Fihri y réagira en dira beaucoup sur sa personnalité, et la suite de son mandat.

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