14/01/2019 09h:53 CET | Actualisé 14/01/2019 10h:01 CET

Exclusif: Comment la RAM s’est faite éjecter des salons business de plusieurs aéroports du royaume

Bras de fer entre la compagnie nationale et la multinationale de services aéroportuaires NAS.

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Le salon Pearl Lounge de l’Aéroport International de Rabat-Salé, inauguré en avril 2018 par National Aviation Services (NAS).

AÉRIEN - Depuis le début de l’année, les passagers business de la compagnie nationale Royal Air Maroc ont eu la désagréable surprise de constater qu’ils n’avaient plus accès aux salons “Business” de plusieurs aéroports du royaume, dont notamment celui de Rabat mais aussi Agadir, Fès, Agadir, Laayoune, ou encore Dakhla au sud du Royaume, gérés par la multinationale National Aviation Services (NAS). Cette dernière, qui en a obtenu la concession en 2016 auprès de l’Office National des Aéroports, interdit désormais aux passagers de la RAM d’utiliser ses salons business suite à la non-reconduction d’un contrat. Derrière ce qui s’apparente à un conflit commercial banal, se trame en réalité une véritable bataille entre la compagnie nationale et la multinationale, sur fond d’enjeux autour de la clientèle business, véritable vache à lait du transport aérien.

Selon les informations recueillies par le HuffPost Maroc, NAS a écrit à la Royal Air Maroc à l’automne 2018, le contrat la liant à la compagnie nationale pour l’usage des salons se terminant au 31 décembre. N’obtenant aucune réponse, c’est carrément le CEO de la compagnie, Hassan El Houry, qui s’est adressé à la Royal Air Maroc, sans plus de succès. Après ces deux tentatives, la multinationale d’origine Koweitienne, qui exploite plusieurs aéroports dans le monde – tels Abidjan et Kaboul- pour un chiffre d’affaires qui frôle les 2 milliards de dollars, a transmis à la Royal Air Maroc une proposition de nouveau contrat commercial, avec des tarifs revus à la hausse, en signifiant que l’offre serait ”à prendre ou à laisser”. Là encore, silence radio de la compagnie nationale, qui a estimé, selon des informations fiables obtenues par le HuffPost Maroc, qu’il s’agirait d’un “coup de bluff” de la part de NAS, qui ne pourrait pas mettre à exécution ses menaces.

Or, coup de théâtre, la multinationale a effectivement interdit depuis plusieurs jours aux passagers business de la RAM d’emprunter ses salons, provoquant notamment la colère des nombreux VIP qui empruntent l’aéroport de Rabat, et valant au management de la Royal Air Maroc de nombreux coups de fils de personnalités mécontentes. Ce n’est qu’à partir de là que la RAM a commencé à prendre conscience du préjudice image qu’elle pourrait subir sur les aéroports périphériques, étant donné qu’elle dispose de ses propres salons à Casablanca et à Marrakech.

Or selon plusieurs observateurs proches du dossier, le contentieux autour des tarifs ne constituerait que la face émergée de l’Iceberg dans la bataille que se livrent la Royal Air Maroc et la multinationale de services aéroportuaires. Depuis plusieurs mois déjà, NAS réclame à l’ONDA, qui lui a octroyé la licence d’exploitation de salons business sur l’ensemble des aéroports de la Nation, que la Royal Air Maroc ne puisse plus autoriser des passagers autres que les siens à emprunter ses salons de Casablanca et Marrakech, comme le stipulerait le contrat. Du côté de la Royal Air Maroc, l’on met en avant une écriture “floue” du contrat d’exploitation de l’ONDA, qui n’interdirait pas formellement à la RAM d’accueillir des passagers de compagnies “partenaires”. D’un côté comme de l’autre, l’on campe sur ses positions, d’autant plus qu’une autre rivalité se joue sur l’exploitation des salons du futur terminal 1 de l’aéroport de Casablanca, en travaux depuis de nombreuses années, et que la RAM souhaiterait exploiter en exclusivité.

Or, pour NAS, l’exploitation des salons business des aéroports marocains ne constitue que la première étape d’une stratégie de développement dans le royaume beaucoup plus ambitieuse, afin d’investir dans les secteurs plus rentables du Handling et catering, d’où la volonté de la multinationale de ne pas trop tendre ses relations avec l’ONDA afin de se ménager une marge de négociations sur d’autres sujets. Ceci d’autant plus que NAS a très fortement investi dans les différents salons qu’elle exploite, afin d’en faire un “produit d’appel” de son savoir-faire. Restera donc à la RAM de trouver une issue pour ses passagers business rapidement, au risque de les voir filer à la concurrence… Affaire à suivre