24/05/2019 14h:51 CET | Actualisé 24/05/2019 16h:34 CET

EXCLUSIF- Boeing 737 Max cloués au sol: Le Plan B de la RAM pour assurer ses vols cet été

Une pénurie d'avions frappe plusieurs compagnies aériennes en raison de l'immobilisation au sol du B737 MAX.

DR
Le premier Boeing 737 MAX de Royal Air Maroc. 

AÉRIEN - Depuis 72 jours, les avions 737 MAX, du géant américain Boeing, sont cloués au sol suite au crash des appareils Ethiopian Airlines et Lion Air. Deux catastrophes aériennes qui ont coûté la vie à 346 personnes et entraîné l’arrêt des livraisons du B737 MAX et son immobilisation au sol. A l’approche de l’été, et son pic de trafic habituel, certaines compagnies aériennes risquent de ne pas desservir plusieurs destinations en raison du manque d’avions dans leur flotte. Royal Air Maroc (RAM), concernée par le “grounding” a toutefois un Plan B... coûteux mais anticipé.

“Nous avions anticipé la situation il y a huit mois”, assure au HuffPost Maroc le PDG de la RAM, Hamid Addou. “Les 4 avions MAX de la flotte, deux immobilisés au Maroc et deux en attente de livraison, ont été retirés de la programmation des vols. Nous remplaçons les 4 MAX par des avions loués afin de pouvoir assurer les vols de la saison estivale dès début juin”, poursuit-il. Une solution de secours courante dans les modus operandi des compagnies aériennes, mais qui engendre des coûts supplémentaires, souvent très élevés en période de super-pointe. 

“Nous sommes très embêtés car la location de ces avions représente des charges importantes non prévues par la RAM. Avec la pénurie actuelle des avions avant l’été, il est beaucoup plus cher de louer. Nous allons surtout consommer plus de carburant, donc des charges additionnelles, dans la mesure où la particularité des appareils MAX était qu’ils consommaient beaucoup moins de carburant”, indique Hamid Addou. 

Près de 500 avions, soit 90.000 sièges, vont faire défaut à plusieurs compagnies en attente de livraison de Boeing 737 MAX, selon des chiffres de Les Echos. Si plus de 4600 B737 MAX ont été commandés, rapporte Le Point, seulement 376 ont été livrés aux compagnies aériennes après le tragique accident d’Ethiopian Airlines en mars dernier et celui de Lion Air en Indonésie, fin octobre 2018, au cours duquel 189 personnes ont péri. Depuis, l’avionneur peine à livrer ses avions flambant neufs, actuellement stockés dans des aéroports américains. La production mensuelle, prévue à 52 appareils, à été réduite à 42, précise la même source.

Aucune sortie de crise

Après les huit heures de discussion entre les différentes autorités aériennes réunies par l’Administration fédérale de l’aviation américaine (FAA), à Fort Worth au Texas, le 23 mai, aucune issue ni sortie de crise n’a été fixée pour Boeing. “Aucun calendrier n’a été établi quant à un retour de cet avion dans le ciel”, a déclaré son président par intérim, Dan Elwell. “Nous suivrons un processus robuste, rigoureux et nous ne négligerons rien, (…). Si cela prend un an pour trouver tout ce qui est nécessaire pour nous redonner confiance, qu’il en soit ainsi”, a-t-il poursuivi. En l’attente d’une nouvelle certification de l’appareil par les autorités de régulation, la levée du “grounding” sera définie par chaque pays qui sera amené à prendre sa propre décision, selon son propre calendrier, reconnait-il. L’Union européenne et le Canada ont fermement maintenu l’interdiction de vols du B737 MAX dans leurs espaces aériens, tant que “des questions resteront en suspens” d’après des responsables de l’autorité de l’aviation européenne, repris par Le Monde.

Pointilleuse, la RAM, veut avant tout s’assurer de la fiabilité des avions, indique son PDG. “Si les nouveaux logiciels des avions MAX sont validés et si en interne on considère que c’est la bonne solution, on accepte le retour des avions dans la flotte”, annonce-t-il à notre rédaction. Alors que les modifications techniques et logicielles des appareils nécessitent seulement quelques heures sur chaque appareil, la formation des pilotes au nouveau système de prévention des décrochage MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System), qui était défectueux dans le précédent logiciel à l’origine des crashs, devrait en revanche prendre plusieurs mois... et entraîner de nouvelles charges supplémentaires. 

Vers une compensation financière pour la RAM?

Nombreuses sont les compagnies, qui une à une, envoient les factures à Boeing pour une compensation financière suite à l’immobilisation de leurs appareils 737 MAX. La RAM ne communique pas de chiffres quant aux pertes financières mais est en train d’évaluer l’impact, souligne Hamid Addou. “On ne sait pas encore combien de temps cela va durer. Plus nous louerons des appareils pour le remplacement des MAX, plus cela nous coûtera de l’argent et une compensation financière pourrait être envisagée”, nous affirme le PDG. 

En Europe, les compagnies qui utilisaient ce modèle de Boeing, à l’instar de TUI, Turkish Airlines, Ryanair et Air Italy, entre autres, risquent de rencontrer des difficultés pour affréter des avions tant les locations se font rares. Et ce malgré l’aide des courtiers auprès des compagnies aériennes pour trouver des appareil de remplacement. Si Boeing n’indemnise par les compagnies affectées par le “grounding”, la situation pourrait entraîner des records de retards cet été avec une congestion des aéroports et une flambée des prix des billets. “Pas de hausse du prix des billets cet été, les tarifs des vols sont fixés par l’offre et la demande, comme toujours”, tient à rassurer le patron de la RAM.  

Le Maroc avait reçu son premier Boeing, livré le 22 décembre dernier, et opérationnel depuis début janvier. “Nous sommes heureux de recevoir le premier 737 MAX de notre compagnie, qui sera bientôt rejoint par trois autres aéronefs de la même famille. Les nouveaux appareils 737 MAX viennent renforcer notre flotte moyen-courrier qui constitue l’épine dorsale de la flotte de Royal Air Maroc”, avait annoncé Hamid Addou, avant de suspendre, trois mois plus tard, les vols commerciaux de la compagnie opérés avec le Boeing 737 MAX 8 suite au crash du vol Ethiopian Airlines.