26/11/2018 17h:30 CET | Actualisé 26/11/2018 17h:39 CET

EXCLUSIF- Abdelhamid Addou: "Le rôle de la RAM est de devenir leader continental"

Le patron de la RAM revient aussi sur l'impact de la grève des pilotes sur l’exercice 2018 de la compagnie aérienne.

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Abdelhamid Addou, PDG de la Royal Air Maroc

Plus jeune PDG de l’histoire de la Royal Air Maroc, Abdelhamid Addou, 44 ans, a traversé sa première période de turbulences cet été, lors d’un bras de fer opposant la compagnie aérienne au puissant syndicat des pilotes de ligne. Si “l’heure est à la raison”, la grève des pilotes de la compagnie aérienne nationale a ralenti la croissance de la RAM et retardé le déploiement de sa stratégie. Alors que le renforcement de la flotte constitue la base de la “stratégie Addou” pour faire décoller le nombre de passagers et le chiffre d’affaires, le patron de la RAM, par ailleurs président de l’Association africaine des compagnies aériennes (AFRAA, African Airlines Association), est désormais tourné vers l’avenir et plus que jamais vers l’Afrique. Le HuffPost Maroc a eu l’occasion de le rencontrer. Entretien.

HuffPost Maroc: Que pensez vous des compagnies africaines et de leur activité sur le continent?

Abdelhamid Addou: Nous sommes chez nous en Afrique. Le gros de la croissance du trafic devrait provenir des compagnies africaines. Malheureusement, elle provient des compagnies non africaines qui, historiquement, se sont implantées sur le continent. Aujourd’hui, le rôle de la RAM est de prendre le relais petit à petit et de se développer davantage afin de devenir leader continental. Nous essayons d’assurer une connectivité satisfaisante sur différentes capitales et villes africaines et ainsi générer cette croissance tant attendue. Le mantra des compagnies africaines devraient être “Africa First: les compagnies africaines pour les passagers africains”. 

C’est très bien que des concurrents fassent des vols domestiques aussi, il faut juste qu’il n’y ait pas d’iniquité dans l’accompagnement.

La RAM est confrontée a une concurrence acharnée sur les vols domestiques. Air Arabia, par exemple, ouvre des routes un peu partout au Maroc. Allez-vous intégrer un peu plus cet aspect dans votre stratégie et y aura-t-il une réponse commerciale?

Aujourd’hui, nous faisons 5 ou 6 fois plus de routes que Air Arabia sur le domestique, mais il est vrai qu’ils se développent et ciblent certaines routes a fort potentiel. Ce sont des lignes qui a priori devraient être rentables. Chez la Royal Air Maroc, nous avons une stratégie de service public car nous assurons certaines lignes qui ne sont, certes, pas rentables, qui ne le seront peut-être jamais mais l’objectif est de désenclaver certaines régions. Nous sommes donc sur deux leitmotivs différents. Mais c’est très bien que des concurrents fassent du domestique, il faut juste qu’il n’y ait pas d’iniquité dans l’accompagnement de l’un ou l’autre, car le marché est assez grand pour tout le monde.

Comment la grève des pilotes va-t-elle impacter l’exercice 2018?

Nous ne pensons pas être déficitaires cette année, malgré un repli de la croissance, qui a été soutenue ces deux dernières années. Entre fin 2015 et fin 2017, nous avons gagné plus de 2,5 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. De 13 milliards de dirhams nous sommes passés à 15,5 milliards de dirhams de CA à fin 2017. Pour 2018, nous ne pouvons pas encore annoncer de chiffres car nous finalisons le calcul des résultats de l’exercice arrêté au 31 octobre. Cependant en termes de trafic, nous étions sur une progression de trafic à deux chiffres, autour des 11% en 2016 et 2017. Cette année nous serons bien en deçà, aux alentours des 1 ou 2%. 

C’est vrai que cela impose un coup de frein à votre stratégie d’expansion. L’avez vous réajustée?

Nous avons ajusté le volet social. Les troubles sociaux sont l’apanage de toutes les compagnies, nous ne faisons pas exception. Il faut dépasser cela et commencer à écrire une nouvelle page. Aujourd’hui, l’heure est à la raison. Concernant le volet économique, nous ferons une annonce importante le 5 décembre, nous ne pouvons en dire plus pour le moment.

Il y a une pénurie de pilotes. Sur le continent il y a, en sus, un déficit de formation.

Nombre d’observateurs pointent du doigt un déficit de capital humain dans le secteur de l’aéronautique africain. Êtes-vous d’accord? 

Il y a une pénurie mondiale de pilotes. Sur le continent, il y a, en sus, un déficit de formation. L’école de pilotage de la Royal Air Maroc a fermé ses portes mais nous ambitionnons de la rouvrir, cela se fera en 2019 à priori. Elle servira à former des pilotes pour notre compagnie ainsi que pour les compagnies africaines. De toute façon, vu que nous continuons le développement de notre flotte, nos besoins en effectif évoluent exponentiellement. Notre objectif est de doubler notre flotte à l’horizon 2020.

Êtes-vous engagé en faveur de la libéralisation du ciel africain?

Oui, car c’est un impératif, il faut qu’on y aille car à défaut de la libéralisation du ciel africain, ce sont les compagnies étrangères qui continueront à dominer le trafic sur le continent. Cette libéralisation est aussi une obligation si nous voulons améliorer la connectivité entre les pays africains et si nous souhaitons que les compagnies africaines puissent offrir de nouveaux services a leurs clients. Il faut savoir que les aéroports africains sont parmi les plus chers au monde. S’il y a libéralisation, cela permettra de faire baisser le coût des taxes. Les coûts du carburant sont aussi 35% supérieur au coût du carburant partout dans le monde. Si l’on veut générer plus de trafic, attirer plus de touristes et de flux entre les différents pays, il est important d’optimiser les coûts et taxes afin d’être rentable et compétitif. Alors que les compagnies étrangères génèrent une plus value, certes faible, sur chaque passager, les compagnies africaines génèrent un déficit pour toute personne transportée.

Prévoyez-vous l’achat de nouveaux appareils prochainement? 

Nous avons acquis 9 nouveaux avions, quatre Dreamliner et cinq 737 Max, qui seront livrés entre mi-décembre 2018 et juin 2019. Ce sont des appareils destinés au long, moyen courrier et aux trajets domestiques. 

Quid de l’endettement? 

Il reste contenu.

Plusieurs lignes ont été inaugurées cette année. Comptez-vous maintenir cette dynamique en 2019?

Notre objectif est d’ouvrir 5 à 6 nouvelles routes chaque année. Nous avons différentes ‘targets’: des routes tournées vers l’Afrique, d’autres vers l’échange économique et le tourisme tel que les Casablanca-Vienne, Casablanca-Athènes ou encore Casablanca-Miami qui est la plaque tournante du tourisme en Amérique du Sud.