LES BLOGS
20/05/2019 12h:13 CET | Actualisé 20/05/2019 12h:13 CET

Eurovision 2019: Tragédie et mépris, servis en chantant!

Que ce concours de l’Eurovision nous serve de leçon! Arrêtons de marcher droit sous l’effet des ordres déguisés en desiderata, de nos anciens (?) colonisateurs.

Anadolu Agency via Getty Images

La tenue du dernier concours de l’Eurovision à Tel-Aviv, est une première. D’abord, et tout platement, la brave géographie est mise à mal par cet attachement avéré d’une parcelle du Moyen-Orient (et non des moindres) à la vieille Europe.

Il faut dire que la géographie est, par excellence, une matière infidèle, matière dont l’enseignement scolaire a longtemps suivi (et continue) les décisions et intérêts de ces messieurs politiciens: les alliés n’ont-ils pas, au lendemain de la seconde guerre mondiale, soigneusement découpé le Moyen-Orient à leur convenance, s’appropriant les pays et y installant leur arrogante colonisation?

La plus célèbre de ces colonisations est celle imposée par les britanniques aux palestiniens: ceux-ci ont alors vu un peuple débarquer chez eux en propriétaire, s’y installer et accroître de manière progressive mais sûre, son pouvoir et l’espace qui lui était initialement dévolu. Aujourd’hui, qu’avons-nous? Une colonisation israélienne qui investit la quasi-totalité du territoire palestinien, confinant les habitants authentiques dans une bande n’excédant pas 362 kilomètres carrés, soit une densité de 5000 habitants par kilomètre carré, largement de quoi prendre l’air! De toute façon, qu’ont-ils à faire d’autre, sinon prendre l’air? Aujourd’hui, un palestinien sur deux est au chômage…

Le samedi 18 mai au soir, la majorité des télévisions du monde ont diffusé en direct les chansons, en lice pour le titre de l’Eurovision 2019. Chansons remarquablement mises en scène, et entrecoupées d’images permettant de faire connaissance avec un pays ravissant: des plages attractives où se trémoussent des jeunes aux corps d’athlètes et aux visages d’ange, des villes aux quartiers descendant par paliers vers la mer,  de superbes sites archéologiques, magnifiant le passé des autochtones… mais au fait quels autochtones? Eh bien, ceux dont  l’histoire est écrite dans les pierres qu’on nous donne à admirer, ces palestiniens parqués derrière une barrière truffée de check-points, gardée de Kalachnikovs pointées dans la bonne direction: celle de gamins palestiniens qui n’ont rien d’autre à faire que de s’amuser à faire la course vers le mur, des mômes suffisamment naïfs pour s’armer de lance-pierres… des lance-pierres face aux Kalachnikovs! Soyons sérieux! Ces gamins n’ont aucune éducation militaire! Il est vrai que la seule éducation qu’ils aient reçue dans cette prison à ciel ouvert où ils résident, est celle du désespoir. Le désespoir est mauvais conseiller: il peut mener à saisir une pierre et à s’élancer contre une muraille électrifiée où on est alors plaqué tel un lapin. Mort. Les Kalachnikovs ne ratent jamais une cible!

Pour revenir à l’Eurovision, il aurait été “seyant” que parmi les multiples paysages du bonheur sioniste dont la télévision nous a gavés, on ait pensé à insérer une image du fameux barrage constellé d’enfants, plaqués morts, telles des libellules. On aurait pu, pour la circonstance, prévoir des gamins vêtus de couleurs vives; avec leur sang qui dégouline sur la barrière grise, la photo aurait été sympathique, n’est-ce pas? C’est le moins qu’on puisse faire pour les colonisés palestiniens. Toutefois, si les organisateurs ont eu quelque scrupule, compréhensible, à gâcher une soirée festive par des trépassés, ils auraient pu se suffire d’une vidéo montrant le rush des gamins vers la fameuse barrière. Des gamins pressés qui font la course! Courir pour mourir le premier, ils sont bizarres, ces palestiniens!

Difficile de quitter le ton sarcastique pour aborder un registre plus réaliste: celui-ci ne peut osciller qu’entre la tragédie et le mépris. La tragédie d’abord: il est tragique qu’on puisse rire et festoyer, donner toutes les allures du bonheur, alors qu’à quelques kilomètres de là, des femmes pleurent leurs fils ou leurs époux, et que dans cette étouffante prison qu’est Gaza, deux millions de palestiniens soient soumis à un blocus, restreignant nourriture et médicaments.

L’histoire est un éternel retour: ces sionistes qui assassinent et emprisonnent les palestiniens, reproduisent, sans doute en plus policé, les images des camps d’Auschwitz ou de Dachau. Ces images, régulièrement réactivées sur les écrans du monde entier, aident à ne pas oublier que les juifs ont été et seront de tous temps, les plus grandes victimes du monde. Comparés à eux, le génocide du Rwanda, les deux bombes nucléaires balancées sur Hiroshima et Nagasaki ne sont que du petit lait…Eux ont été les “meilleures” victimes, et le demeureront à jamais. Que la victime se transforme en bourreau, voilà qui est banal! Que les sévices subis par le camp concentrationnaire de Gaza n’atteignent pas (pour l’instant) celles des fours crématoires, c’est que l’époque a mué, et que l’horreur a changé de manières. D’ailleurs, pour revenir aux camps de la mort, les juifs ne peuvent décemment exercer une pratique dont la dénonciation représente pour eux un précieux butin de guerre et une indéfectible source de sympathies.

On pourrait écrire encore et encore sur le même ton. Mais, suffit pour la tragédie; aucun mot ne l’a jamais résolue. Venons-en au mépris: tous les pays d’Europe ont répondu présent à l’appel de leurs amis sionistes. Tous. Ceux de la déclaration des droits de l’homme, de la protection de l’enfance, ceux qui clament tout haut que chaque être humain a droit à un pays, un foyer, une vie décente. Hélas, les grands principes ne valent que pour les “nantis”. Quant aux damnés de la terre (les palestiniens derrière leur mur, ou les migrants dans leurs pneumatiques), plus aucun droit ne leur est reconnu par les “honorables” Européens, même pas le droit de rester vivant…

A l’assiduité européenne à répondre présent au concours de l’Eurovision, il y’a indéniablement les directives du grand frère américain. C’est que M. Trump est un maître face auquel la désobéissance est difficile pour le vieux continent, malgré les allégations de certains ténors européens. On ne choisit pas toujours ses maîtres, mais il est risible que ces chers européens à la civilisation si bien pensante et si raffinée, plient tous l’échine devant un président dont l’élégance et le charisme sont, depuis longtemps, descendus sous le niveau de la mer…

Que ce concours de l’Eurovision nous serve de leçon! Arrêtons de marcher droit sous l’effet des ordres déguisés en desiderata, de nos anciens (?) colonisateurs, eux qui nous veulent tant de bien qu’ils souhaitent tout bonnement nous reprendre sous leur coupe! Pour commencer, arrêtons cette mascarade de l’Aleca jusqu’à ce que des négociations d’égal à égal aient eu lieu et que l’assentiment de l’ensemble des Tunisiens ait été accordé, si jamais il l’est!!

Arrêtons de nous faire dicter nos décisions, et si, parmi nous, il est encore certains à l’échine fragile qui plie aisément, qu’ils portent une “minerve” et laissent les autres garder la tête haute!

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.