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06/11/2018 15h:43 CET | Actualisé 06/11/2018 15h:43 CET

Europe, Méditerranée, Afrique: Pour une logique du partenariat

"Croyances ou coutumes, couleur de la peau, origines ethniques ou nationales, langue: la différence, sans arrêt, fait problème."

Union pour la Méditerranée

Blog publié en partenariat avec le Forum MEDays.

COOPÉRATION - Les forces négatives du populisme, du mépris et du rejet entre les peuples ne cessent de travailler partout en Europe ; partout dans le monde. Nombreux sont ceux qui plaident pour le repli sur soi et pour la désunion. L’étranger, le migrant, l’autre en général, n’en finissent pas d’être pointés du doigt, stigmatisés, criminalisés.

Croyances ou coutumes, couleur de la peau, origines ethniques ou nationales, langue: la différence, sans arrêt, fait problème. J’ai pu le constater avec une réelle inquiétude à la suite d’une proposition récente visant à favoriser, en Belgique, l’enseignement de la langue arabe dans les écoles.

Les forces négatives du populisme, du mépris et du rejet entre les peuples ne cessent de travailler partout en Europe ; partout dans le monde.

Ma proposition a entrainé des réactions violentes et des caricatures xénophobes venues de la droite et de l’extrême droite, notamment. Impossible de le nier: il y a, en Belgique comme ailleurs en Europe, une libération de la parole raciste, fasciste même. Il y a aussi beaucoup de préjugés et une réelle complaisance à leur égard.

Soyons lucides: les prêcheurs de haine n’en finissent pas d’attiser les peurs et les craintes. Chaque jour, ils veulent nous faire croire que l’Europe a pour vocation de vivre en forteresse assiégée au mépris de tous ceux qui l’entourent ; au mépris de tout sens de la solidarité et de l’accueil. Cette forteresse, je n’en veux pas ! Une Europe fermée aux migrations, à la différence, aux autres et au monde est une Europe morte: elle est sans avenir !

Tisser, mailler, relier

La haine, le racisme, l’incompréhension et la peur de l’autre s’expriment aujourd’hui avec une vigueur et une violence qu’on pensait derrière nous. En Europe et ailleurs, nous avons plus que jamais besoin de nourrir le respect en pratiquant l’écoute.

La haine, le racisme, l’incompréhension et la peur de l’autre s’expriment aujourd’hui avec une vigueur et une violence qu’on pensait derrière nous.

Je n’ai pas d’autres mots: tissons, maillons, relions. Mais encore, résistons et profitons de la moindre occasion pour mieux nous connaître et pour tirer profit de nos différences. Posons, dès à présent, les bases d’un espace commun de rencontre, de partage et d’échange ; un espace à l’intérieur duquel des partenariats équilibrés puissent voir le jour entre l’Europe, le pourtour méditerranéen et l’Afrique.

Un avenir ensemble

Ayons confiance en ce qui est souple, dynamique et ouvert. Ayons confiance dans l’efficacité des relations informelles. Pour ma part, je crois au coup de pouce et à la mutualisation des forces. Je crois, tout simplement, à la valeur de chaque rencontre. Oui! Misons sur l’humain!

Par exemple, l’apprentissage d’une langue étrangère – quelle que soit cette langue – représente toujours une occasion de tisser des liens, de s’ouvrir et de s’enrichir des différences d’autrui. Cette ouverture, lorsqu’elle s’opère dans les deux sens et sans a priori, permet de construire une vie plus harmonieuse fondée sur le respect de chacun.

Force est, en effet, de reconnaître qu’il n’y a pas besoin de grands moyens ni de “grosses machines ” (administratives, notamment) pour dialoguer et pour créer des synergies concrètes et efficientes. L’expérience, sans arrêt, le prouve. Et je sais que tous les peuples d’Afrique et de la Méditerranée y sont sensibles. La créativité, ici, est immense. Le dynamisme l’est également.

Certains ont des idées ou un projet, d’autres ont des moyens ou des structures, d’autres, enfin, ont des contacts ou un réseau. Et reconnaissons combien les deux premiers groupes ne se croisent, d’ordinaire, que par l’intermédiaire et l’action du troisième. Donnons aux uns l’occasion de rencontrer les autres pour qu’ils puissent bâtir ensemble un avenir en commun.

Un axe naturel de solidarité

L’Afrique et le pourtour méditerranéen dans leur diversité respective, du Nord au Sud, d’Est en Ouest représentent, pour l’Europe, un axe naturel de solidarité. Un axe qui, trop souvent, se voit mis à l’écart, négligé, occulté. Car certains préfèrent retenir ce qui distingue bien plus que ce qui rapproche.

L’Afrique et le pourtour méditerranéen dans leur diversité respective, du Nord au Sud, d’Est en Ouest représentent, pour l’Europe, un axe naturel de solidarité. Un axe qui, trop souvent, se voit mis à l’écart, négligé, occulté.

De mon côté, je milite pour qu’en Belgique on reconnaisse au pourtour méditerranéen et à l’Afrique la place qui leur revient: celle de voisins immédiats, celle de partenaires majeurs, celle d’amis avec qui dialoguer. Partant, il convient d’abandonner les vieux réflexes colonialistes ou paternalistes afin de construire des relations fondées sur le respect, l’égalité, le dialogue, la confiance et l’équilibre.

Quand je dis axe naturel de solidarité, je ne parle certainement pas de tutelle, de charité, ni d’aide au développement. Je ne plaide pas pour l’asymétrie des relations. La charité, tant s’en faut, ce n’est pas l’émancipation. Or, c’est bien elle qu’il faut encourager – avant tout. Dès lors, il ne s’agit pas d’imposer un modèle de société ou un mode d’existence, mais de se reconnaître comme des égaux désireux de penser ensemble un monde plus habitable.

La voie du partenariat

La solidarité dont je fais état pointe vers la réciprocité et l’équilibre ; vers le respect mutuel et la participation à un avenir commun. Un avenir qui mérite d’être bâti dans la collaboration de nos forces vives. À ce propos, voici ce que dit le penseur camerounais Achille Mbembé: ” L’Afrique, ou le Sud en général, apparaît de plus en plus comme le théâtre privilégié où [se jouera], dans un avenir proche, le devenir de la planète. ”

Arrêtons, en Europe, de regarder l’Afrique et le pourtour méditerranéen comme des sources de problèmes à régler, à traiter ou à contenir – des problèmes migratoires qui focalisent l’attention de beaucoup.

Arrêtons, en Europe, de regarder l’Afrique et le pourtour méditerranéen comme des sources de problèmes à régler, à traiter ou à contenir – des problèmes migratoires qui focalisent l’attention de beaucoup. Arrêtons de vouloir y exporter nos certitudes et nos préjugés. Arrêtons d’exploiter leurs ressources naturelles et humaines pour un bénéfice qui ne leur profite pas ou si peu. Arrêtons d’avoir peur de l’avenir !

Tâchons plutôt de donner aux peuples de la Méditerranée et d’Afrique les moyens de façonner leurs propres solutions ; de créer et d’inventer, c’est-à-dire d’être eux-mêmes. Soyons à leurs côtés, dans le respect et dans l’écoute, afin qu’ils puissent donner carrière à leurs idées, à leurs projets et à leurs rêves – plus encore qu’aujourd’hui.

Travaillons ensemble! Nous avons des partenariats à faire naître. Nous avons des challenges à relever. Nous avons une Histoire à écrire.

Ce blog a initialement été publié sur la plateforme de blogs des MEDays, qui présentera du 7 au 10 novembre à Tanger son 11e forum, dont le HuffPost Maroc est partenaire.