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16/05/2019 11h:20 CET | Actualisé 16/05/2019 11h:20 CET

Étudiant juif d'origine marocaine, voilà ce que j'ai ressenti en découvrant le Maroc

"J’ai finalement obtenu la clé une minute avant Shabath, grâce à l’aide d’une étudiante et d’un employé de l’université..."

Noam Cohen/DR

TÉMOIGNAGE - On a le réflexe de partager certaines informations négatives mais c’est moins le cas lorsque nous voyons de belles choses. Je voudrais partager ce que j’ai vécu lors de mon voyage au Maroc la semaine dernière. 
J’ai toujours ressenti, dans la manière avec laquelle en parlent mes parents et grands-parents, une certaine nostalgie vis-à-vis du Maroc.

La relation entre les juifs et leurs voisins musulmans marocains a été exceptionnelle pendant des siècles contrairement à ce qui se passait partout ailleurs dans le monde. C’est aussi le seul pays arabe dont les juifs n’ont pas été poussés vers la sortie dans les années suivant la création de l’État d’Israël. Cette “exception”, je la ressentais lors de mes voyages précédents sous une forme d’attirance particulière, mais en tant que touriste, les échanges se faisaient toujours dans un cadre commercial, et il est dur de tirer des conclusions dans cette situation. 

Cette fois, c’était différent. J’étais invité avec les élèves du cours d’arabe de l’école des Mines de Paris par une école d’ingénieur à Ben Guerir, à 80 kilomètres de Marrakech. N’étant absolument pas capable de cacher ma judéité plus d’une seconde, le sujet a été abordé de nombreuses fois. La simple indifférence aurait déjà été appréciable, mais il y avait beaucoup plus que cela, il y avait une grande affection. Si je ne suis pas surpris que des voisins juifs et musulmans ont pu s’entendre dans le passé, je le suis que leurs enfants, qui n’ont jamais vu de juifs, m’aiment avant de me connaître alors que c’est parfois le contraire ailleurs.

Voici un exemple de ce qui s’est passé qui illustre bien la situation. L’université Mohammed VI où nous étions existe depuis six ans et à souhaité faire construire une synagogue dans une perspective future, alors même qu’il n’y a pas eu un seul élève juif sur le campus. Lorsque j’ai appris cela, j’ai tout fait pour avoir les clés mais le professeur juif qui avait supervisé les travaux n’était pas au Maroc.

J’ai finalement obtenu la clé une minute avant Shabath (fête juive hebdomadaire), grâce à l’aide d’une étudiante et d’un employé de l’université qui est revenu à 20h de chez lui spécialement pour ouvrir la synagogue. J’ai donc pu “inaugurer” cette synagogue Shabath dernier, et bien que seul a l’intérieur, j’ai trouvé la situation tellement folle que c’était une des prières les plus intenses de ma vie.

Noam Cohen/DR

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’arche de cette synagogue était repeinte mais semblait avoir servi. Plus tard dans le Shabath j’y ai découvert un carton avec beaucoup de documents communautaires anciens que les fidèles ne peuvent souvent pas jeter car ils comportent des écritures saintes. En lisant ces papiers, j’ai découvert qu’il s’agissait de la synagogue Bet El de Fès, c’est-à-dire celle où mon grand-père maternel a prié toute sa vie... D’autres noms de membres de ma famille y apparaissaient.

Tout au long du voyage, j’ai fait d’autres rencontres traduisant cet amour fraternel. Comme Amidou, un marchand de Marrakech qui collectionne les objets juifs anciens dans sa propre maison et a placé une tsedaka (caisse où l’on collecte l’argent de la charité) dans sa boutique pour l’apporter au cimetière juif mitoyen. Ou Mamoun qui a vu la totalité des juifs d’Essaouira quitter le Mellah où il est né et attend toute la journée devant les synagogues d’Essaouira pour leur faire visiter le Mellah et nommer chaque maison. Il a aussi fait jouer ses relations pour me faire visiter le magnifique musée de la mémoire juive qui attend la venue du roi pour ouvrir. Ce lieu impressionnant est un autre exemple que le Maroc se vente fièrement de la part juive de son identité dont l’apport a été rappelé dans l’introduction de la récente constitution.

Je repars plus que jamais fier d’être juif marocain, de ce que mes ancêtres y ont reçu et apporté pendant cinq siècles pour certains et beaucoup plus pour d’autres.

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