TUNISIE
02/11/2018 21h:25 CET | Actualisé 02/11/2018 22h:33 CET

Être réalisatrice dans un univers cinématographique essentiellement masculin: Nada Mezni Hafaiedh et Nidhal Guiga se livrent

Quand des femmes tunisiennes font leur cinéma.

Capture écran/Les Silences du Palais

Quand des femmes tunisiennes font leur cinéma, cela donne des générations de réalisatrices. Elles s’appellent Fatma Skandrani, Néjia Ben Mabrouk, Salma Baccar, Khalthoum Bornaz, Moufida Tlatli, puis Raja Amari, Nadia El Fani, Najwa Slama, ensuite Sonia Chamkhi, Nidhal Guiga, Hinde Boujemaa, Sara Abidi, Moufida Fadhila et bien d’autres.

De nouveaux talents émergent aussi: Leyla Bouzid, Doria Achour, Hind Meddeb, Nada Mezni Hfaiedh, Intissar Belaid, Hiba Dhaoudi, etc. 

Getty Editorial
Khalthoum Bornaz
FETHI BELAID via Getty Images
Moufida Tlatli

 Si les hommes constituent l’écrasante majorité dans les métiers de haute technicité (ingénieur de son, DOP, montage, production), les femmes sont plus présentes comme scénaristes (60%), selon une étude faite récemment par la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA) et le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) belge. 

La présence des femmes réalisatrices est remarquable en Tunisie. Les réalisatrices font des films qui ont marqué la scène cinématographique tunisienne. Qui ne se rappelle pas d’œuvres comme “Les silences du palais” de Moufida Tlatli, “Fleur d’oubli” de Selma Baccar, ou encore “Satin rouge” de Raja Amari. 

Est-ce pourtant aisé de travailler dans ce monde fortement masculin? Les réalisatrices sont-elles égales aux hommes? 

“Il faut se faire respecter et pouvoir gérer l’équipe. Pour ma part, je ne suis pas dans l’optique d’un rapport de force avec l’équipe, je suis calme. Je viens du monde de théâtre en tant que comédienne et metteuse en scène, j’ai donc l’habitude. Un bon relationnel facilite les choses”, témoigne la réalisatrice du film “Astra”, Nidhal Guiga au HuffPost Tunisie

Nidhal Guiga

 Nidhal Guiga évoque l’exemple de réalisatrices qui adoptent l’allure des hommes afin de pouvoir s’imposer, chose dont elle n’est pas adepte. 

Ce n’est pas le cas de la réalisatrice d’ “Au-delà de l’ombre”, Nada Mezni Hafaiedh. L’impératif de se faire respecter, d’être prise au sérieux revient encore: “Ce monde est fortement masculin. Malheureusement, je suis amenée à m’habiller comme les hommes dans un plateau de tournage pour me faire respecter”, confie-t-elle au HuffPost Tunisie. 

Les jupes, les décolletés sont bannis par Nada Mezni Hafaiedh. Cette nécessité de se préserver des regards malveillants s’impose aussi pour les actrices, mais dans une moindre mesure, ajoute-t-elle. 

Depuis l’affaire Harvey Weinstein, un mouvement réclamant l’égalité salariale gagne Hollywood, mais pas seulement. En France, un collectif de professionnels du cinéma, femmes et hommes, ont réclamé dans une tribune, publiée dans le journal Le Monde, en mars 2018, l’établissement de quotas de femmes dans le financement du cinéma français. Un tel mouvement risque-t-il de se propager en Tunisie?

La réalisatrice d’ “Au-delà de l’ombre”, l’espère. “80% des subventions vont aux hommes. Je soutiens la parité mais aussi l’égalité salariale”, revendique-t-elle. 

Pour Nidhal Guiga, en Tunisie, on est loin des revendications collectives: “Ce que les réalisatrices ont pu avoir en Tunisie, c’est grâce à leur persévérance et à leur lutte personnelle”, explique-t-elle.

La réalisatrice d’ “Astra” refuse de classer les films selon le sexe du réalisateur. “Un bon film est un bon film, qu’il soit fait par un homme ou une femme”, souligne-t-elle. 

La beauté des films est ce qui préoccupe la réalisatrice. “Non, les réalisatrices ne sont pas forcément plus sensibles aux thématiques féminines”, explique-t-elle. Nidhal Guiga aime parler d’un cinéma poétique: “Le cinéma est poésie”, lance-t-elle. 

SAKIS MITROLIDIS via Getty Images

Elle regrette d’ailleurs que ce style soit étouffé aussi bien par les réalisateurs que les réalisatrices, pour se tourner vers des sujets d’actualité, le plus souvent scandaleux afin de chercher une reconnaissance immédiate. 

Certaines réalisatrices craignent ce cinéma poétique car le romantisme est associé à la faiblesse, dit-elle. “On n’est pas obligé d’être dans l’air du temps, on peut faire du cinéma poétique et poignant à la fois”, soutient-elle.

Nada Mezni Hafaiedh estime également que les réalisatrices ne traitent pas systématiquement des préoccupations féminines, mais prône un cinéma qui brise les tabous: “Mon film “Au-delà de l’ombre” parle de l’homosexualité: un sujet tabou qui concerne aussi bien les hommes que les femmes”, conclut-elle.

 Pour cette édition des JCC, Nidhal Guiga sera présente avec son film “Astra”. Quant à Nada Mezni Hafaiedh, elle y est en tant que productrice de “Girl of the moon” d’une autre femme réalisatrice, Hiba Dhouadi. 

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