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27/07/2018 09h:44 CET | Actualisé 27/07/2018 09h:44 CET

Être ou ne pas être… Est-ce encore une question?

La France a un énorme défi à relever. Et ce débat doit être posé sans passion pour accompagner l’identité française en ce troisième millénaire.

ivotheeditors via Getty Images

Trevor Noah, a suscité la polémique après la victoire de la France en Coupe du monde en déclarant: “Ce que je trouve bizarre c’est que les Français disent que ces footballeurs ne sont pas africains mais français. Pourquoi ne peuvent-ils pas être les deux?”. L’animateur du Daily Show a en effet affirmé que l’Afrique avait remporté ce Mondial. L’ambassadeur français Gérard Araud lui a répondu. “Contrairement aux États-Unis d’Amérique, la France ne se réfère pas à ses citoyens en fonction de leur race, de leur religion ou de leur origine. Pour nous, il n’y a pas d’identité à trait d’union, les racines sont une réalité individuelle”, écrit le diplomate.

Peut-être, probablement, et Gérard Araud ne s’est visiblement jamais fait refouler après avoir déposé un dossier pour obtenir un logement, d’un travail ou simplement d’une boîte de nuit parce que trop noir ou trop musulman. Donc ce débat existe et devra être posée dans un autre cadre. La question est ailleurs: doit-on effacer ses origines pour être français? Le diplomate français estime dans sa lettre que “l’identité de l’équipe nationale française ne devrait pas être définie par ceux qui n’en font pas partie”. Parce que la France a mis en place un story-telling issu de la république que rien, ou presque, ne doit venir chambouler. Pourtant, il nous faut nous habituer a plus de finesse ; tout autant que la laïcité n’efface pas les croyances, la nationalité française ne devrait pas nous faire oublier nos origines.

Paul Ricœur, philosophe cher à notre président de la République, disait que nous ne pouvons répondre à la question identitaire que par le récit de notre vie. C’est ce qu’on appelle “l’identité narrative”. Eh bien, pour nous, ce sont les autres qui veulent et qui nous racontent... Et c’est là le problème. Nous autres, Maghrébins, Antillais ou Subsahariens, avons le droit de célébrer notre “arabité” ou notre “négritude” tout en revendiquant et défendant notre “francité”. Comme n’importe quel Breton, Ch’ti ou Corse. Car l’identité n’est en rien délimitée par une frontière ou un passeport. Le rouleau compresseur identitaire français tend parfois, à l’insu même bien souvent de leurs promoteurs, à vouloir nous faire choisir.

Une propagande nauséabonde tente de faire croire que nous sommes assis “le c… entre deux chaises”. Avec, selon l’INSEE, plus de 75 000 mariages mixtes sur les 282 000 célébrés en France en 2015, de nombreux bébés aux origines, cultures et religions multiples naissent jour après jour. Alors, non, nous n’avons pas “le c… entre deux chaises” mais nous sommes bel et bien assis sur un banc, beaucoup plus à l’aise que les “marchands de peur identitaires”. Tous français, mais sans vouloir mettre de côté nos autres “vérités”.

Alors que nous traversons une crise identitaire et que le Breton, le Basque, l’Occitan ou le Corse demandent et revendiquent des racines autres, au-delà de leur carte d’identité nationale, et alors que la Nouvelle-Calédonie votera par référendum pour son autonomie cet automne, la France a un énorme défi à relever. Et ce débat doit être posé sans passion pour accompagner l’identité française en ce troisième millénaire.

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