MAROC
12/09/2019 11h:54 CET | Actualisé 12/09/2019 15h:37 CET

États-Unis: le départ de John Bolton est-il une bonne nouvelle pour le Maroc?

Le président Trump a annoncé son départ le 10 septembre dernier, justifiant cette décision par des "désaccords avec nombre de ses suggestions".

SERGEI GAPON via Getty Images
US National Security Advisor John Bolton answers journalists questions after his meeting with Belarus President in Minsk on August 29, 2019. (Photo by Sergei GAPON / AFP) (Photo credit should read SERGEI GAPON/AFP/Getty Images)

ÉTATS-UNIS - Son départ était devenu inévitable. John Bolton, controversé conseiller en sécurité nationale de Donald Trump, a finalement rejoint la longue liste des personnes licenciées par le président américain ou ayant quitté leur poste. Selon la presse américaine, les possibles négociations entre l’administration Trump et des représentants des Talibans à Camp David, auraient été la goutte qui a fait déborder le vase. En effet, il était hors de question, pour Bolton, que Camp David accueille des Talibans. Cette rencontre n’aura finalement pas lieu mais elle signe la rupture définitive entre Trump et son conseiller.

Un départ annoncé par le président américain sur Twitter:

“J’ai informé John Bolton hier soir que ses services ne sont plus nécessaires à la Maison Blanche. Je suis fermement en désaccord avec nombre de ses suggestions, à l’instar d’autres membres de l’administration, et donc...”

 

“...J’ai demandé à John sa démission, qui m’a été remise ce matin. Je remercie beaucoup John pour son service. Je nommerai un nouveau conseiller à la sécurité nationale la semaine prochaine.” 

Un licenciement que Bolton a nié, également sur Twitter. Il affirme en effet de son côté avoir présenté sa démission:

“J’ai proposé de démissionner hier soir et le président Trump a répondu: ‘Parlons-en demain’.”

Un départ qui sonne comme une bonne nouvelle pour les officiels marocains. En effet, John Bolton n’a jamais caché ses positions “pro-Polisario”. Dès sa nomination, plusieurs questions se sont posées sur ses conséquences sur les relations entre le Maroc et les États-Unis.

Suite à cet énième rebondissement, le HuffPost Maroc a interrogé Mohamed Badine El Yattioui, docteur en science politique et professeur de relations internationales et science politique à l’Université de las Américas Puebla (UDLAP) au Mexique. Il revient ainsi sur les raisons du départ de John Bolton de la Maison blanche, ses relations avec le Polisario, ou encore les conséquences de son départ sur le dossier iranien, une longue obsession du désormais ancien conseiller de Trump.

HuffPost Maroc: John Bolton est depuis sa nomination un des conseillers les plus controversés de Donald Trump. Qu’est-ce qui a précipité son départ cette semaine?

Mohamed Badine El Yattioui: Ce limogeage intervient dans un climat tendu entre les États-Unis et l’Iran. Donald Trump a envoyé des signaux contradictoires entre fermeté et volonté de négocier. John Bolton était contre le principe de toute négociation avec ce pays. La Corée du Nord est un autre sujet de tension entre eux. Trump, lui, alterne depuis plus de deux ans entre coups médiatiques (rencontre avec Kim Jong Un) et discours provocateurs.

Il est aussi connu pour ses positions “pro-Polisario”. Quelles conséquences auront son limogeage dans les relations entre le Maroc et les États-Unis?

On peut considérer son départ comme une bonne nouvelle, car il n’a jamais caché sa proximité avec l’Algérie et le Polisario. Rappelons qu’il est à l’origine de la réduction du mandat de la MINURSO, à seulement six mois au lieu d’un an. Les relations bilatérales demeurent cependant bonnes entre le Maroc et les États-Unis. Le royaume a discuté de plusieurs contrats d’armement avec Washington, a rompu ses relations avec Téhéran et a reconnu Juan Guaido, président par intérim du Venezuela. Trois décisions qui satisfont Washington.

Il faut désormais attendre la nomination du futur conseiller à la sécurité nationale pour en savoir plus concernant le Sahara marocain. Il sera alors intéressant d’étudier son profil, ses réseaux et ses déclarations passées. Néanmoins, d’autres acteurs sont à prendre en compte comme le Département d’Etat, le Pentagone et le Congrès. Le conseiller à la sécurité nationale a une place importante mais n’a pas l’exclusivité du traitement de ce dossier.   

Pendant son temps en poste, ses positions “pro-Polisario” ont-elles été accompagnées par des actes?

John Bolton considérait qu’il était le seul Américain, avec James Baker (diplomate et ancien Secrétaire d’Etat américain, ndlr), à s’intéresser à la question du Sahara. Mais malgré son acharnement, le seul acte de son année et demie en poste fut la réduction du mandat de la MINURSO.

Bolton n’a jamais caché son animosité pour le régime iranien, qualifié même “d’obsession iranienne” par certains journaux américains. Quelles conséquences son limogeage aura-t-il sur les relations entre les États-Unis et l’Iran?

Trump souhaite rencontrer des officiels iraniens, notamment le chef de la diplomatie Zarif. Cela peut avoir un impact médiatique mais la réalité est que Trump poursuivra sa volonté d´asphyxier économiquement l’Iran quel que soit le futur conseiller à la sécurité nationale. Ses alliés (Arabie saoudite et Israël) tenteront de l’influencer mais il est peu probable que Trump tente une aventure militaire en pleine campagne électorale dans les mois à venir.

John Bolton a d’ailleurs une réputation de “va-t-en guerre”. Cette doctrine est-elle encore populaire aux États-Unis après le fiasco de la guerre en Irak?

Les néoconservateurs soutiennent Trump par nécessité. Nous verrons si le départ de Bolton change la donne. Ces “va-t-en guerre” n’ont jamais vraiment aimé Trump, le considérant trop centré sur le pays avec son “America first”.

Leur influence, au sein des cercles de pouvoir, a diminué en comparaison avec les mandats de George W. Bush, mais ils demeurent puissants du fait de leurs réseaux médiatiques (Fox News, The Weekly Standard, The New Republic), universitaires (American Enterprise Institute et le Project for The New American Century) et de leur poids au sein du Parti Républicain (Marco Rubio et Jeb Bush).

Donald Trump a de son côté un discours guerrier mais semble au contraire peu enclin à mener son pays dans un autre conflit armé. Le départ de Bolton n’était-il pas finalement inévitable?

Le président américain a annoncé qu’un nouveau conseiller à la sécurité nationale sera nommé la semaine prochaine. Nommé en mars 2018, John Bolton était un pro-guerre en Irak en 2003. Il était en désaccord sur de nombreux sujets avec le président (Iran ou Corée du Nord). Ce poste est stratégique et le conseiller à la sécurité nationale doit permettre au président de mettre en musique sa politique étrangère. Les désaccords étaient trop nombreux entre les deux. Trump n’est pas un idéologue et ne semble pas favorable aux interventions armées. Bolton l’est. Trump est favorable à une pression politique doublée de sanctions économiques (contre Pyongyang et Téhéran par exemple) appelée stratégie de la “pression maximale”.