MAROC
12/06/2019 09h:54 CET | Actualisé 12/06/2019 15h:37 CET

Établissements français au Maroc: Des associations de parents d'élèves lancent une opération "École morte"

Pour protester contre les suppressions de postes certifiés et la hausse des frais de scolarité.

AEFE

ÉDUCATION - Coup de gueule dans les écoles françaises au Maroc. Cette semaine, plusieurs associations de parents d’élèves des établissement d’enseignement français au Maroc ont annoncé leur volonté de mener une action “École morte” dans les écoles primaires gérées directement par l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger). Les écoliers sont ainsi encouragés à rester chez eux ce mercredi 12 juin. 

“Le 12 juin, on garde nos enfants à la maison”, tel est le mot d’ordre donné pour cette journée de grève, qui a pour but d’alerter l’État français, dont ces établissement dépendent, d’une situation préoccupante pour les parents d’élèves, à savoir la fermeture croissante des postes d’enseignants titulaires résidents.

Des frais en constante hausse

Dans un communiqué, le groupement des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français au Maroc dénoncent les “diminutions de budgets” enregistrés dans les établissements français au Maroc. 

Une diminution se traduisant par la baisse constante du nombre d’enseignants résidents titulaires et expatriés au profit “de contrats locaux”. Des professeurs dont les salaires, selon les associations et syndicat enseignant, sont ensuite impactés sur les frais de scolarité des parents. 

“Les expatriés sont entièrement à la charge de l’État français, les résidents sont pour leur part payés en partie par l’État français et l’établissement”, explique au HuffPost Maroc Hamid Laaroussi, président du syndicat d’enseignants FSU-SNES.

“Le personnel de droit local est lui totalement à la charge de l’établissement, dont le budget provient des frais de scolarité mais aussi de ce que l’on appelle la subvention de l’État”, poursuit-il.

Une subvention qui est au coeur du problème, cette dernière étant régulièrement en baisse. “Le coût fatal a été les 33 millions prélevés en été 2017”, regrette ce dernier, rappelant la drastique coupe budgétaire observée cette année là.

“Plus vous mettez de contrats de droit local moins il y a une subvention de l’État. Il faut bien trouver l’argent quelque part et depuis 10 ans, on assiste à d’importantes hausses des frais de scolarité”, souligne Hamid Laaroussi.

Pour Adyl Touhami, président de l’API et membre du groupement des associations (APEK, API, PEEP, CAPE, UCPE) appelant à la journée d’action, “les parents d’élèves refusent d’être la variable d’ajustement”.

“On se rend compte que les frais de scolarité augmentent, le détachement d’enseignants certifiés est en train de diminuer, la part de l’État diminue, la qualité de l’enseignement aussi et ça, on ne peut pas le concevoir”, regrette ce dernier.

Trouver les compétences

Dans leur communiqué commun, les associations de parents d’élèves craignent que les postes de résidents de l’Éducation nationale ne soient remplacés par des profils qui “ne répondent pas aux exigences pédagogiques attendues” dans des matières comme les lettres, l’histoire géographie, la physique ou encore la philosophie. “Sachant que le programme français de physique n’a rien à voir avec le programme marocain. Idem pour les maths”, affirme Adyl Touhami. 

“En lettres modernes, on a des classes qui sont restées 6 à 7 semaines sans enseignants parce qu’ils ne trouvent pas de ressources localement. On n’a pas arrêté d’alerter, on va droit dans le mur”, poursuit ce dernier.

Le président du syndicat d’enseignants FSU-SNES craint aussi de son côté le tarissement du nombre d’options en contrats locaux et l’arrivée de professeurs peu familiarisés avec le métier de professeur. “Pour certains, il peut s’agir d’une première expérience professionnelle, alors q’un résident, après le CAPES et une année de stage où il est en charge d’une seule classe, doit exercer deux ans au moins en France comme titulaire avant de postuler pour partir à l’étranger. Alors certains disent qu’ils vont apprendre sur le tas. Le souci, c’est que dans cette situation, ce sont les élèves qui servent de cobayes”, tranche-t-il.

Cependant, pour Hamid Laaroussi, il n’est cependant pas question de stigmatiser les professeurs engagés en contrats locaux. “Vous pouvez avoir du personnel de droit local très compétent même s’ils ne sont pas titulaire de la fonction publique française”. Pour lui, il faut toutefois limiter la saignée actuellement en cours sur les contrat de résidents: “là on est dans du 50-50. Le risque est que l’on dépasse ce taux”.

Une crainte partagée par Adyl Touhami: “on a des fermetures de postes depuis deux ans qui doivent avoisiner les 80. Sur le pôle Rabat-Kénitra seulement, on en est à une vingtaine, et on se demande comment on va trouver des ressources localement”. 

Pour les associations de parents d’élèves, la fixation d’un quota minimum de 50% d’enseignants certifiés est ainsi l’une de leurs principales revendications. Ils réclament également “le maintien de la qualité de l’enseignement français, le gel des augmentations des frais de scolarité” mais aussi “l’accès aux financements pour les travaux d’investissements à moyens/longs termes pour éviter que les familles ne soient des variables d’ajustement budgétaire”. Les parents espèrent aussi “une écoute de l’agence et prise en compte des votes des parents dans les instances locales”, ainsi qu’un “retour à un climat serein, mis à mal depuis deux ans dans nos établissements”.

“Au Maroc, on est quand même le territoire aux plus grands établissements en gestion directe (EGD) de l’agence, c’est le plus gros réseau mondial. Si on veut maintenir cet EGD, il faut maintenir ces budgets”, insiste Adyl Touhami.

Les syndicats s’attendent ainsi à une forte participation ce mercredi à la journée de grève. “Il y a deux ans, au moment de la diminution du budget, on avait lancé une opération similaire qui s’est traduite par un taux d’absence de 90%”. La grève ne touchera que les établissements du primaire, les collèges et lycées étant en pleine période d’examens.

Les  parents cherchent ainsi à influer sur les prochaines prises de décision concernant l’AEFE et la contribution de l’État français à son budget. “On tient avec cette mobilisation à faire passer le message qu’il faut sauvegarder l’AEFE qui est la colonne vertébrale de ce système et lui donner le moyen de pérenniser l’enseignement français au Maroc”, affirme Adyl Touhami. Contactée par le HuffPost Maroc, l’AEFE n’a pour l’instant pas réagi pour exprimer la position de l’Agence sur cette question.