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25/03/2019 13h:26 CET | Actualisé 25/03/2019 13h:26 CET

Et si on arrêtait la corruption?

Il y a une réalité assez simple à saisir: la précarité crée le besoin d’argent facile et l’absence de régulation le permet.

Rawpixel via Getty Images

En Tunisie, les petits billets sous la table facilitent la vie administrative mais les gros billets créent une économie parallèle. D’où ça vient, ce réflexe devenu presque primaire, d’achat de services illégaux? Comment le résoudre? Peut-on le résoudre mais surtout pourquoi personne ne s’y emploie?

Culpabilité et sens du devoir public

L’agent du service public a une responsabilité forte. Il constitue, avec un collectif, l’image de l’État. Comment peut-il accepter alors de trahir son devoir en acceptant les corruptions financières? Et bien, la première hypothèse est financière.

Peut-on reprocher à un policier, assis toute la journée entre soleil cuisant et ennui assassin, pour 700-950 dinars mensuels, d’accepter le billet de cet homme qui vient de griller un feu?

À partir du moment où, nous même, on ne peut culpabiliser l’agent, comment lui peut-il regretter son action? La responsabilité de cette corruption est-elle à attribuer à celui qui prend la somme ou à celui qui ne le paie pas assez pour qu’il puisse refuser?

Il y a une réalité assez simple à saisir: la précarité crée le besoin d’argent facile et l’absence de régulation le permet. 

Le cycle de l’intégrité part de la fierté, de quelque chose qui vient même de l’ordre de l’émotion, envers le service public. Pour que cette fierté existe, il faut une rémunération adéquate qui donne envie de servir.

La solution politique

La solution est un calendrier. La relation entre temporalité et victoires politiques a toujours été dynamique. Le contexte fait la moitié du travail pour qu’une loi passe. Pour réguler la “corruption douce”, il faut arrêter les augmentations progressives et lentes des salaires. Il faut attribuer aux syndicats une gigantesque victoire politique pour pourvoir en contrepartie, créer un réel système de sanction. 

La corruption est un délit encourant en France une peine d’emprisonnement d’un maximum de 10 ans et une amende d’un montant de 150.000 €, tandis que la police des polices est obligée d’enquêter sur chaque cas de corruption signalé et de rendre à la justice une enquête transparente.

Avec une lourde sanction, l’installation de mécanismes et d’organismes de vérification transparents et une revalorisation symbolique et matériel du rôle d’agent du service public, on assurera le décès de la corruption, si crispante et si handicapante à notre économie.

Le blocage

Deux défis s’offrent à ces réformes: le court-térmisme et la peur. Les gouvernements successifs attendent souvent que les mobilisations syndicales commencent et soient à un point de non-retour pour leur accorder une miette puis une autre, et une autre...

Cela est souvent justifié par la dette publique. C’est surtout une peur. Les gouvernements étant très peu stables et pouvant sauter à tout moment, le risque pour un chef du gouvernement est de s’attirer les foudres des agences de notations et la doxa libérale en risquant un investissement public qui, sur le long terme, pourrait être compensé par les sanctions qui s’abattront sur les corrompus et corrupteurs.

Ainsi, réside la question à un million de dinars: Quel intérêt pour le gouvernant de s’attaquer aux corrompus, si lui même est bénéficiaire de ce système? Ou pire, se rend-il même compte que c’est un problème ou l’aurait t-il intériorisé?

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