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12/05/2018 12h:10 CET | Actualisé 12/05/2018 12h:10 CET

Et si les listes indépendantes se fédéraient pour créer la force alternative qui manque à la Tunisie naissante à la démocratie?

Face aux manœuvres de récupération des politiciens, les indépendants doivent doubler de vigilance pour qu’on ne leur vole pas leur victoire

FETHI BELAID via Getty Images

La grande surprise des élections municipales fut l’arrivée en tête des listes indépendantes : Près du tiers des voix exprimées est allé à ces listes. Comme pour la révolution de 2010-2011, personne ne s’y attendait. Beaucoup voyaient dans ces listes un facteur de plus d’émiettement de l’électorat allant jusqu’à culpabiliser celles et ceux qui en avaient pris l’initiative. Outre le faible taux de participation (environ 35%), l’arrivée en tête des listes indépendantes (avec plus de 32%), est une gifle pour les partis dont les chefs « historiques » restaient arc-boutés sur des conceptions sclérosées et incapables de répondre aux appels au renouvellement du personnel, des discours et des pratiques politiques. Les listes indépendantes composées de femmes et d’hommes qui entrent pour la première fois dans la compétition pour la participation à la gestion de la chose publique, offrent de réelles possibilités de renouvellement et de féminisation de l’élite politique, au-delà de ce que l’on pouvait espérer.


Des discussions s’engagent entre les différentes listes pour choisir les exécutifs municipaux et les indépendants vont faire l’objet de toutes les convoitises des partis politiques, surtout là où ceux-ci sont arrivés en tête mais avec des majorités relatives qui ne leur permettent pas de diriger seuls les municipalités. Contrairement à ce que pensent ceux qui voient là une raison supplémentaire pour maudire le scrutin à la proportionnelle, ces résultats montrent qu’il y a là une chance pour l’apprentissage de la politique et pour la limitation de l’hégémonisme des partis. La majorité absolue à deux tours, par ses effets amplificateurs, aurait permis aux partis arrivés en tête d’imposer leur volonté sans avoir à négocier et à composer avec d’autres partenaires en mettant du « vin dans leur eau » (dans le cas des pays où c’est la consommation du vin qui fait l’objet de restriction, ce qu’il faut espérer ce n’est pas l’ajout de l’eau dans le vin, mais l’inverse !).

Face aux manœuvres de récupération des politiciens, les indépendants doivent doubler de vigilance pour qu’on ne leur vole pas leur victoire comme certains partis ont commencé à le faire en se les appropriant. Il est aussi nécessaire que les indépendants veillent à ne pas compromettre les chances qu’offre à la jeune démocratie leur émergence comme une force alternative à des partis et des mouvements incapables de se hisser au niveau des espoirs qui ont porté la révolution. Pour cela, les listes indépendantes doivent avoir en vue deux objectifs:


- Ne pas trahir leurs promesses à leurs électeurs et participer à la gestion de leurs municipalités conformément à ce qu’elles avaient promis de faire sans se faire récupérer par tel ou tel parti prêt à tout pour les annexer ;
- Penser aux échéances à venir, non seulement pour les élections locales, mais aussi pour les élections nationales en s’y préparant dès maintenant.


Concernant le premier objectif, les listes réellement indépendantes doivent donner la priorité à l’unification de leurs forces pour ne pas aller aux négociations avec les partis politiques en rangs dispersés. Les alliances qu’elles seront obligées de nouer ne doivent ni nuire à leur indépendance, ni conduire au reniement de leurs promesses.


Concernant le deuxième objectif, une fois la mise en place des exécutifs municipaux réalisée, il serait important d’organiser une rencontre nationale de toutes les listes réellement indépendantes – les négociations pour la mise en place des exécutifs municipaux montreront qui est réellement indépendant et qui ne l’est pas – en vue de dégager une plateforme d’action nationale et de constituer, sur la base d’une démarche fédérative, une force alternative capable de peser dans les futures instances régionales et nationales. Elles peuvent d’ores et déjà envisager la présentation de candidat(e)s sur la base des résultats réalisés par les différentes listes en soutenant un(e) candidat(e) de la liste indépendante arrivée en tête dans la circonscription concernée. Elles réaliseront ainsi, par le bas et sur la base d’alliances dans l’action sur le terrain, ce que les états-majors des partis ou des figures nationales ont été incapables d’atteindre par des initiatives improvisées et décrochées des réalités du terrain. Sept ans après la révolution, la démocratie naissante trouverait là un souffle nouveau et des raisons de croire en son avenir grâce à l’émergence d’une force capable de rivaliser avec les islamistes et les nostalgiques de l’ancien régime. C’est là un objectif désormais à portée de main.

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