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07/04/2019 17h:24 CET | Actualisé 07/04/2019 17h:24 CET

Et maintenant, le projet ALGERIE

Associated Press

“L’histoire, si loin que nous remontons dans le passé, si diligemment que nous étudions autour de nous les sociétés et les peuples civilisés ou barbares, policés ou primitifs, l’histoire nous dit que toute obéissance est une abdication, que toute servitude est une mort anticipée ; elle nous dit que tout progrès s’est accompli en proportion de la liberté, de l’égalité et de l’accord spontané des citoyens”.

Elisée Reclus (1830-1905) - Evolution & Révolution.

Je devais, pour ce numéro, faire un papier sur le projet d’entreprise. J’aurai été en décalage avec la société ; j’aurai été en décalage avec l’actualité ; j’aurai été en décalage avec l’histoire. Je vais alors, actualité oblige, faire un papier sur un projet de toute autre nature : le projet de société.

Nous sommes des privilégiés. Si nous le sommes aujourd’hui, c’est parce qu’une poignée d’hommes et de femmes, citoyens lambda, ont décidé, il y a un peu plus d’un mois, de s’élever contre l’ordre établi, contre l’injustice et contre la confiscation de l’avenir de tout un peuple. Depuis, des millions d’algériens se sont greffés à leur idéal, à leur engagement, nourris par des convictions fortes, une idéologie, certes peu ou pas du tout formalisée, mais une idéologie formée par des idées, des croyances et des opinions partagées.

Nous sommes des privilégiés dans le sens où nous avons la chance de participer à la construction d’une vision partagée, élément moteur et facteur fédérateur des forces vives du pays, autour d’un projet commun, pour un destin commun, en cultivant ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous.

Nous ne voulons pas nous contenter d’un prêt à porter à transposer bêtement (ou même magistralement) pour faire semblant et être dans l’air du temps. Notre ambition est autrement plus noble. Nous poursuivons un idéal idéologique qui place la personne humaine au centre des problématiques et l’incarne comme acteur déterminant des solutions. Un idéal idéologique, gage de sincérité, qui exprime une conviction constante devant dicter notre démarche pour renforcer le vivre ensemble.

Nous ne voulons pas d’une idéologie qui explique l’existant. Nous aspirons à la construction d’un ensemble d’idées inspiré de notre connaissance de l’existant, un ensemble qui réglemente le fonctionnement de la société, qui reconnait ses structures et qui comprend les sources de conflits pour proposer leurs modes de règlements. On ne saurait mettre de l’avant l’idée d’un quelconque projet de Société, sans prendre un soin particulier à analyser les impacts de ces différentes mesures sur la vie des personnes, des groupes, des régions, des institutions et de toutes les composantes de la société.

Des voix s’élèvent, ici et là, pour proposer des solutions qui restent l’apanage de groupes sociaux particuliers (leur projets ne peuvent être que particularisés qu’ils soient juristes, professeurs d’université ou même politiciens de nos jours) et qui, in fine, se confronteraient à des intérêts irréconciliables puisque manquant inlassablement d’orientation commune à la Société. C’est en s’extirpant du cadre du temps technique, des aires spécialistes, que nous allons pouvoir esquisser les grandes lignes d’un projet de Société et jeter les éclairages nécessaires sur les façons par lesquelles chacun de nous, individuellement, mais aussi chaque groupe social, collectivement, et ainsi la société dans sa globalité, se servira du projet pour aménager ses comportements quotidiens.

Le sens étymologique de projet renvoie à l’idée de “jeter en avant”, en philosophie amène plutôt à l’effort pour “sortir de soi” et en sociologie c’est avant tout réintroduire l’action dans les déterminations sociales. Un projet est, en fait, une anticipation opératoire de l’avenir. Une anticipation toujours en construction et n’est, à tout moment, que partiellement déterminée. C’est la vision d’un idéal et les recommandations pour l’atteindre.

Ici et maintenant, déconstruisons l’existant, libérons nous des mauvais réflexes implantés, incrustés en nous depuis déjà trop longtemps ; adoptons une vision positive de l’homme, du citoyen et donnons libre cours à la créativité spontanée de chacun de nous. Bannissons le jugement de l’autre, le directivisme et le paternalisme au profit de la mise en confiance, de l’encouragement de l’effort pour la libération des énergies puissantes du changement. Chaque bataille perdue par l’égoïsme est une bataille gagnée par l’altruisme ; chaque centimètre de terrain perdu par l’individualisme est un centimètre de plus dans le camp du collectivisme ; chaque duel engagé pour la liberté, pour la justice et pour la bonne cause est un moment d’espoir.

Le peuple s’invite partout, excusez l’imprécision, le peuple est chez lui partout, il reprend ses droits et exerce par lui-même ses mandats. Il est la source de tout pouvoir, il est la seul institution que personne ne peut s’approprier, que nul ne peut détourner, qu’aucun ne peut corrompre ou encore asservir. Il l’écrit, il le crie, haut et fort, nous voulons une société juste, pacifiste ouverte sur le monde, une société inclusive ou tout le monde reconnait tout le monde, où la liberté a aussi comme corollaire l’exercice de la responsabilité, où la justice inspire l’équité et où le l’originalité côtoie fièrement la modernité.

Pour être capable de penser un projet qui inspire un mouvement significatif de transformation de la société, les personnes, les groupes ou toutes autres entités doivent inéluctablement répondre à certaines conditions, j’en discerne personnellement au moins trois :

- avoir, de bonne foi, cette croyance de légitimité de penser ce projet ;

- être capable de prendre ses distances critiques par rapport à l’existant, et être intellectuellement outillé pour relativiser et déconstruire le modèle dominant ;

- être en mesure d’imaginer le changement.