ALGÉRIE
16/04/2018 17h:24 CET | Actualisé 16/04/2018 17h:30 CET

Est-ce bien “Allo Chorta”? ou plutôt “Allo Big Brother”?

Une application qui aide la police à se rapprocher "un peu trop” du citoyen, craignent certains.

Justin Sullivan via Getty Images

 

Attention, paranoïaques et conspirationnistes s’abstenir.

Voici quelques mois, la police algérienne a informé les citoyens de la mise à leur disposition d’une application téléchargeable sur leurs smartphones pour les aider, en cas d’urgence, à communiquer directement avec la police.

L’application “Allo Chorta” a été développée par la compagnie nationale de téléphonie mobile Mobilis et peut être téléchargée du site de la police nationale (DGSN) ou directement du Play Store sur les systèmes Android.

C’est un “système d’alerte offert par la Sûreté nationale, permettant au citoyen de demander secours et interventions des services de police à travers: le lancement d’une alerte en cas de personne en danger, le signalement d’un fait saillant (vol, dégradation, catastrophe naturelle, agression, rapt d’enfant, accident de la circulation, obstacle sur la voie publique)”, est-il écrit sur le site de la Sûreté nationale.

“Les services de police territorialement compétents prendront connaissance, en temps réel, des faits signalés. Ce qui permet une intervention et un secours efficaces et immédiats. En même titre que les services de police, les contacts de confiance, préalablement définis sont également avertis à travers des SMS envoyés de façon automatique dès l’émission de l’alerte”.

C’est donc une app qui est censée aider la police à se rapprocher du citoyen et à être plus efficace à son service.

Il y a pourtant une réserve. Cette application aide la police à “se rapprocher un peu trop” du citoyen.

Au point que certains préfèrent ne pas la télécharger. En effet, la liste des informations qu’il faut donner à “Allo Chorta” pour pouvoir télécharger l’app rend pour le moins dubitatif: Allo Chorta demande ainsi l’accès à vos contacts, votre position géographique, vos sms, votre téléphone, vos fichiers photos et multimédias, votre caméra…

Le journaliste Akram Kharief, spécialiste des questions de sécurité et directeur du site Menadéfense, s’est fendu d’un post ironique sur sa page Facebook à ce propos, se demandant s’il ne serait pas préférable pour lui d’écouter le conseil de son antivirus qui lui dit de ne pas télécharger cette app.

Akram Kharief Facebook

 Il est aussi possible que cela soit un bug technique plutôt qu’une volonté malintentionnée de recueillir le plus d’informations possibles sur la vie privée des citoyens. Car, sur le site de la DGSN, il est clairement expliqué que:

“Les informations personnelles saisies facultativement, permettent aux services de police de vous contacter, le cas échéant, dans le cadre du traitement de l’alerte ou du fait signalé.”

Les responsables de la Sûreté nationale parlent bien de partage d’informations “facultatif”. Alors que lorsqu’on tente de télécharger l’app sur son smartphone et que l’on demande à “opt-out” en ne soumettant pas les informations demandées, il devient impossible de télécharger Allo Chorta.

Remarquons enfin que cette avalanche d’informations que l’app de la police demande n’a pas l’air d’avoir découragé d’autres citoyens ou éveillé leur méfiance: ils sont déjà dix mille (10 000) citoyens à avoir d’ores et déjà Allo Chorta installée sur leur smartphone, prête à l’emploi.

Honi soit qui mal y pense. 

 

Allo Chorta