MAROC
16/10/2018 10h:09 CET | Actualisé 30/10/2018 10h:54 CET

Essaouira rentre en transe avec la deuxième édition du festival électro Moga

L'ancienne Mogador n'a pas dormi pendant trois jours.

MOGA FESTIVAL/INSTAGRAM

MUSIQUE - Du 12 au 14 octobre, Essaouira accueillait la deuxième édition du festival Moga. Près de 72 heures de musique électronique non-stop pour concrétiser une ambition: faire de l’ancienne Mogador une destination incontournable des aficionados d’électro. Après un premier test plutôt réussi en 2016, qui avait vu défiler plus de 5.000 festivaliers de tous les pays, Moga a passé cette année avec succès sa deuxième épreuve en offrant un long week-end musical où le programme bien rempli laissait peu de place au sommeil.

Cette année, c’est dans l’enceinte du Sofitel, à quelques kilomètres sur les hauteurs de la ville, que se déroulaient les festivités dès midi sur deux scènes, la “Pool” et la “Garden”, pour deux ambiances de fête autour de la piscine à débordement et dans le jardin au son des plus grosses pointures de la musique électronique internationale comme le Français Agoria, le Canadien John Acquaviva ou l’Israélien Guy Gerber, pour ne citer qu’eux.

Une pléiade de DJs et musiciens marocains se sont aussi succédé sur scène et derrière les platines, tels que Mr ID, Hisham, Daox, Achil, Jilaa, Amine Dhobb ou Driss Skali. Des DJ sets organisés jusque tard dans la nuit dans six bars et restaurants d’Essaouira, dans le mythique Taros ou le bar de plage Beach and Friends, ont également fait vibrer la ville et permis aux festivaliers de varier les plaisirs.

Coiffes d’indiens et maquillage fluo

Malgré quelques petits couacs - la musique s’est arrêtée à deux reprises suite à un problème de cartes son utilisées par deux artistes, suscitant quelques sifflements du public - et la déception de certains de voir un festival électro organisé dans un lieu un peu trop “guindé”, la recette a fonctionné. Il faut dire que l’organisation avait mis les petits plats dans les grands pour accueillir au mieux les festivaliers, avec bouées géantes dans la piscine, lits de jardin, poufs et lanternes traditionnelles allumées dès la nuit tombée, pour une ambiance cozy tout en profitant des décibels crachés par les immenses enceintes.

Et comme dans tout festival électro qui se respecte, certains spectateurs ont laissé libre cours à leur imagination en adoptant un dress code bien léché. Coiffes d’indiens, chapeaux chinois, robes à paillettes, maquillage fluorescent et tatouages géants se sont affichés tout au long du week-end, immortalisés à coups de selfies. 

“Il faut un programme riche et une organisation soignée pour motiver les festivaliers à faire cinq heures de route depuis Casablanca ou à prendre l’avion pour venir ici”, explique au HuffPost Maroc Benoit Geli, directeur et fondateur de la société Panda Events, co-organisatrice du festival Moga ainsi que d’autres festivals à travers le monde comme les Dunes électroniques en Tunisie. “Il y a encore une marge de progression, mais c’est un festival qui a vocation à perdurer. L’équilibre financier n’est pas encore atteint mais les bases sont solides et on commence à gagner en crédibilité auprès du public, de nos partenaires et des autorités”, affirme-t-il, annonçant déjà l’organisation d’une troisième édition l’année prochaine.

Les Issaouas montent sur scène

Si le line-up était l’un des points forts du festival, avec des têtes d’affiche dignes de ce nom, le patrimoine musical marocain n’a pas été oublié. Dimanche, le quatuor belge Stavroz, qui mêle sons orientaux et pop planante, a livré un live survolté en conviant sur scène les Issaouas, musiciens traditionnels d’Essaouira, après avoir organisé une journée de jam sessions la veille avec eux. “Ils étaient fantastiques et nous ont fait découvrir une musique incroyable que nous ne connaissions pas”, nous confie Maxim Helincks, l’un des membres du groupe, à la sortie de leur concert. “Nous avons même le projet de créer un titre avec les gnaouas pour un éventuel prochain album”, ajoute-t-il, rappelant que la musique gnaoua et l’électro utilisent toutes les deux des rythmes répétitifs et percussifs pour faire rentrer les gens en transe.

Festival Moga
Le groupe belge Stavroz en fusion avec les Issaoua d'Essaouira, le 14 octobre 2018 au festival Moga.

La part belle faite aux DJs locaux a également permis de confirmer la maturité de la scène électronique nationale. “Quand je travaillais avec des artistes de hip-hop il y a vingt ans et qu’on me demandait comment je voyais l’évolution de cette scène au Maroc, j’étais confiant. Aujourd’hui, c’est la même chose avec la scène électro”, nous confie Abderrahman El Hafid, aka Mr ID, DJ casablancais connu pour ses sets qui mêlent musique traditionnelle marocaine et africaine avec des sons électroniques. “Avant, il n’y avait aucun festival et très peu de producteurs. Mais la tendance s’inverse désormais. Ça commence à bouger et c’est très positif”, ajoute-t-il, avouant que même sa mère commence à écouter de la musique électro.

“Je participe au festival Moga pour la première fois. Je m’attendais à ce que ça soit bien, mais iI y a vraiment de très très bonnes vibes!”, nous lance, enthousiaste, le jeune artiste casablancais Amine Dhobb à la veille de son concert programmé dimanche. “Quand je suis revenu au Maroc après avoir vécu à Paris, j’ai été très surpris de ce qui se passe au niveau de la scène électronique ici, avec des soirées et festivals organisés partout, et des DJs marocains extrêmement talentueux. Moi je ne suis pas DJ, je fais plutôt du rock indépendant ou ce que je qualifie “d’électro dream-pop”, ce qui est un peu plus compliqué pour se produire ici au Maroc”, admet toutefois le musicien.

Le vent d’Essaouira nous portera

Le DJ allemand Acid Pauli lors de son set au festival Moga, le 14 octobre 2018.

Mais le clou du spectacle était sans aucun doute le live de Acid Pauli. Avec sa techno planante, le DJ allemand a conclu le festival en beauté dimanche soir, faisant rentrer littéralement en transe certains festivaliers. Il a également fait un petit clin d’oeil à Essaouira, ville connue pour être toute l’année balayée par le vent, en reprenant lors d’un interlude le célèbre titre “Le vent nous portera” du groupe français Noir Désir, chanté en choeur par le public encore survolté malgré la fatigue après trois jours de fête. Une manière de souhaiter bon vent au Moga.