MAROC
07/10/2018 15h:16 CET | Actualisé 07/10/2018 15h:20 CET

Essaouira donne la parole aux jeunes leaders de la Méditerranée

"Cette transmission est éternelle et doit continuer et surtout ne pas s’interrompre"

FEJL

DIALOGUE - Si Essaouira est réputée pour être une ville du vivre-ensemble et un carrefour des civilisations, elle est aussi, depuis peu, le port d’ancrage d’événements internationaux réunissant des acteurs de demain. C’est à Dar Souiri, véritable lieu d’histoire et de mémoire, que s’est tenue ce week-end la 4ème édition du Forum euro-méditerranéen des jeunes leaders (FEJL). L’événement est organisé, chaque année, par l’ambassade de France et l’Institut français, avec le soutien actif du conseiller du roi Mohammed VI, André Azoulay, de la Fondation Anna Lindh présidée par Elizabeth Guigou, et des associations “Essaouira-Mogador” et “Marocains Pluriels”.

Former un réseau méditerranéen de jeunes décideurs et encourager l’échange, c’est la mission que assignée le FEJL. Venus du Maroc, de Tunisie, d’Algérie, d’Espagne, de Jordanie ou encore de Palestine via divers réseaux et associations, près de 200 jeunes à fort potentiel s’y sont retrouvés. Objectif: débattre de l’identité méditerranéenne commune à l’heure de la révolution numérique qui bouleverse la transmission et valorise l’uniformisation culturelle. 

Pour André Azoulay, la transmission, thème de cette édition, soulève plusieurs  questions liées aux défis et enjeux actuels. “Nous sommes dans un temps et dans un espace qui sont ceux de l’archaïsme, du repli, de la stigmatisation et du déni”, a souligné le conseiller du roi pour qui l’enjeu global de ce forum est de donner une chance aux jeunes venus de toutes les rives de la Méditerranée de se rencontrer et d’échanger leurs expériences et opinions, entre eux. Pour Azoulay, “quand on est à Essaouira, on est responsable de cette transmission, on est responsable de cet héritage, des acquis qui sont les nôtres, que nous avons voulus et que nous avons gagnés, parce que nous avions cet enracinement dans la diversité”. 

C’est d’une transmission éternelle dont il est question. L’ambassadeur de France au Maroc, Jean-François Girault, a estimé primordial pour cette transmission “de ne pas s’interrompre à un moment où le monde est en train de se refermer, où les nationalismes et les peurs suscitent des égoïsmes, où des barrières sont en train de s’élever alors que nous voulons justement faire de la Méditerranée un pont entre nos deux continents’’. 

Ainsi, 5 tables rondes et 12 ateliers ont réunis des groupes d’experts et de jeunes pour débattre de l’utilisation des réseaux sociaux, le décryptage de l’information, de comment déconstruire les discours radicaux et faire de la jeunesse en Méditerranée une priorité politique, entre autres. 

Le dialogue inter-religieux

La question du dialogue entre les religions a fait l’objet d’une table ronde réunissant Louis-Marie Coudray, bénédictin et directeur du Service national des relations avec le judaïsme de la Conférence des évêques de France, Rajaa Naji El Mekkaoui, enseignante chercheur, et Saliha Benali, présidente de Save Belgium. Autour de cette problématique s’articulent plusieurs questions sur les rites, croyances, récits communs, sentiments d’appartenance et conception de l’humanité. C’est à travers un discours touchant que Saliha Benali, mère d’un fils parti rejoindre la Syrie où il décéda en 2013, a rappelé  l’impératif de “ne pas être attaché à une seule identité ni de croire que la sienne est supérieure à celle des autres”. 

Face à un public attentif, les intervenants ont souligné l’importance de s’approprier les outils du dialogue, de s’écouter les uns les autres, et de s’entretenir pour éviter le fanatisme, et immuniser les jeunes contre les discours radicaux et les tentatives de manipulation. Il n’existe aucune religion qui invite au radicalisme, ont-ils martelé en chœur précisant que ce dernier “n’est qu’une attitude qui dépend de l’individu.”

 

La transmission de l’information à l’heure des fake news

Autre question cruciale: comment appréhender l’information à l’heure où les écrans rendent très difficile la tâche de juger de la pertinence d’une information? Driss Jaydane, philosophe et journaliste, Lionel Naccache, neurologue, spécialiste des neurosciences cognitives, Mohamed Zakariae El Khdime de VUL 9 Security solutions et Rémi Banet, journaliste à la cellule réseaux sociaux et vérification de l’AFP sont unanimes: “Actuellement, on a ce besoin de plus en plus pressant de vérifier la véracité d’une information et de s’assurer qu’elle est bonne”. Leur constat est le même: “Nous sommes face à un paradoxe parce que, d’une part, on se trouve très vite perdus devant ce flux d’informations, entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Et, d’autre part, il y a cette facilité d’accès à l’information’’. 

Pour ces experts, il n’y a pas de doute: “nous avons basculé dans une ère nouvelle où tout ce qui est dématérialisable circule quasi instantanément, où se mêlent dans un chaos grandissant, nouvelles, idées, rumeurs, canulars, piratages, entre autres”. 

Y faire face passe par l’éducation et la sensibilisation des usagers aux nouvelles technologies de l’information (TIC).  Il faudra œuvrer pour mieux s’outiller et avoir davantage de recul par rapport à l’ensemble des informations qui circulent afin d’éviter de tomber dans les pièges de “la confusion’’, et de “la superstition’’ propres aux fake-news.

En plus des débats, le FEJL a posé, pour la première fois, le temps de quelques heures, ses quartiers à Bayt Al Dakira (Maison de la Mémoire), qui abrite le Centre de recherche international “Haïm Zafran”, dédié au dialogue inter-religieux, un lieu incontournable de la Cité des Alizés et véritable espace de partage d’une mémoire judéo-musulmane commune et chère à la ville d’Essaouira.

Les jeunes leaders ont été invités, tout au long de ce séjour, à découvrir les richesses et l’architecture de la ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et à visiter ce que la Cité des Alizés a de plus beau comme musée: les rues de sa médina. Sur la fameuse place El Menzah, tous ont pu s’informer sur l’histoire de la création de la ville et les visiteurs et voyageurs qui ont investi ce lieu façonné par des siècles d’héritage culturel.