TUNISIE
23/01/2019 17h:48 CET | Actualisé 24/01/2019 00h:43 CET

ESS: Quand des Tunisiens s'activent autour de la solidarité et de l’intérêt général du pays

Un secteur stratégique

FETHI BELAID via Getty Images

Depuis la révolution de 2011, plusieurs associations et projets entrepreneuriaux œuvrant dans le domaine de l’économie sociale et solidaire (ESS) ont vu le jour. Leur objectif n’est pas de maximaliser des profits mais de lancer des initiatives pérennes et équitables qui consacrent les valeurs de la solidarité, de l’intérêt général, de la transparence...

Le gouvernement de Youssef Chahed a saisi les enjeux de ce secteur en créant un ministère dédié à l’économie sociale et solidaire, chapeauté par le ministre délégué auprès du chef du gouvernement, Chokri Belhassen. 

Quel est l’avenir de ce secteur qui représente actuellement 1% du PIB ? Quels sont ses enjeux? Et bien d’autres questions ont été débattues lors d’un séminaire organisé par le programme Soyons Actifs-Actives pour le développement de l’économie solidaire (PCPA), les 18 et 19 janvier. 

Intitulé “Regards croisés sur l’économie sociale et solidaire”, le séminaire a rassemblé une trentaine d’organisations travaillant sur cette thématique. 

Un secteur stratégique 

Présent lors du séminaire, Chokri Belhassen a réitéré la détermination du gouvernement d’accompagner ce secteur: “Soutenir l’économie sociale et solidaire est aujourd’hui un choix stratégique. L’ESS pourrait devenir un nouveau modèle économique destiné à propulser de nouveaux mécanismes de développement et à limiter les disparités sociales à travers la création de nouveaux emplois, la dynamisation de la cohésion sociale et l’insertion de catégories importantes de la société”, a-t-il martelé. (vidéo ci-dessous) 

Pour le ministre, l’économie sociale et solidaire n’est pas uniquement une réaction à la marginalisation mais c’est aussi un modèle alternatif de création de richesse

Un enthousiasme partagé par Anne-Marie Harster, présidente de l’ONG, Solidarité laïque, chef de file du PCPA. Pour elle, l’enjeu n’est pas seulement de créer de richesse mais aussi de répondre à des besoins, d’investir dans l’humain et de développer dans des outils durables aptes à pérenniser ce modèle.

L’ESS est un système économique qui doit se substituer au système économique actuel. C’est une manière de s’organiser autrement qui privilégie l’amélioration de la qualité de vie à la recherche de la fortune, explique Elisabeth Bost, représentante de la coopérative SmART en Belgique. 

Actuellement dispersées, les initiatives s’intégrant dans le cadre de l’ESS pourraient constituer dans l’avenir un mouvement de grande ampleur, prédit-elle. 

Alors que le flou règne concernant le cadre juridique et le modèle économique à adopter en Tunisie, une loi est en gestation concernant l’ESS. Elle est censée répondre à ces problématiques. On évoque également le lancement d’un label dédié à l’ESS comme pour le cas des startups ou encore d’une banque. 

Entre l’accompagnement étatique et la liberté de gestion, et entre la création de richesse et la visée non-lucratif, un cadre clair est nécessaire pour l’ESS en Tunisie. 

“On ne peut pas faire le social sans faire de l’économie”, a affirmé Tawfik Dhabi, formateur en ESS. Une déclaration qui résume les enjeux autour de ce système. 

Un modèle en marche

En attendant de mettre en place un cadre à l’économie sociale et solidaire, les projets fleurissent partout en Tunisie. 

A Kasserine par exemple, une cinquantaine de femmes précaires se sont rassemblées pour la création du Groupement de développement agricole “Chaîne de succès” spécialisé dans la transformation et commercialisation les figues de barbarie certifiées biologiques.

Initié par l’association de développement de la femme rurale, ce projet a eu un succès notable, raconte Ghofrane Assidi, présidente du GDA. Ces femmes ont pu bénéficier de formation et ont su développer leur activité. Elles travaillent actuellement à promouvoir un autre produit de terroir, en l’occurrence, le Robb qui est une mélasse de figue de barbarie. 

A Jendouba, l’association Rayhana, présidée par Asma Gharbi, accompagne plusieurs projets locaux dont certains s’intègrent dans le cadre de l’ESS, comme le lancement des groupements “Amalna”ou encore “Lella El Baya”, tous les deux rassemblant plusieurs agricultrices de la région qui se sont réunies pour optimiser leurs outils de travail et promouvoir divers produits locaux biologiques (céréales, tomates séchées, les épices...). 

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