TUNISIE
10/04/2019 17h:03 CET

Espèces menacées: Des pêcheurs de Kélibia capturent neuf raies géantes. Des ONGs internationales s'indignent

Halte au trafic d'espèces menacées!

Wolfgang Poelzer via Getty Images

“Un nouvel incident malheureux s’est produit ce week-end au Port De Pêche de Kelibia, en Tunisie, où neuf raies, diables de mer géants, “Mobula mobular” ont été débarquées et vendues” déplore le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) Tunisie dans un communiqué conjoint avec avec 14 autres organisations internationales de différents pays méditerranéens.

L’organisation s’est dite “indignée” par la “capture” de ces raies qui font partie de l’une des espèces les plus “emblématiques de nos océans”.

“Bien qu’il soit possible que ces espèces aient été capturés accidentellement, la réglementation internationale exige que les pêcheurs les relâchent vivantes. Dans le cas signalé, les individus ont été capturés à la senne tournante ; cet engin de pêche permet de relâcher les individus sans les transporter à bord, assurant ainsi leur survie”, souligne WWF Tunisie. Un massacre. 

Selon l’organisation, cet acte s’avère irresponsable en mettant en péril la biodiversité marine. “Il est particulièrement important que les autorités compétentes accordent une attention particulière à de tels incidents, en tenant compte de l’état actuel de la protection et de la conservation de l’espèce, et du fait que de telles captures accidentelles pourraient permettre le développement d’un marché illégal” note-t-elle en ajoutant que “cela pourrait menacer la survie de la raie diable de mer, une espèce qui présente de faibles taux de reproduction et de croissance, une longue durée de vie et une nature migratrice”.

Des requins et des raies se retrouvent ainsi menacés d’extinction, victimes de l’appétit humain pour leur chair et leurs ailerons. Ces derniers qui ont une croissance particulièrement lente, ne bénéficient pourtant pas de mesures de protection strictes contre la surpêche.

“Des mesures de conservation internationales légales et contraignantes pour les requins et les raies ont été établies en Méditerranée, mais leur mise en œuvre est généralement médiocre,” regrette WWF Tunisie en appelant les autorités compétentes tunisiennes à adopter une mesure de protection nationale pour la raie diable de mer et toutes les espèces figurant dans la liste du CGPM / 36/2012/3.

Une initiative importante, qui aux yeux de l’organisation, permettrait de contribuer de manière significative à la conservation de ces espèces vulnérables, “en renforçant la mise en œuvre de toutes les mesures contraignantes existantes qui n’ont pas encore été appliquées efficacement”.

“Nous exhortons tous les pays méditerranéens à coopérer et à faire respecter ces engagements. Il est aussi important de former et de sensibiliser les pêcheurs, les acteurs concernés et le grand public sur la valeur et le statut de ces animaux marins emblématiques et uniques, qui servent d’espèces phares pour la conservation du bassin méditerranéen”, conclut l’ONG.

Des études récentes suggèrent que les diables de mer géants, “Mobula mobular, sont une espèce cosmopolite, indique le communiqué en précisant que “la population méditerranéenne de cette espèce a subi une réduction importante d’au moins 50% en trois générations (60 ans), à la suite de prises accessoires accidentelles sur plusieurs sites de son aire de répartition, mais également de la pêche ciblée récemment découverte par les pêcheurs palestiniens”.

Il est à rappeler que de nombreux pays ont compris l’écotourisme lié aux espèces menacées est un business qui rapporte gros. Selon une étude publiée en mai 2013, près de 314 millions de dollars ont été générés par ce qu’on appelle “le tourisme requins”, rapporte Le Parisien.

En fait, un requin vivant (250000 $/an) rapporte plus qu’un requin mort (50 $/an). En tuer un pour ses ailerons (selon la pratique du “finning”,activité de plus en plus compliquée à pratiquer) rapporte de l’argent à court terme, certes, mais pas assez. A long terme, c’est l’écotourisme qui rapporte mieux notamment avec des revenus toute l’année (hôtels, centres de plongée...).

Dans certains pays, les pêcheurs se sont reconvertis en moniteurs de plongée, tel est le cas en Egypte, Bahamas, Maldives, Polynésie française...

Aux Bahamas, 60% du PIB du pays est lié au “tourisme requins”.

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