MAROC
10/01/2019 18h:08 CET

Espagne: Un parti politique veut compliquer l'obtention de la nationalité aux Marocains nés à Ceuta et Melilla

Pour le Parti Populaire, l'effondrement du système de santé serait en partie dû aux 1700 à 1800 accouchements par an de femmes marocaines.

Photitos2016 via Getty Images

POLITIQUE - Les femmes marocaines enceintes ne sont pas les bienvenues en Espagne, Ceuta et Melilla, pour le Parti Populaire (PP). En effet, le parti espagnol propose à nouveau une modification du Code civil pour compliquer l’obtention de la nationalité espagnole aux enfants de femmes marocaines accouchant dans les deux enclaves espagnoles.

Ce projet de loi, qui sera présenté au parlement espagnol à la fin du mois de janvier, vise à étendre de dix ans l’obligation de résidence pour l’octroi de la nationalité espagnole à des étrangers, notamment des Marocains, nés à Ceuta et à Melilla. Le but? “Décongestionner” les services d’obstétrique et de gynécologie des hôpitaux des deux villes, précise El Pueblo de Ceuta. 

Le PP propose ainsi une modification du Code civil pour ”éliminer” les détournements réalisés “pour accéder à la nationalité espagnole” et faire des économies sur les fonds publics. Un problème qui “n’intéresse pas le reste de la société espagnole”, estime Juan Imbroda, président de la ville de Melilla, cité par le quotidien local.

En effet, les femmes marocaines seraient nombreuses à traverser la frontière pour accoucher dans les enclaves afin que leurs enfants, une fois la majorité atteinte, puissent avoir la nationalité espagnole après seulement une année de résidence légale en Espagne. “Nous parlons d’environ 1700 ou 1800 accouchements par an” a poursuivi Juan Imbroda, pour souligner “l’effondrement” du système de santé publique et l’assistance fournie aux femmes marocaines dans chacune des villes.

En 2012, le projet de loi avait déjà été abordé par nos confrères du HuffPost Espagne qui révélaient, dans un article, une idée de la sénatrice PP Luz Elena Sanin. Cette dernière suggérait de confisquer le passeport des femmes enceintes marocaines qui entrent en Espagne par les deux enclaves et de ne le leur rendre qu’une fois les frais hospitaliers acquittés, si accouchement il y a.

Nos confrères précisaient que, selon la sénatrice Sanin, les femmes enceintes venues du Maroc qui ne paient pas les frais d’hôpitaux pour leur accouchement auraient coûté sept millions d’euros à l’Etat espagnol, entre 2004 et 2009. Cette proposition, jugée xénophobe et illégale à l’époque par le parti du chef de l’opposition à l’assemblée de Ceuta, avait créé des tensions entre Rabat et Madrid.

Sept ans plus tard, si le PP ne mentionne pas la confiscation des passeports des Marocaines, il se défend toutefois d’agir pour “défendre l’intérêt général de l’Espagne” en proposant une modification de la loi.