MAROC
09/10/2019 13h:09 CET

Éradication du mariage des enfants: Les agences des Nations unies appellent le Maroc à faire mieux

"Un engagement collectif à cinq dimensions”.

Goodshoot via Getty Images

SOCIÉTÉ - Redoubler d’efforts. Aujourd’hui, au Maroc, le mariage de fillettes reste une pratique “normale” surtout dans le milieu rural. Chaque année, il y aurait près de 40.000 mariages de mineures au Maroc, véritable fléau face auquel l’urgence d’intervenir avec force et collectivement s’impose. C’est ce dont sont convaincues les agences des Nations Unies, UNFPA, UNICEF et ONU Femmes. Celles-ci ont publié, ce mercredi, un appel unanime ”à un engagement collectif pour une éradication du mariage d’enfants au Maroc”.

Un appel lancé à l’occasion de la journée internationale de la fille célébrée le 11 octobre de chaque année. Pour cette nouvelle édition 2019, c’est le slogan “Les filles: une force libre et inarrêtable” qui a été choisi par les agences onusiennes souhaitant rappeler ainsi que “le mariage d’enfants est considéré comme une violation des droits humains et une pratique menaçant l’intérêt supérieur de l’enfant”. Ce qui n’est pas conforme aux engagements internationaux. Dans leur communiqué conjoint, les agences onusiennes rappellent que le Maroc a adhéré aux standards internationaux des droits humains mais “le mariage d’enfants reste néanmoins assez répandu et touche essentiellement les filles”. 

Cela ne veut pas dire que rien n’est fait. Les agences onusiennes tiennent, d’ailleurs, à saluer, dans leur communiqué, les récentes initiatives entreprises par le Maroc, notamment à travers la présidence du ministère public, le ministère de la Justice et le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), ainsi que les associations. Toutes visent “l’élimination du mariage des enfants en vue de permettre à chaque enfant de jouir de tous ses droits sans aucune entrave”, soulignent ces agences.

Cinq clés, une issue

Il faut, cependant, faire plus et mieux. C’est d’un engagement collectif et large dont il est question. Les agences onusiennes appellent à fédérer les efforts des uns et des autres, toutes les parties prenantes, gouvernement, institutions constitutionnelles, médias et société civile. Elles proposent “un engagement collectif à cinq dimensions”. La première consiste à “favoriser la révision des législations en place et des politiques nationales destinées à protéger et à défendre les enfants, en particulier les adolescentes”. Préserver les droits de l’enfant représente la seconde dimension dans laquelle les agences onusiennes demandent de “renforcer l’accessibilité à un système d’éducation, de santé, de protection de l’enfance et de protection sociale de qualité”.

Le troisième point porte, quant à lui, sur la sensibilisation. Il faut “informer les familles, les communautés et les dirigeants et les inciter à investir en faveur des adolescentes”, estiment-elles dans leur communiqué. Et d’ajouter, en quatrième point, qu’il faut assurer “aux adolescentes déjà mariées, ou menacées de l’être, les moyens d’exprimer leurs opinions et de faire des choix”, précisant que leur scolarisation passe avant tout et qu’il est nécessaire d’offrir des alternatives économiques aux plus vulnérables d’entre elles.

L’appui politique vient en cinquième et dernier axe. Les agences onusiennes proposent de “produire et d’utiliser des données et des informations fiables pour guider les programmes et les politiques publiques visant les adolescentes”.

Conditions sine qua non, ces recommandations constituent, pour les agences onusiennes, les meilleurs remèdes à ce mal social. Elles précisent que le mariage des mineurs, d’après des études et recherches, “est nuisible à plusieurs niveaux, car il constitue un facteur de transmission intergénérationnelle de la précarité”. Et de souligner que “les effets préjudiciables du mariage d’enfants remettent en cause la pertinence et l’efficacité des systèmes de protection des enfants et notamment des filles à plusieurs niveaux”. Parmi ceux-ci, elles soulignent “l’incapacité des enfants à pouvoir formuler un consentement pour des relations sexuelles et de pouvoir choisir un mode de contraception”, ce qui les expose “aux grossesses non désirées, aux avortements à risque, aux infections sexuellement transmissibles, à la mortalité maternelle et néonatale ainsi qu’à la violence conjugale avec toutes les conséquences physiques et psychologiques qu’elles peuvent engendrer”.

Mariage d’enfants en chiffres

 

Selon les statistiques du ministère de la Justice, relayées dans le communiqué conjoint des agences onusiennes, 32.104 demandes de mariage d’enfants ont été enregistrées en 2018, contre 30.312 en 2006. Entre 2011 et 2018, 85% des demandes de mariages se sont soldées par une autorisation. 99% des demandes de mariage impliquant des enfants ont concerné des filles sur la période 2017-2018. “Cette situation est d’autant plus alarmante puisque seules les demandes en mariages d’enfants et les mariages contractés légalement sont pris en compte par les statistiques officielles du ministère de la Justice”, précisent ces agences. Et d’exprimer leur inquiétude quant “aux mariages informels d’enfants dits mariages “Orf” ou avec la “Fatiha” ou encore les mariages dits par ‘contrats’ qui ne figurent, pour leur part, dans aucune source statistique officielle”.