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11/07/2018 18h:13 CET | Actualisé 11/07/2018 18h:13 CET

"Épilation exigée" ou comment maquiller la médiocrité?

Le corps de la femme n’est pas un terrain de jeu.

En Tunisie, dans un climat socio-politico-économique où on assiste aujourd’hui à des débats sur l’égalité dans l’héritage, le pouvoir de la femme dans l’économie ainsi que son devenir sur la scène politique, les réseaux sociaux voient circuler des messages qui laisseraient les pionnières tunisiennes se retourner dans leurs tombes.

Une communauté virtuelle s’affichant “branchée” et “cool”, sous prétexte d’un humour fruste et d’une attitude pseudo-décomplexée, a eu l’idée saugrenue d’organiser un événement ayant pour thématique simpliste: la provocation par le biais du corps de la Femme.

En dévoilant les atouts du corps féminin de manière vulgaire au moyen de panneaux affichant des poils pubiens dépassant le bas du bikini prônant une ”épilation exigée” ou encore une image montrant un décolleté avec une poitrine opulente avec le commentaire “No boobs, no 5arba9″, pour dire littéralement ”pas de seins, pas de fête”, les organisateurs ont ainsi œuvré pour conquérir les esprits crédules au risque de les séduire.

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Si on devait inciter les gens à l’acceptation du corps, pourquoi le tourner en dérision?

Le buzz médiatique médiocre -à la sauce Trump- nous renvoie à des considérations bassement machistes dégradantes pour la femme, émanant d’une communauté virtuelle qui se veut “intellectuelle”, “dans l’air du temps” et “tolérante”.                          

Quelques précisions sont à mettre en exergue:

1-Il existe une nuance très subtile entre l’humour et l’irrespect. Si on ne sait pas faire preuve d’élégance dans ses choix de concepts, on devrait avoir l’obligeance de déléguer cette tâche à quelqu’un de plus perspicace.

2- S’attaquer au corps de la femme n’est plus -hélas pour les misogynes- un terrain de plaisanterie. Si on n’est capables de rire qu’en assujettissant le corps féminin, pourquoi ne pas se contenter du silence? On dit pourtant qu’il est d’or! On rendrait ainsi fier service à Simone De Beauvoir, George Sand, Alice Walker, Radhia Haddad, B’chira Ben Mrad, nos grand-mères et nos mères (pour n’en citer que quelques unes) qui ont lutté sans trêve pour qu’on puisse aujourd’hui se pavaner dans des tenues qu’on a choisies, petites ou discrètes, se laissant le choix de montrer son corps ou pas, avec ou sans poils, avec ou sans poitrine... et j’en passe!

3- Les diktats de la beauté sont, à ce jour, le signe le plus concret de soumission: Le corps est une propriété individuelle. Que chacun ait la liberté d’en faire ce que bon lui semble.

4- Être femme ne veut pas forcément dire respecter la femme. Les misogynes peuvent se cacher dans bien des morphologies. Si vous cherchez à faire régresser les mentalités, vous vous êtes trompés de pratiques!

5- Accepter les critiques n’est point une faiblesse. Les critiques constructives permettent -de toute évidence- d’évoluer.

Il a été dit un jour qu’ “il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis”. À vous qui avez maladroitement conçu cet événement, ceci est un cri du cœur venant de tunisiens qui attendent impatiemment des initiatives mieux pensées, qui visent à nous unir et non à nous diviser.

Le corps de la femme n’est pas un terrain de jeu.

Avançons! Le pays a soif de progrès!

#aamlou_haja_toslo7_wala_baytou_el7ess

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