TUNISIE
03/05/2018 17h:50 CET | Actualisé 03/05/2018 17h:51 CET

Entre violations des droits et agressions, l'année a été rude pour les journalistes en Tunisie, selon le rapport annuel du SNJT

Des agressions commises par la police, des fonctionnaires et agents publics, des responsables gouvernementaux, etc ...

spukkato via Getty Images

Dans son rapport annuel relatif à l’état de la liberté de la presse, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) tire à nouveau la sonnette d’alarme, pointant du doigt 4 “sérieux aspects” menaçant la presse tunisienne.

Les 4 dangers

Le SNJT estime d’abord que les agressions des différents organes de l’État sur les journalistes commenceraient à se transformer en des attaques sur les institutions, notamment après les agressions observées sur des journalistes étrangers lors des manifestations de janvier dernier et l’accusation des médias tunisiens d’essayer de “salir l’image de la Tunisie”.

Le deuxième mauvais signe que relève le SNJT est la présentation du projet de loi relatif à la répression des atteintes contre les forces armées, qui incrimine tout dénigrement des forces de sécurité, ainsi que la divulgation ou la publication de secrets de sécurité nationale, alors qu’aucune mesure de protection n’a été prévue pour les dénonciateurs et les journalistes.

En troisième lieu, le SNJT dénonce une nonchalance des autorités face à la circulation de fonds douteux dans les médias tunisiens, ce qui devient selon le syndicat un fléau qui ronge plusieurs institutions médiatiques qui n’hésitent pas à mandater des journalistes à des fin “criminelles”.

Enfin, le syndicat attire l’attention sur la précarité de la situation de plusieurs journalistes qui se voient souvent victimes de licenciement abusif, et parfois collectif. Il évoque dans ce contexte quelque 200 cas de licenciement entre mai 2017 et mai 2018 contre 180 durant l’année précédente, en plus de 500 signalements de retards de paiement de salaire, contre 480 entre mai 2016 et mai 2017.

Travail au noir et licenciements abusifs

Selon le SNJT, à cause de l’absence d’un cadre légal et contractuel clair à l’embauche, plusieurs journalistes ont perdu leurs emplois, suite à des vagues de licenciement inédites et la fermeture de plusieurs médias, à l’instar de la chaîne de télévision TNN, le journal papier Al-Sarih, ou encore la radio Saraha.

Le syndicat explique qu’il a participé, en concertation avec la HAICA, à des réunions de négociation avec des responsables de plusieurs médias, dans le but d’arrêter cette “hémorragie de licenciement”. 5 médias ont été cités par le SNJT dans le problème de licenciement abusif.

S’agissant du retard de paiement des salaires, 8 médias sont concernés et dont certains ont dû licencier sans payer leurs journalistes. Selon le SNJT, les salaires payés par la radio Mseken FM varient entre 150 et 500dt par mois.

Le syndicat relève également la situation très instable des correspondants régionaux qui sont très souvent sous-payés, en plus de l’absence de cadre contractuel. Ils ne bénéficient généralement pas de couverture sociale.

Selon le SNJT, quelque 29 plaintes ont été déposées contre 7 médias, en plus d’un recours collectif contre la radio-télévision nationale.

Agressions

Le SNJT a également dressé un portrait des agressions dont des journalistes ont été victimes entre mai 2017 et mai 2018.

Il y a eu ainsi 162 agressions sur 205 journalistes.

HuffPost Tunisie
Nombre des agressions enregistrées par mois entre mai 2017 et mai 2018.

Les agressions ont ainsi porté sur 47 interdictions de travail, 46 cas de harcèlement, 10 cas de censure, 34 cas d’agressions physiques ou verbales, 5 cas de détention abusive, et 11 poursuites judiciaires en dehors du cadre du décret-loi n°115.

Dans son rapport annuel sur la sécurité des journalistes publié vendredi dernier, le SNJT a indiqué que quelque 245 journalistes, dont 177 hommes et 68 femmes ont subi 183 agressions durant la période établie par le rapport. Les journalistes victimes de violation appartiennent à 85 établissements médiatiques, dont 28 stations radios, 25 chaînes télévisées, 19 journaux électroniques, 10 journaux, deux agences de presse et un magazine.

Sur un total de 183 agressions, les autorités publiques sont responsables de 106 agressions, d’après le même rapport.

Quelque 50 agressions ont été commises par la police, 41 par des fonctionnaires et agents publics, 5 par des responsables gouvernementaux, 7 par l’appareil judiciaire et 3 autres par les instances et les structures publiques.

Toujours selon le rapport du SNJT, 77 autres parties ont commis des agressions sur les journalistes dont 28 agressions ont été commises par des citoyens et 9 autres par des activistes. Les politiques et les établissements médiatiques ont commis chacun 7 agressions contre les journalistes, alors que les syndicalistes et les comités d’organisation ont perpétré chacun 6 agressions.

Le rapport a aussi fait état de l’agression de journalistes par 4 inconnus.

Trois autres agressions ont été commises par des responsables de clubs sportifs, alors que les supporteurs des clubs sportifs et les entreprises commerciales privées et les terroristes ont commis chacun une agression contre les journalistes.

D’après le rapport, 99 agressions ont été commises dans les gouvernorats du Grand Tunis, 15 dans le gouvernorat de Kairouan, 8 dans le gouvernorat de Nabeul, 7 dans les gouvernorats de Tataouine et Sfax et 6 autres dans le gouvernorat de Sousse. 

Recommandations

Pour le syndicat, des amendements des loi régissant la presse s’imposent, et ce pour mieux assurer la protection des journalistes contre des poursuites dont certains ont été victimes, telles que l’incitation à la haine, l’incitation à la violence, ou encore l’apologie du terrorisme.

Le droit d’accès à l’information, et le droit de protection des sources doivent également, selon le SNJT, être protégés par des lois claires.

Un autre problème soulevé par le syndicat, est l’existence d’une base de données officielle regroupant noms de médias, propriétaires, gérants, responsables éditoriaux, et responsables financiers. Ceci servirait selon le SNJT l’intérêt de personnes influentes qui pourraient avoir l’intention de mettre la main sur le secteur des médias.

Enfin et en réaction au projet de loi gouvernemental portant création d’une Instance indépendante pour la communication audiovisuelle qui avait crée des remous et a été dénoncé par des professionnels du secteur, le SNJT appelle dans son rapport le gouvernement à retirer ledit projet de loi, et adopter une approche participative dans son élaboration.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.