11/04/2018 11h:54 CET | Actualisé 13/04/2018 10h:53 CET

Enseignement 2.0: Un logiciel marocain veut dépoussiérer la gestion des écoles

La recette séduit après un premier déploiement à Fès, Tanger et Casablanca, mais aussi au Congo et au Sénégal.

Fred de Noyelle via Getty Images

INNOVATION - Après l’industrie, l’agriculture et les services, les startups marocaines s’attaquent à l’enseignement public. L’idée, faire profiter ces mastodontes de l’État des avantages des nouvelles technologies qui ont déjà fait leurs preuves dans le secteur privé. C’est le cas de Connective Market, une pousse bien de chez nous, qui s’intéresse à l’enseignement et ambitionne de transformer les méthodes de gestion “archaïques” de l’école.

85% des écoles privées marocaines ne sont pas équipées en système de gestion informatique

“Au lancement de notre projet, nous hésitions entre l’enseignement et le secteur médical, car tous deux avaient de grandes lacunes de gestion”, raconte Hicham Saadi, PDG de Connective Market contacté par le HuffPost Maroc. “Mais après avoir comparé avec ce qui se faisait dans des pays comme la France ou les États-Unis, notre choix s’est porté sur l’enseignement, car il y avait beaucoup de choses à faire et nous n’avions aucune solution purement marocaine pour y répondre”, ajoute-t-il.

Il faut dire que le domaine se prête bien aux nouvelles technologies, car malgré des réformes successives, l’école subit encore la vétusté des systèmes de gestion et souffre d’une absence de communication et connexion avec le milieu environnant. À en croire le président de l’Alliance marocaine de l’enseignement privé, rencontré par le patron de Connective Market, 15% à peine des écoles sont équipées en systèmes de gestion informatiques.

Profitant de l’ouverture aux investissements du secteur, le jeune entrepreneur lance sa startup en novembre 2015 avec un budget global de 3 millions de dirhams et développe un logiciel de gestion baptisé Laxial. “Notre solution donne la possibilité de dématérialiser totalement l’information, qui devient du coup moins encombrante et accessible à tout moment de partout”, explique Hicham Saadi.

Devoirs, notes, transport scolaire...

Concrètement, Laxial offre à chaque utilisateur, qu’il soit administrateur de l’école, enseignant, parent ou élève, l’accès à une interface unique pour consulter les informations le concernant et communiquer avec les différents acteurs en temps réel. Pour les premiers, le progiciel constitue un outil de pilotage donnant une visibilité sur tous les aspects administratifs tandis qu’il fait office, pour les seconds, de cahier de correspondance électronique où l’enseignant peut saisir les notes et appréciations, partager les cours et devoirs et adresser des examens en ligne.

Les parents pourront, de leur côté, suivre le parcours scolaire de leurs enfants (notes et absences), s’acquitter des frais d’inscription en ligne et suivre l’état des paiements ainsi que s’occuper de l’organisation de l’internat, du transport ou de la cantine. En tout, 20 modules ont été implémentés afin de rentabiliser la gestion et fluidifier la communication.

Et la recette séduit. Après un premier déploiement test dans plusieurs écoles à Fès, Tanger et Casablanca, des institutions ont franchi le pas et acquis le logiciel. C’est le cas de l’école HEC dans l’enseignement supérieur et de deux groupes scolaires à Marrakech et Casablanca. “Les premiers feedbacks qu’on a reçus sont très positifs. Les écoles ont remarqué une nette amélioration de leur communication, mais également une optimisation de leur système de gestion”, se réjouit le PDG de Connective Market.

Les couacs du programme Massar

Mais pour les acteurs concernés, le projet a comme un air de déjà-vu et vient empiéter sur le programme Massar, lancé par le ministère de l’Éducation nationale au profit des élèves du lycée. L’intérêt alors pour les écoles d’opter pour un autre système, qui offre sensiblement les mêmes fonctionnalités, s’en trouve grandement diminué. “Ce n’est pas tout à fait la même chose”, se défend Hicham Saadi.

Selon lui, Massar a des fonctionnalités très réduites et ne permet aux parents que la seule possibilité d’accéder aux notes et aux absences. Rien à voir avec la vingtaine de modules offerts par Laxial qui présente l’autre avantage de se décliner sous forme d’application mobile. Un détail pour certains, mais qui a toute son importance au vu des chiffres de la fréquentation. Ainsi, sur les 1.200 élèves que compte l’un des clients de la startup, uniquement une dizaine de parents ont déclaré avoir utilisé la plateforme web. Une donne qui a complètement changé après l’installation de l’application qui gardait les parents informés grâce à des notifications en temps réel à chaque fois qu’il y avait une nouveauté.

Cela n’a cependant pas empêché la startup de démarcher les équipes du ministère avec une offre intéressante. En effet, suite aux échanges avec les différentes écoles, Connective Market finit par déceler une faille dans Massar qui fait que le système connait systématiquement des défaillances techniques lors de la période de saisie de notes. “Nous avions constaté un réel blocage dû à une surcharge des serveurs lors de la période des examens vu que tout le monde utilisait le système en même temps. Certains professeurs nous ont même confié devoir se réveiller à 3h00 ou 4h00 du matin pour profiter d’une baisse de fréquentation afin de saisir les notes”, indique au HuffPost Maroc le patron de la startup.

Un prix modulable

Une prouesse qui a valu à l’entreprise de recevoir l’aval du ministère afin de développer une interface entre le logiciel Laxial et le système Massar. Un accord qui devrait permettre à Connective Market de distribuer sa solution au niveau des écoles privées sans que ces dernières ne renoncent à Massar et surtout sans la fastidieuse opération de double saisie des informations. Prête au mois de septembre 2018, cette interface assurera en plus une utilisation plus fluide grâce à des serveurs dédiés.

Dans une prochaine étape imminente, la startup s’apprête également à intégrer la gestion du transport scolaire par géolocalisation. “Nous sommes en train de finaliser les derniers détails”, précise Hicham Saadi. Le service permettra d’un côté aux parents d’être avertis grâce à des notifications sur leur téléphone de l’arrivée du transport pour présenter l’enfant ou pour venir le récupérer et permettra à l’école de suivre le trajet, le nombre de passages et le temps d’attente de ses véhicules.

Côté commercialisation, le prix de la solution est modulable et dépend de la taille de l’établissement scolaire. Les écoles intéressées devront d’abord s’acquitter du prix d’acquisition de la licence qui démarre autour de 50.000 dirhams avant de payer des frais annuels estimés à 150 dirhams par élève.

Engagée sur une très belle lancée, Connective Market ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et travaille déjà sur un déploiement en Afrique. Deux contrats ont été signés en ce sens au Congo et au Sénégal avec des partenaires locaux. “L’accessibilité aux logiciels français et américains est presque impossible vu leur prix. On a donc essayé d’apporter une solution efficace, mais qui répond aux budgets de ces pays”, conclut Hicham Saadi.

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