MAROC
28/03/2019 17h:58 CET

Enseignants contractuels: Le parti de l'Istiqlal craint "une année blanche"

Le parti appelle le gouvernement au "dialogue sérieux".

Anadolu Agency via Getty Images

PARTI - L’annonce par le gouvernement des sanctions à l’encontre des enseignants contractuels relève de “l’imprudence”. C’est ce que soutient le président des députés du parti de l’Istiqlal (PI) à la Chambre des représentants, Noureddine Moudiane. 

Ce parti de l’opposition a réussi, au début de cette semaine, à convaincre les autres groupes parlementaires d’apporter un amendement au projet de loi cadre pour la réforme du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique. Il concerne la suppression du “mode contrat” de l’article 38 du dit texte. “Nous avions prévenu le gouvernement que s’il souhaitait expérimenter le recrutement contractuel, il ne devait pas choisir pour terrain un secteur aussi vital que l’enseignement”, déclare au HuffPost Maroc Moudiane, regrettant l’état des lieux marqué par des grèves continues dont “les premières victimes sont les élèves, nos enfants”. 

“Nous avons été le seul parti à proposer cet amendement qui a été accepté, mais, pour répondre à la tension qui sévit aujourd’hui, ce n’est pas l’approche sécuritaire qu’il faut utiliser”, estime-t-il. Et de souligner l’importance pour le gouvernement de prendre conscience qu’il “a été à l’origine du problème”. “On ne peut pas utiliser la répression à l’encontre de ceux et celles qui sont censés représenter un modèle pour les élèves. Rouer de coups un enseignant qui devra donner des cours le lendemain, c’est aussi abolir tout respect qui lui est dû”, estime Moudiane.

Faisant allusion à la dispersion par la force des milliers d’enseignants contractuels en sit-in à Rabat, dans la nuit de samedi à dimanche dernier, ce militant istiqlalien dénonce “une mauvaise gestion du dossier”. Pour l’Istiqlal, seul “un dialogue sérieux” pourrait venir à bout de la crise. C’est ce que le secrétaire général du parti, Nizar Baraka, a souligné dans une vidéo (ci-dessous) publiée le lendemain de la dispersion des grévistes, le 23 mars. “Le gouvernement s’est montré incapable de dialoguer pas seulement dans le cadre du dialogue social mais aussi avec les syndicats et coordinations de l’enseignement (...) Le plus grave, ici, c’est que le gouvernement n’assume pas sa responsabilité”, lance le secrétaire général.   

Si le gouvernement n’accorde aucun crédit à la coordination dont il remet en question la légitimité, “il devrait ouvrir un dialogue avec les syndicats auxquels elle est affiliée”, selon Moudiane. Pour ce dernier, “le gouvernement amplifie la crise avec ses sorties notamment à travers le communiqué publié par les partis de la majorité”.  Agir de la sorte dénote d’une “politique irréfléchie”, soutient ce député précisant que le gouvernement se devait “d’abord d’assurer le transfert effectif des pouvoirs aux régions avant d’adopter ce mode de recrutement régional dont la gestion devrait être assuré par celles-ci de façon indépendante”.

Une erreur de priorité, à en croire le président du groupe istiqlalien de la 1ère Chambre du Parlement qui se montre convaincu que le gouvernement n’avait pas mesuré les conséquences de son choix ni la portée de ses communiqués risquant “une année blanche pour les élèves”. 

La tension se poursuit encore par le maintien de la grève des trois jours par les enseignants. La coordination nationale a lancé, après l’annonce du ministre de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Saaid Amzazi, de les révoquer en activant la procédure d’abandon de poste, les hashtag  #كلنا_منسقين (Tous coordinateurs) et #كلنا_منسقين_غير_طردونا_كاملين (Tous coordinateurs, renvoyez-nous tous). 

Au sein des coordinations, des appels au rassemblement ont été lancés sur leurs pages sur les réseaux sociaux en vue de faire le point de la situation et décider “des prochaines démarches de protestation”.