MAROC
23/04/2019 12h:49 CET

Enseignants contractuels: Le ministre refuse de poursuivre le dialogue

Parce que les grévistes n'ont pas mis fin à leur mouvement.

Youssef Boudlal / Reuters

ENSEIGNEMENT - “C’est irresponsable!”. Le Secrétaire général de la Fédération nationale de l’enseignement (FNE), Abderrazak Idrissi, qualifie ainsi, dans une déclaration au HuffPost Maroc, la décision du ministre de l’Education nationale de ne pas tenir la réunion qui avait été programmée ce mardi 23 avril à 10h avec les représentants de la Coordination nationale des enseignants contractuels en présence des syndicats.

“J’ai reçu un appel hier soir vers 21h du ministère pour me prévenir que la réunion est annulée. Que cette décision intervienne la veille est, à mon avis, inadmissible”, fustige-t-il, annonçant que les cinq syndicats de l’enseignement affiliés à la CDT, UGTM, UMT, FDT et à la FNE se réuniront aujourd’hui pour décider d’une action unanime. “Nous nous concerterons sur les démarches à entreprendre, car nous refusons cette interruption abrupte du dialogue par le ministère”, assure Abderrazak Idrissi.

Le département de Saaïd Amzazi se justifie dans un communiqué publié hier soir. Dans ce dernier, il conteste la prolongation de la grève par la coordination nationale des enseignants contractuels. Une décision qui représente, souligne-t-il, “une violation de l’engagement pris à l’issue de la réunion du 13 avril”. Dans celle-ci, les deux parties, en présence des syndicats et des médiateurs, en l’occurrence le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et l’Observatoire national du système de l’éducation et de la formation (ONEF), avaient convenu de mettre fin au conflit par une reprise effective du travail dès le 15 avril.   

Dans cet accord, le ministère rappelle, dans son communiqué, avoir aussi réitéré son engagement de suspendre toutes les mesures administratives et juridiques prises à l’encontre de certains enseignants-cadres des Académies régionales d’éducation et de formation (AREF), de verser les salaires et de reporter l’examen de qualification professionnelle afin de permettre aux enseignants de s’y préparer. Il leur a également promis, par la même occasion, de procéder à “l’étude des cas de enseignants révoqués”.

“En l’absence de conditions minimum nécessaires à l’instauration des négociations sérieuses et responsables, le ministère ne peut en aucun cas poursuivre le dialogue”, assure le département d’Amzazi. Et de souligner, toutefois, que ce dialogue reprendra dès que les grévistes reviendront à leur classe. 

“Cette décision prise par le gouvernement ne prend pas en compte la gravité de la situation. Des dizaines de milliers d’enseignants sont en grève. C’est une catastrophe qui fait face au mépris. Nous leur avons exprimé notre contestation de cette décision en leur précisant que cela ne fait qu’amplifier la tension”, regrette le SG de la FNE.

A la coordination nationale des enseignants contractuels, l’annulation du 2e round du dialogue “n’est pas surprenant, mais reste incompréhensible”, nous affirme Abdel Fattah Debaj, enseignant contractuel (promotion 2018) au primaire à Sidi Kacem (AREF Rabat-Salé-Kenitra). Membre de la coordination, ce dernier annonce que celle-ci a eu ces deux derniers jours, dimanche et lundi, une réunion avec la Fédération nationale des associations des parents d’élèves au Maroc et l’Observatoire national du système de l’éducation et de la formation dans le cadre d’une médiation visant à mettre fin au conflit. A ces médiateurs, les grévistes ont transmis ce message: “c’est le ministère qui a failli à ses engagements”. 

Pour la coordination, il n’y aura pas de compromis tant que “le ministère ne prévoit pas la réadmission sans condition et sans mesures disciplinaires des enseignants révoqués”, nous précise Abdel Fattah Debaj. Et d’ajouter que “l’examen de qualification professionnelle ne devait pas être reporté mais plutôt suspendu, le temps de désamorcer la crise”. Réitérant la volonté de la coordination de maintenir le dialogue, elle décrète, selon notre interlocuteur, de nouveaux rassemblements au niveau régional avant de tenir une réunion de concertation au niveau central pour prendre une décision suite à cette suspension du dialogue par Amzazi.

En attendant, les enseignants contractuels poursuivent leur grève jusqu’au 25 avril.