ALGÉRIE
21/04/2018 13h:51 CET | Actualisé 21/04/2018 14h:53 CET

Enquête britannique pour corruption en Algérie: les documents qui démentent la version de la SGSIA

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Des documents internes à la Société de Gestion des Services et Infrastructures Aéroportuaires d’Alger, dont le HuffPost Algérie a reçu des copies, prouvent que la Société de Gestion des Services et Infrastructures Aéroportuaires d’Alger (SGSIA) est bel et bien derrière l’attribution du marché au groupe britannique Ultra Electronics et concernée par l’enquête du Serious Fraud Office, agence britannique gouvernementale (SFO).

Pointée du doigt par Ultra Electronics, un groupe britannique visé par une enquête pour corruption en Algérie par le SFO, la SGSIA est restée injoignable aux tentatives du HuffPost Algérie d’éclaircir ces contradictions. Tout comme son P-DG, Tahar Allache, accusé de corruption par Abderrahmane Adel Khalef, président de “Algérie Advice Consulting”, qui est le représentant exclusif de Ultra Electronics en Algérie.

Toutefois, une source anonyme, proche de cette entreprise publique, a démenti “toute implication de la SGSIA dans cette enquête”, niant même, jeudi dans une déclaration aux sites d’information ALG24 et TSA Algérie, avoir eu affaire au groupe britannique, spécialisé dans l’industrie militaire et la gestion aéroportuaire.

Cette source affirmait que c’est le groupe chinois, CESCEC, qui était “en charge de toute la sous-traitante” du projet. Cette compagnie propose ensuite à la SGSIA trois fournisseurs pour que l’aéroport d’Alger “tranche pour la meilleure offre technique”.

La société chinoise a ainsi sélectionné en 2016 trois prestataires, en l’occurrence Ultra Electronics, SITA et Resa.

La compagnie les a proposés, via le bureau d’étude espagnol ProIntec, à la Direction de la SGSIA, plus précisément le comité exécutif, composé d’une quinzaine de personnes, dont des représentants du ministère des Transports et M. Tahar Allache, qui s’était réuni un 25 mai 2016.

Le groupe chinois recommandait ouvertement Ultra Electronics, selon un document en notre possession, reçu de la part d’une source interne à cette compagnie publique. La SGSIA a approuvé la recommandation de la CESCEC, annonçant l’attribution du marché au groupe britannique. Le document a ainsi été avalisé par la société chinoise et par le cabinet espagnol ProIntec (Voir ci-dessous).

 

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 Ultra Electronics, “leader” aux yeux de la CESCEC

La même source anonyme a déclaré à nos confrères de TSA que “Ultra Electronics n’est pas leader mondial dans l’installation des logiciels aéroportuaires et n’est pas spécialisé dans le domaine, tandis que celle qui a été choisie, la SITA, pour la fourniture du logiciel de la nouvelle aérogare d’Alger équipe les plus grands aéroports d’Europe”. 

Un discours tout à fait contraire aux recommandations de la société chinoise CESCEC, selon un autre document interne à la SGSIA, communiqué au bureau d’étude ProIntec que le HuffPost Algérie a pu obtenir.

Dans un courrier concernant le système informatique de l’aéroport, communiqué par la société chinoise au bureau d’étude susnommé, la CESCEC qualifiait Ultra Electronics de “Grand leader contemporain de la solution informatique pour l’industrie aéroportuaire”, citant plusieurs aéroports internationaux fonctionnant sous sa solution, comme celui de Londres, de Dublin, de Schanghai et de Doha pour mettre en exergue “l’expérience” du groupe britannique.

La même société chinoise qualifiait la société “SITA” de “fournisseur de la solution informatique du premier rand du monde”. Le troisième soumissionnaire, RESA, a été qualifié d’“intégrateur de logiciels aéroportuaires français connu”, mais “petit et relativement moins compétitif” comparé aux deux premiers.

A la fin du même document, la CESCEC recommandait “Ultra Electronics” pour ses “capacités techniques éclatantes dans le domaine du système informatique et sa réussite dans de multiples projets d’aéroports internationaux” (Voir ci-dessous).

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 Le comité exécutif, présidé par M. Tahar Allache comme le démontre le premier document publié dans cet article, a ainsi accepté les recommandations du groupe chinois, en charge du projet de réalisation du nouvel aéroport d’Alger. 

Toutefois, la société SITA, qui ”équipe les plus grands aéroports d’Europe” selon toujours cette source anonyme, a finalement été choisi en juin 2017, après “l’élimination” de Ultra Electronics (Des faits rappelés ci-dessous).

 

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M. Tahar Allache injoignable 

Le HuffPost Algérie a tenté sans grand succès de joindre le P-DG de la Société de Gestion des Services et Infrastructures Aéroportuaires d’Alger, M. Tahar Allache, pour éclaircir les déclarations de la source anonyme.

Le Serious Fraud Office a annoncé jeudi 19 avril 2018 avoir ouvert une “enquête criminelle contre Ultra Electronic Holdings Plc, sur une affaire de corruption présumée, dans la conduite de ses affaires en Algérie, de ses filiales, ses employés et des personnes associées”.

Le représentant exclusif de ce groupe britannique, Abderrahmane Adel Khalef, a révélé au HuffPost Algérie que cette enquête concerne un appel d’offre impliquant le nouvel aéroport d’Alger. 

En juin 2016, la SGSIA annonçait à la société chinoise CSCEC, en charge de la réalisation du nouvel aéroport, que le marché pour l’installation de solutions informatiques de gestions aéroportuaires a été attribué au groupe britannique Ultra Electronics.

“Mais par la suite de certaines pratiques de la direction générale de la SGSIA contrevenant à toute déontologie (...) nous nous sommes effectivement vu éliminés sous prétexte “de coûts exorbitants”, expliquait Ultra Electronics

Jenny Lawton, Directrice générale de la société Ultra Electronics et Abderrahmane Adel Khalef ont affirmé qu’un représentant du P-DG de la SGSIA, Tahar Allache, a demandé ouvertement “un paiement en avance immédiat d’un montant important en liquide et en devise européenne”. 

Selon l’AFP, qui cite une source proche du dossier, “les transactions impliquées dans l’affaire représenteraient un montant d’environ 400.000 livres (459.000 euros)”. “Il s’agissait de la somme exigée par le P-DG de l’aéroport”, apprend-on auprès d’une source anonyme.

Ce représentant, un dénommé Fodhil Kerkache, répondait à ces accusations en affirmant à son tour que Ultra Eletronics a été écartée car la société “n’a pas respecté des engagements contractuels”.